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Nacira Guerroudji-Salvan : la diversité, à tout point de vue

Écrit par  , jeudi, 24 novembre 2016 06:03 , PORTRAITS.
Nacira Guerroudji-Salvan Nacira Guerroudji-Salvan © PWC

Nacira, ou victorieuse en arabe. La vie de la fondatrice du Cercle des femmes de la cybersécurité est un exemple de résistance et d’ambition, entre ses origines algériennes, sa réussite professionnelle remarquable, et sa vie familiale épanouie.

La guerre civile fait rage. Nous sommes en Algérie, à la fin des années 1980. Nacira Guerroudji-Salvan, pudique, ne souhaite pas trop insister sur cette période difficile, avouant juste avoir vu « des atrocités » commises au sein même de sa famille. Issue d’un milieu relativement aisé, Nacira Guerroudji-Salvan se passionne rapidement pour l’informatique et entre dans une école d’ingénieurs informatiques en Algérie, pour un cursus de 5 ans. Tout en travaillant pour son diplôme d’ingénieur, la jeune femme prépare un DEA à l’Université de Glasgow. Ses diplômes en poche, elle vient en France préparer un doctorat à l’Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines. Elle est chapeautée par Guy Pujolle, éminence dans le domaine de la sécurité informatique et des réseaux. « Pour ma thèse, j’ai proposé un langage de spécification des politiques, basé sur la Defeasable Deontic Logic, logique de l’obligation qui permet de défi nir une politique de sécurité et de la décliner à travers plusieurs itérations », précise Nacira Guerroudji-Salvan. Ces études, elle les effectue sans le sou ou presque, refusant l’aide financière de son père, et suite à une demande trop tardive de bourse après une arrivée en France dans la précipitation suite aux événements en Algérie.

Du coup, place à la débrouille : la thésarde travaille le soir et le week-end pour financer ses études, dispensant notamment des formations. Le doctorat obtenu, Nacira Guerroudji-Salvan se tourne vers l’opérationnel. Elle devient alors consultante pour le grand équipementier réseau de l’époque (1997), 3Com.

« J’ai appris la sécurité opérationnelle des réseaux. C’était du concret : je voyais les paquets IP, je touchais aux routeurs », se souvient-elle. Cette partie opérationnelle l’intéressera toute la suite de sa carrière. À tel point qu’elle refuse des postes universitaires, notamment à l’Université de Montréal. Il est vrai que quand elle s’y rend pour le rendez-vous, « il faisait –50 °C... Pour la méditerranéenne que je suis... » sourit-elle.

Après un passage au sein du cabinet de consultant CF6, elle arrive chez C&S en 2000. Elle y reste pendant 11 ans, enchaînant les certifications.

« J’ai de la chance car les études ne m’ont jamais posé de problème, j’avais beaucoup de facilités. J’écoute les cours et c’est enregistré » reconnaît-elle sans prétention. Durant ces années, elle pense aussi à sa famille et souhaite accorder plus de temps à ses enfants. Chez C&S, elle donne des formations, ce qui lui laisse davantage de temps libre. Mais la technique l’attire toujours autant. Aussi se dirige-t-elle vers la sécurité des systèmes critiques, en travaillant notamment pour les entreprises du secteur de la défense, Safran en particulier. Et en 2016, c’est Thales qui la recrute comme responsable des opérations et de la surveillance des SI, son background technique ayant fait tilt.

Ce parcours fait néanmoins réfléchir Nacira : elle voit bien qu’au fur et à mesure qu’elle gravit les échelons, les femmes dans son secteur se font de plus en plus rares. Et quand en plus on a un nom un peu « exotique »... « Souvent des organisateurs de tables rondes me proposent de participer car il leur manque une femme. Je leur réponds OK s’ils m’invitent parce que je suis experte sur le sujet. Je décline l’invitation si je décèle qu’ils me veulent juste parce que je suis une femme issue de la diversité », raconte-t-elle.

Son parcours l’incite alors à créer le Cercle des femmes de la cybersécurité (Cefcys). Avec pour objectif de montrer que la sécurité informatique est un sujet passionnant, où les femmes ont le pouvoir de montrer leurs diff érences. L’annonce de la création de ce cercle a eu lieu au salon FIC 2016 à Lille début janvier. Et elle a suscité quelques moqueries, reconnaît sa fondatrice, avec des remarques telles que « qu’est-ce que les femmes feront de mieux ? ». Peu impressionnée par ces remarques acerbes, Nacira Guerroudji-Salavan avance d’autres motivations : pour elle, la prise de conscience de la cybersécurité doit commencer tôt, et le parent a un rôle primordial à jouer. « Au collège où sont scolarisés mes enfants, je participe tous les ans au forum de l’orientation et tiens un stand pour présenter les métiers autour de la cybersécurité. Un jour, une jeune fille est venue me voir avec son père : “Regarde Papa, il y a un stand sur la cybersécurité”. Son père a répondu : “Non, la cybersécurité, c’est pour les garçons, c’est pour les hackers”. 
Là je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose ».

Pierre Berlemont


 

NACIRA GUERROUDJI-SALVAN

• 1993 :
Inscription à l’université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines

• 1997 : Thèse de doctorat

• 2000 : Entre chez C&S

• 2010 : Recrutée par Safran

• 2016 : Embauchée par Thales

• 2016 : Fonde le Cercle des femmes de la cybersécurité (Cefcys)

Dernière modification le mercredi, 30 novembre 2016 16:47
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