Le rachat de Siemens IT Solutions positionne la SSII française comme un poids lourd européen de l’infogérance, dont l’important réseau de centres de données la rend crédible dans le cloud computing.

Le regroupement annoncé entre Atos Origin et la SSII de Siemens donne naissance à un acteur paneuropéen de l’infogérance. La nouvelle entité créée va, en effet, générer un chiffre d’affaires de 5,1 milliards d’euros (pour 8,7 milliards de chiffre d’affaires au total) dans ce domaine où les deux sociétés avaient déjà des positions fortes. L’effet de taille est important dans ce secteur qui nécessite une forte capacité d’investissement et où la marge s’est réduite ces dernières années.

Atos Origin revendique ainsi la place de numéro deux en Europe sur le marché de l’externalisation des systèmes d’informations, derrière IBM, avec 4,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et la cinquième place mondiale. La possibilité de se positionner sur les mégacontrats d’infogérance est un bénéfice majeur, relevé par Thierry Breton, le président d’Atos Origin, à l’heure de l’évocation de ce rachat.

Surtout, la société renforce considérablement la capacité de ses datacenters. Un argument de poids pour répondre aux enjeux induits par le développement du cloud computing. « Etant donné l’évolution des besoins informatiques, il y a nécessité à accroître les capacités de stockage. Le volume des données générées par les entreprises double tous les dix-huit mois. Il faut donc disposer de fermes de serveurs de plus en plus importantes et de centres de données partout dans le monde afin de répondre au mieux aux besoins d’élasticité du cloud », a souligné Thierry Breton. Atos Origin et Siemens IT Solutions totalisent, à eux deux, une trentaine de « centres de données majeurs » dans le monde, selon le président d’Atos Origin.

Autre axe fort du rapprochement entre les deux acteurs, la nécessité pour les sociétés de services informatiques de développer « des offres verticales et mieux intégrées », dixit Peter Loscher, le président de Siemens. Les deux SSII vont investir conjointement 100 millions d’euros en R&D sur les trois prochaines années, dont une partie servira au développement de ces nouvelles solutions dans le domaine des transports, de la santé, des télécoms ou de l’énergie.

La SSII de Siemens enchaîne les restructurations

L’entité Atos Worldline (services transactionnels), la pépite d’Atos Origin qui sera intégrée au sein de la division nouvellement baptisée Atos SBS (Specialized Business Services), devrait également profiter de ce rapprochement. Les services de paiement d’Atos Worldline seront proposés non seulement à toutes les divisions de Siemens mais aussi à ses clients. « Cette alliance va également accroître notre capacité à faire des rachats dans ce secteur »,  souligne Thierry Breton. La SSII cherche depuis quelques mois à réaliser une grosse acquisition dans ce secteur.

Autre raison moins avouable à ce mariage : les difficultés récurrentes de Siemens IT Solutions (SIS), qui enchaîne les plans de restructuration depuis quelques années. La direction de Siemens cherchait à l’adosser à un acteur de poids dans les services informatiques. En 2005 déjà, une possible association Atos Origin-Siemens avait été évoquée. En mars dernier, SIS a annoncé un énième plan de restructuration. La SSII allemande a terminé son exercice 2010, clôt le 30 septembre, avec un résultat opérationnel négatif (à – 12,9 %).

225 millions d’euros de synergies de coûts affichées à l’horizon 2013

Les deux partenaires estiment à 225 millions les synergies de coûts générées grâce à cette fusion. Elles doivent permettre au groupe de dégager une marge opérationnelle comprise entre 7 % et 8 % (pour 9 à 10 milliards de chiffre d’affaires) à l’horizon 2013 contre environ 6 % prévu en 2011 pour le nouvel ensemble.  Environ 100 millions d’euros proviendront en fait de la restructuration de Siemens IT Solutions. Cette restructuration va se traduire par la suppression de 1 750 postes chez Siemens, dont 650 en Allemagne. La direction d’Atos Origin va appliquer le même programme baptisé TOP (pour Total Operation Performance) qui avait permis à Thierry Breton de redresser la société Atos Origin peu de temps après son arrivée à sa tête début 2009. Une autre tranche de 125 millions d’euros sera issue de la rationalisation des locaux et des structures des deux entités. Le groupe industriel allemand s’est, par ailleurs, engagé à financer la quasi-totalité des coûts d’intégration du nouvel ensemble à hauteur de 250 millions d’euros.