« Le concept de colocalisation est inintéressant pour le secteur des services »

La nouvelle n’est pas passée inaperçue. Lors de sa visite au Maroc, Jean-Marc Ayrault a annoncé un prêt de 100 millions d’euros octroyé par l’Agence française de développement (AFD) au « refinancement des activités offshoring développées par la société Casa­nearshore, filiale à 100 % de Medz ». Le Munci, l’association professionnelle des informaticiens, est immédiatement monté au créneau : « C’est la nouvelle la plus invraisembla­ble que nous ayons eue à commenter en pres­que dix ans d’existence ! » Pour ex­pliquer ce geste, le Premier ministre a, lui, évoqué le concept de « ­colocalisation industrielle ». Une sorte de délocali­sation raisonnée qui, bien menée, pourrait aider à créer de la valeur des deux côtés de la Médi­terranée. On comprend la logique en filigrane. Les occupants du parc technologique marocain étant, notamment, des SSII françaises, cette mesure va dans le sens d’une meilleure compétitivité, en les amenant à baisser leurs coûts, ce qui, au final, les aidera à décrocher des projets. Mais cette logique n’en est pas moins absurde. D’abord, parce que l’off­shore ma­rocain s’est initialement développé sur le seg­ment des centres d’appels, qui constituent d’ail­leurs une par­tie des emplois du site de Casanear­shore. Alors ­qu’Arnaud Montebourg avait lancé une initiative visant à recréer des emplois de centres d’appels en France, cette annonce est à mettre à l’actif des nombreuses dissonances gouvernementales ayant émaillé l’actualité ces derniers mois. Favoriser le développement de ­l’offshore, c’est, ensuite, entretenir le cli­mat de pression sur les prix. Et à ce titre, c’est le genre de mesure qui contri­bue à fragiliser davantage les PME des services dans l’Hexagone. Enfin, si le concept de colocalisation peut se révéler intéressant en tant que dernier recours dans un secteur en déclin comme l’automobile, il n’est d’aucun intérêt dans celui des services informatiques.