La Commission européenne a livré en début de semaine une première évaluation de ses objections, qui la conduise à s’opposer formellement au rachat de Sun par Oracle.

La Commission européenne a émis lundi une partie de ses objections autour de la fusion Oracle/Sun. L’information a fait surface au travers d’une communication officielle entre Sun Microsystems et la Securities and Exchange Commission, le gendarme des marchés financiers outre-Atlantique. Et sans surprise, MySQL est bien le point bloquant de cette fusion. Selon ce rapport, la commission estime que « la combinaison de MySQL avec la base de données d’Oracle aura des effets négatifs sur le marché des bases de données ».

Le 20 août dernier, pourtant, la justice américaine s’était prononcée en faveur d’Oracle, à la lumière de l’Hart-Scott-Rodino Act de 1976 qui donne le la juridique en matière de concentration du marché économique et de politique antitrust. Mais tout comme en 2001 dans le cas de l’acquisition d’Honeywell par General Electric, l’Union européenne a décidé de brandir son veto.

Toutefois, l’objection que vient d’émettre la Commission n’a pour le moment aucun caractère définitif. Celle-ci a encore jusqu’au 19 janvier 2010 pour terminer l’examen du projet. D’ici là, Oracle doit être capable de prouver sa bonne foi et de justifier que le rachat ne nuira pas au devenir de la base de données open source MySQL.

« MySQL est open source et ne peut être contrôlé par personne ! »

Mais Larry Ellison a la sang chaud et il aura fallu moins d’un jour pour qu’il réagisse. Dans un communiqué rendu public, Oracle se défend vertement des maux dont on l’accuse : « Cette transaction ne menace pas de réduire la compétition au minimum, même sur le marché des bases de données, peut-on lire. Les objections de la Commission témoignent d’une profonde incompréhension de la compétition dans le marché des bases de données et de la dynamique de l’open source. MySQL est open source et ne peut être contrôlé par personne ! », clame le communiqué.

Il n’empêche que la Commission ne semble pas disposée à donner raison aux arguments d’Oracle, même si, comme la firme américaine le souligne à juste titre, il y encore de nombreux acteurs dans le marché des bases de données, les plus éminents étant IBM, Microsoft et Sybase.

Seulement, le temps passe et alors que chacun essaie de tirer la couverture vers soi, Sun est exsangue. La compagnie vient de publier des résultats trimestriels catastrophiques. Dans tous les secteurs que couvre la compagnie, les ventes plongent de près d’un tiers. Et 120 millions de dollars supplémentaires viennent d’être perdus sur le trimestre.

Or, selon les révélations du Wall Street Journal confirmées depuis, c’est un troisième larron qui se serait immiscé dans la bataille aux alentours de la mi-septembre. Et pas des moindres : SAP, sous la houlette de son PDG Leo Apotheker, aurait proposé à Oracle d’appuyer la fusion et d’influer sur la décision, moyennant un arrangement vis-à-vis de l’affaire Tomorrownow, dans laquelle les deux éditeurs sont toujours en conflit. Par ailleurs, chez SAP, certains décideurs se préoccupent d’avantage de Java que de MySQL. Selon eux, c’est avant tout sur Java que se trouve le véritable problème lié au rachat de Sun par Oracle. Cependant ce dossier a, semble-t-il, moins retenu l’attention de l’Union européenne.