Les DSI sont en plein dans l’élaboration des budgets 2021… Loin des prévisions optimistes de certains analystes dopés au Prozac, Mathieu Flecher sort sa plume pour tracer un portrait plus réaliste des budgets IT post pandémie…

Par Mathieu Flecher, DSI d’une entreprise industrielle française.

Le premier confinement aura eu raison à lui seul ou presque de la performance économique de la France. Bon nombre de sociétés se sont retrouvées en difficultés majeures, avec perte de chiffre d’affaires, érosion des marges, annulation de commandes et pourtant des stocks importants.

Dès les premiers jours, les DSI ont été propulsés au cœur du dispositif, mettant en place des outils pour les utilisateurs qui se sont retrouvés pour la plupart en situation de télétravail quand cela était possible.

Nous sommes passés pour des sauveurs et nous avons été remerciés de cette efficacité. Merci, merci.

Une fois l’infrastructure en place, nous avons été sollicités aussi pour tout autre chose, à savoir aller chercher de la performance économique dans nos organisations : challenger les éditeurs sur les maintenances, challenger les prestataires sur les TJM ou sur leurs propositions…
Parfois même, nous avons été un acteur efficace quand il a fallu se résoudre à ne pas réaliser certains projets dont nous n’avions pas les moyens d’assurer le financement.

Puis voilà le deuxième confinement. Légèrement différent, puisqu’à l’heure où j’écris ces lignes, nous sommes « confinés » d’une manière toute relative : beaucoup d’exceptions existent, à titre personnel comme professionnel.

Cependant, nos clients voient ce confinement comme un retour quelques mois en arrière, et de nouveau on sent la fragilité de notre économie. Les commandes du mois de novembre ne semblent pas annonciatrices d’un quelconque rebond économique, et les prévisions à trois mois, voire sur toute l’année 2021 puisqu’il n’aura échappé à personne que nous sommes en train de préparer les budgets de l’année prochaine, ne sont pas optimistes.

Pour ma part, dans ma PME industrielle, l’année 2021 se profile sur un horizon morose, avec une prévision des ventes en baisse de 15 % par rapport à une année normale.

Dans ces conditions, que va-t-il se passer côté DSI ? Soyons clair, le premier DSI qui m’explique que ses budgets sont en hausse, je le défenestre… Il existera, comme dans toute crise, une petite proportion de sociétés qui tireront leur épingle du jeu, bénéficiant de la crise, mais bon nombre seront dans la même veine, à savoir une baisse drastique de leurs ventes et de leurs marges.

Autant donc pour les DSI. Il va falloir s’adapter. 2021 sera vraiment une année particulière, et il faudra adapter le budget de la DSI proportionnellement au CA de nos structures.

Là où, traditionnellement, un recensement des projets métiers à venir s’opérait, je m’aperçois que certains d’entre eux ne sont déjà plus en odeur de sainteté. Cela facilite l’approche budgétaire de la DSI, vous allez me dire. C’est vrai, mais parfois il arrivera que des demandes de projets soient mises en avant car, dans cette période de crise, il apparaît que conduire tel ou tel projet va nous permettre de tirer notre épingle du jeu.
Hmmm, je pense qu’il va surtout arriver que certains projets stratégiques, mais à forte mobilisation de capex, ne pourront tout simplement pas se faire pour des raisons économiques. Le BFR dicte sa loi, et si les projets viennent entacher la « financial picture », peu de chances que ceux-ci voient le jour.

Certes, il arrivera aussi qu’un directeur, galvanisé par la situation, mette un ultimatum à la bonne prise en compte de son projet, en le poussant comme un must-have.

Il y aura aussi, dans ce budget 2021, un phénomène assez particulier et pernicieux. Certains métiers qui n’auront pas de projets phares vont avoir tendance à mettre en avant des projets à faible coût concernant l’amélioration continue de leur activité. Avec le bémol non négligeable qu’un projet d’amélioration continue peu coûteux au sein d’une branche métier peut se révéler un véritable gouffre financier côté SI.

Il y aura aussi, à mon sens, une vraie redirection des typologies de projets, et la mise en avant de domaines projets peu sollicités les années précédentes : la BI, l’analyse des données, des projets de mise en conformité des données, des projets légaux relayés au second plan parce que non stratégiques.

Bref, ce budget 2021 ne sera pas comme les autres.

Les plus pessimistes d’entre nous se disent que 2021 risque d’être, comme 2020, une année avec deux confinements. Ils se disent que si combattre la Covid s’apparente à une guerre, cela pourrait durer, comme les guerres mondiales, entre quatre et six ans. Alors les plus pessimistes des plus pessimistes penseront qu’il faut peut-être s’habituer à avoir une économie bouleversée, avec deux pics d’activité au milieu de deux baisses drastiques dues aux futurs confinements.
Si tel est le cas, il va falloir, côté DSI, revoir nos cycles budgétaires et, peut-être aussi de façon drastique, comment passer d’un rythme très régulier à des accélérations et des ralentissements de nos réalisations projets.

Dans notre malheur, c’est la beauté de la chose : un si petit virus aura eu un impact énorme sur les DSI. Et si en fait c’était tout simplement la Covid qui était DSI de l’année ?


Mathieu Flecher est le pseudonyme d’un DSI bien réel