Chère lectrice, cher lecteur d’IT for Business,
Aller plus vite, oui. Mais en gardant bien les mains sur le volant et le contrôle du SI. C’est sans doute le fil rouge de ce numéro 2320 d’IT for Business. IA, développement logiciel, cloud, cybersécurité, souveraineté : partout, les technologies accélèrent. Et partout revient la même question pour les DSI : comment profiter de cette accélération sans perdre le contrôle de leurs systèmes, de leurs données, de leurs compétences… ou de leurs fournisseurs ? En Une, Nouamane Cherkaoui, auteur et directeur général adjoint de BPCE Solutions Informatiques, élargit justement le débat. Pour lui, cloud, IA, semi-conducteurs, données et cybersécurité ont cessé d’être de simples sujets techniques. Ils sont devenus des enjeux industriels, économiques et stratégiques. Son idée d’un « traité de Rome numérique » résume l’ambition : faire passer l’Europe d’une accumulation d’initiatives nationales à une véritable stratégie collective. Avec, en toile de fond, une réalité que les DSI connaissent bien : la souveraineté commence par la connaissance de ses dépendances et la capacité à arbitrer. Cette même logique traverse notre dossier consacré au vibe coding. Générer du code en langage naturel change évidemment la donne. Mais le miracle s’arrête là où commencent les responsabilités de la DSI : tester, sécuriser, maintenir, documenter et gouverner ce code produit à une vitesse inédite. Le dossier s’intéresse donc moins à la prouesse qu’à ses conséquences très concrètes : nouvelle gouvernance du développement, risques cyber, articulation avec le low-code et avenir des développeurs juniors. Bref, le vibe coding promet d’enlever les mains du clavier. Certainement pas de supprimer le besoin d’un pilote. L’enquête du mois regarde, elle, un peu plus loin dans le rétroviseur… ou plutôt dans le futur. Le Q-Day, ce jour où un ordinateur quantique suffisamment puissant pourra casser les mécanismes cryptographiques actuels, n’a toujours pas de date. Mais attendre de la connaître serait précisément l’erreur. Inventaire cryptographique, crypto-agilité, migration vers les algorithmes post-quantiques : la transition s’annonce longue alors que les premières échéances réglementaires approchent déjà. Et le terrain rappelle que cette quête de maîtrise ne se limite pas aux grands discours. L’Hôpital Foch fait entrer l’IA au cœur du parcours médical pour automatiser les comptes-rendus. France Travail bâtit un continuum entre ses propres datacenters et plusieurs clouds de confiance. Transavia France réorganise sa plateforme data pour donner davantage d’autonomie au marketing. Quant à Jules, l’enseigne profite d’une remise à plat post-cyberattaque pour mieux sécuriser et administrer les postes de son siège comme ceux de ses 350 magasins. Sans grande surprise, l’IA irrigue presque tout ce numéro comme elle irrigue également les métiers. Elle s’invite jusque dans l’organisation des bureaux, dans les interrogations sur la productivité réelle des entreprises et, évidemment, dans l’écosystème des jeunes pousses. Intireality l’utilise pour inspecter les lignes de production, OOrion pour guider les personnes malvoyantes dans les lieux publics et GALink pour automatiser l’analyse des questionnaires de sécurité fournisseurs. Trois usages très différents mais un même mouvement : l’IA quitte peu à peu la démonstration pour s’insérer dans des processus métiers bien réels. Une nouvelle révolution technologique, oui, sans doute, mais surtout un changement de maturité. L’innovation se juge désormais moins à ce qu’elle sait faire qu’à la façon dont l’entreprise peut la maîtriser, la financer, la sécuriser et, si nécessaire, s’en affranchir. Un changement d’époque discret, loin des grand-messes des éditeurs… mais c’est bien là qu’il se joue pour les DSI.
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