Alors que le géant de l’informatique réaffirme sa bonne volonté vis-à-vis de MySQL et de la Commission européenne, Monty Widenius ne lâche pas prise et demande le soutien des utilisateurs de MySQL. Une initiative relayée en France.

Ce sera sans doute le dernier round avant l’issue du combat autour de MySQL, toujours fixée au 27 janvier 2010. A droite, Oracle qui, en guise de dernière salve, vient de publier 10 engagements pour la base de données open source à destination de ses clients, développeurs et utilisateurs mais surtout de la Commission européenne, chargée d’avaliser l’acquisition de Sun.

A gauche, Michael « Monty » Widenius, fondateur de MySQL – et devenu pour l’occasion fer de lance du mouvement anti-Oracle – qui réplique sur son blog en lançant un ultime appel à l’attention de tous les utilisateurs de MySQL pour tenter de sauver la base de données des griffes du titan de l’informatique.

Monty s’immisce une fois de plus à bras-le-corps dans la mêlée : « Oracle a contacté plusieurs centaines de ses gros clients et leur a demandé d’écrire à la Commission européenne pour demander une acceptation sans conditions du rachat, dénonce t-il sur son blog. N’oublions pas qu’Oracle peut anéantir MySQL ou en fermer les sources à n’importe quel moment, poursuit-il. Maintenant que la base de données est utilisée par les plus grandes compagnies mondiales pour un nombre croissant d’applications, Oracle en pâtit chaque jour, souligne t-il. Un MySQL faible coûte bien plus qu’un milliard par an à Oracle. »

Rappelons, comme l’expliquait Monty Widenius à 01net, que le développement de clones de MySQL (les forks) ne suffiraient pas à faire vivre la base de données.

Pour les tenants de la libération de MySQL, il semble n’y avoir qu’une voie possible : la vente de la base de données open source à un tiers, capable d’assumer et de maintenir le développement du produit en toute transparence, sans volonté de pratiques anticoncurrentielles. Un rôle que peut difficilement tenir Larry Ellison aux yeux de la communauté MySQL malgré la volonté affichée par Oracle de poursuivre le développement de MySQL sous licence GPL et de maintenir ouvertes les API de ses moteurs de stockage.

En ce début de semaine, c’est Jean-Paul Smets, le PDG de l’entreprise française Nexedi, qui demandait, dans un communiqué, qu’une société digne de confiance, telle Ubuntu ou Mandriva, rachète MySQL. Pour celui-ci, « les engagements d’Oracle n’ont rien d’opérationnel. Ils ne permettent pas, dans le contexte d’un appel d’offres, d’avoir les garanties nécessaires. Le document d’Oracle n’a pas de valeur contractuelle donc pas de valeur dans le monde des affaires », explique Jean-Paul Smets.

Tout comme de nombreuses entreprises commercialisant des applications qui reposent sur un moteur de stockage de MySQL, le sort de Nexedi est étroitement lié au devenir de la base de données. L’entreprise redoute qu’Oracle n’ait pas la volonté, dans le futur, d’améliorer le moteur de MySQL lorsque ce sera nécessaire pour ces OEM. Et ce afin qu’Oracle ait la main mise totale sur le marché des PGI comme sur celui des bases de données. Symboliquement, Jean-Paul Smets propose donc de racheter MySQL pour un euro. « Nous lançons nos proposition sur le marché comme nous lancerions une enchère sur eBay », explique t-il.

La Commission change de posture

Lundi, à la surprise générale, la Commission européenne a adopté une nouvelle posture vis-à-vis d’Oracle. « La Commission accueille avec satisfaction l’annonce d’Oracle, peut-on ainsi lire sur le site officiel. Les engagements vis-à-vis du respect des licences sur les moteurs de stockage de MySQL et l’extension jusqu’à cinq ans des termes et des conditions de vente actuelles des licences sont des signes importants », ajoute le document. 

Dans ce contexte, Neelie Kroes, la commissaire européennne à la Concurrence, se serait déclarée « optimiste » quant à la possibilité d’une issue favorable et satisfaisante à cette acquisition, tout en s’assurant qu’il n’y aura pas de conséquences négatives sur le marché européen des bases de données. Mais à vouloir satisfaire tout le monde, elle pourrait bien… ne satisfaire personne.