Axelle Lemaire succède à Fleur Pellerin au poste de secrétaire d’État chargée du numérique. C’est ainsi une personnalité forte qui fait son entrée au Gouvernement. Il fallait bien cela : la jeune femme devra faire face à un secteur IT qui a cru jusqu’au dernier moment pouvoir retenir Fleur Pellerin.

Celle-ci partie au commerce extérieur, Axelle Lemaire, placée sous la tutelle du ministre de l’Économie, du redressement et du numérique, Arnaud Montebourg, devra-t-elle faire face à la gronde des décideurs économiques ? Probablement pas. D’abord parce que la Franco-canadienne n’est pas une nouvelle venue dans la vie politique, même si elle n’avait jamais exercé d’aussi hautes responsabilités, ensuite et surtout parce que sa légitimité en matière de numérique ne saurait être remise en cause.

« Une pro du numérique »

« Un dernier #keepfleur à @fleurpellerin pour le travail accompli, et un respectueux #hireaxelle à @axellelemaire qui est une pro du numérique », a d’ailleurs twitté Benoît Thieulin, fondateur de l’agence La Netscouade et président du Conseil national du numérique, un temps pressenti, d’ailleurs, pour occuper le poste.

« Ouf !! Félicitations. Heureux que notre Sec d’état soit déjà une experte du sujet, concernée par enjeux de la tranfo #numerique », se félicite également Guy Mamou-Mani, président de Syntec, qui s’était dit « très déçu » du départ de Fleur Pellerin.

« L’avantage concret avec @axellelemaire c’est qu’on n’aura pas une vision franco-centrée du numérique… Un défaut trop communément constaté », estime, pour sa part, Gilles Babinet, responsable des enjeux de l’économie numérique pour la France auprès de la Commission européenne, dans une allusion probable au rapport co-signé par la trentenaire sur la stratégie numérique de l’UE.

La politique, une affaire de famille

Axelle Lemaire a déjà eu l’occasion de défendre sa vision du numérique devant l’Assemblée nationale, où elle siège depuis 2012. Élue députée des Français établis en Europe du Nord, la native d’Ottawa trouvait dans ce siège la continuité logique d’un parcours éminemment politique.

Fille d’un Québécois membre d’un parti autonomiste et d’une mère française, engagée dans la protection des boat-people vietnamiens, Axelle Lemaire a vécu les quinze premières années de sa vie à Gatineau, au Canada, avant que sa famille ne s’installe en France, près de Montpellier. Depuis 2000, elle vit à Londres, où elle a rejoint la section PS dont elle est devenue secrétaire en 2008. Elle a travaillé notamment pour le ministre travailliste Dennis MacShane, condamné en décembre 2013 à trois mois de prison ferme pour avoir fabriqué de fausses notes de frais. Une ombre qui ne saurait entacher le parcours d’Axelle Lemaire, devenue secrétaire nationale aux Droits de l’homme au Parti socialiste en 2012.

La députée s’était d’ailleurs permis de refuser un poste au Gouvernement il y a deux ans, dans des conditions rocambolesques. Invitée du Grand Journal de Canal Plus, elle aurait profité d’une pause pour répondre à François Hollande et décliner sa proposition de secrétariat d’État, préférant rester à Londres, notamment pour des raisons familiales.

Cette femme libre saura-t-elle composer avec le très présent Arnaud Montebourg, bien décidé à se faire entendre sur le sujet du numérique, comme il l’a fait dernièrement pour le rachat de SFR ? Fleur Pellerin avait eu du mal à trouver sa place face au remuant champion du made in France. Le tandem Lemaire/Montebourg devra toutefois garder à l’esprit que de sa collaboration dépend une partie de l’avenir du numérique dans un pays qui, notamment en matière industrielle, n’est pas tout à fait en avance sur le sujet…