Gouvernance
Ariane : l’ex-Dinum propulsée en DSI groupe de l’État
Par Reynald Fléchaux, publié le 05 octobre 2026
La future Autorité nationale pour l’intelligence artificielle et le numérique de l’État (Ariane) devrait valider les nominations des responsables numériques des ministères. Une prérogative qui rapproche l’ex-Dinum d’une véritable DSI groupe de l’État. Mais qui devrait faire grincer des dents dans les ministères, peu habitués à un tel interventionnisme.
Une DSI groupe pour l’État. À compter du 1er janvier 2027, c’est vers ce modèle que devrait tendre la Direction interministérielle du numérique (Dinum), dont les contours sont censés évoluer pour devenir une autorité administrative, Ariane (Autorité nationale pour l’intelligence artificielle et le numérique de l’État).
Selon un projet de décret révélé par nos confrères d’Acteurs Publics, son directeur, Walter Arnaud, nommé en juin dernier, devrait désormais « valider » les nominations des responsables numériques des ministères, afin de garantir une « cohérence globale » dans la gouvernance du numérique public. Une disposition qui, si elle se confirme, fera grincer des dents au sein des ministères et de leur direction du numérique, qui ne manqueront pas d’y voir une forme de mise sous tutelle.
Ce droit de regard sur les nominations n’est que la manifestation la plus visible de la montée en puissance de l’autorité, voulue par l’exécutif. Ariane devrait aussi concentrer des prérogatives allant de la définition des normes techniques aux infrastructures interministérielles, en passant par les audits des projets, les politiques d’achat et la stratégie technologique.
Un contrôle jusqu’ici très lâche
La Dinum dispose déjà de certains de ces attributs. Son directeur possède notamment un droit de regard sur les projets numériques ministériels de plus de 15 M€ (en incluant deux années de maintenance). Et, depuis mars 2026, ce contrôle a été étendu aux commandes de suites collaboratives ou de logiciels SaaS dépassant 2 M€ par an.
Malgré ce tour de vis, les ministères ont conservé une large autonomie. Dans un rapport de 2024, la Cour des comptes relevait de « multiples voies de contournement » aux pouvoirs de contrôle de la Dinum. Certains projets soumis à son avis ne lui sont en effet pas présentés, ou alors seulement après publication des appels d’offres, voire une fois les systèmes en production. Le contrôle perd dès lors tout caractère préventif. Exemple emblématique : XPN – Scribe, tentative de modernisation de l’application de rédaction de procès-verbaux de la police par le ministère de l’Intérieur. Si ce dernier a bien sollicité l’avis de la DSI de l’État, il a attendu pour ce faire que son projet soit sur les rails. À la clef, un nouveau flop majeur désormais évalué à 260 M€, contre une estimation initiale de seulement 15 M€ !
Dès 2024, la Cour des comptes suggérait d’ailleurs de renforcer le dispositif en donnant à la Dinum, conjointement avec la direction du Budget, un pouvoir de veto budgétaire sur les projets faisant l’objet d’un avis défavorable.
Des SI ministériels fonctionnant en silos
Ce contrôle très lâche et la fragmentation qui en découle figurent d’ailleurs en tête des raisons invoquées par l’exécutif pour revoir la gouvernance de l’informatique de l’État. En mai dernier, le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, pointait devant une commission d’enquête de l’Assemblée nationale la multiplication des initiatives ministérielles, voire infraministérielles, avec à la clef des doctrines différentes, des surcoûts et une mutualisation insuffisante. « Les systèmes d’information des ministères fonctionnent en silos depuis des décennies », résumait de son côté la ministre déléguée au Numérique, Anne Le Hénanff, auditionnée au même moment (en photo, les deux ministres lors de leur passage devant la commission d’enquête de l’Assemblée).
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