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Accablantes révélations sur les pratiques anticoncurrentielles d’Intel

Par La rédaction, publié le 06 novembre 2009

Versement de pots de vin, représailles, menaces et pressions en tous genres, le dossier Intel monté par le procureur général du gouvernement de New York est accablant pour le fondeur.

L’étau se resserre autour d’Intel.  Alors qu’il a été reconnu coupable par la Commission Européenne de pratiques anticoncurrentielles pour évincer son rival AMD, le voici maintenant accusé pour les mêmes motifs, mais dans son propre pays. Le Procureur Général de New York vient, en effet, de déposer une plainte contre le fondeur, l’accusant de « corruption et de coercition pour maintenir sa position sur le marché. » Le dossier est lourd. Chiffres à l’appui, il raconte sur 87 pages, les pressions qu’ont subies les fabricants de PC pour ne pas utiliser de puces AMD.

Les accords d’exclusivité tout d’abord. Pendant plusieurs années, Intel aurait payé des milliards de dollars de pots de vin déguisés en « ristournes » pour s’assurer que Dell, HP et IBM n’utilisent pas de puces concurrente dans certaines de leurs gammes. En 2006, par exemple, Intel aurait versé à Dell pas loin de 2 milliards de dollars de commissions. Sur certains trimestres, cette « ristourne » était même supérieure à son résultat net !

Des pots de vin pour limiter la part d’AMD sous les 5 %

Dell revient souvent dans la plainte. Et pour cause, il est le dernier constructeur à avoir intégré des puces AMD au catalogue. La plainte prétend, par exemple, que le vendeur en direct a vendu des serveurs sous leur prix de revient avec la complicité d’Intel, uniquement pour contrer AMD. Le document cite d’ailleurs un mail envoyé par Michael Dell à Paul Otellini, PDG d’Intel en 2005, l’année où l’Opteron d’AMD était largement plus performant que le Xeon d’Intel : « Nous avons perdu notre avantage de performance et cela nous pose problème sur de nombreux marchés. » Réponse du patron d’Intel : « Nos produits sont en amélioration constante et nous reprendrons bientôt le leadership… Par ailleurs, nous transférons à Dell plus d’un milliard de dollars. Cela a été jugé plus que suffisant par nos équipes pour compenser vos ennuis avec la concurrence. »

Plusieurs témoignages aussi accablants que celui-ci émaillent la plainte. HP aurait reçu plusieurs millions de dollars de pots de vin pour limiter la part d’AMD à 5 % de ses PC. Mais quand HP a caressé l’idée de faire la promotion de produits AMD, Intel l’a menacé de saborder « un projet de développement serveur critique pour HP », on pense évidemment à l’Itanium. IBM, non plus, n’a pas été épargné par les pressions. Intel l’aurait ainsi « dédommagé » de 130 millions de dollars pour l’empêcher de lancer une gamme de serveurs Opteron.

L’enquête du procureur général de New York a commencé en janvier 2008. Et elle recèle de perles récupérés dans les courriels des constructeurs. En 2005 par exemple, un responsable d’IBM s’interroge : « Je comprends la position de ceux qui demandent que notre catalogue bascule totalement en puces AMD. Mais la question est, avons-nous les moyens d’affronter le courroux d’Intel ? »

Avec de tels éléments à charge, difficile d’imaginer qu’Intel ressorte totalement blanchi de l’affaire, surtout après avoir été condamné à une amende record de près de 1 Milliards d’euros par la Commission Européenne. Il n’empêche. Quelle que soit l’issue de ce procès, il est peu probable qu’elle rééquilibre le rapport de forces en Intel et AMD.

En revanche, toutes ces affaires pourraient coûter très cher à Intel.

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