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Coopérer : une question de survie pour les entreprises

Par La rédaction, publié le 21 janvier 2013

La collaboration facilite, entre autres, la transmission d’information et améliore l’efficacité des équipes. Elle est pourtant loin d’être une évidence dans de nombreuses entreprises. Il est temps de s’y mettre !

Ces dernières années, nous entendons beaucoup parler du management collaboratif, basé sur une responsabilisation des salariés, sur une relation de confiance et de coopération entre les membres d’une équipe. Ce nouveau type de management induit un changement d’organisation loin d’être aisé à mettre en place. D’autant plus dans les entreprises actuelles où la productivité et la rentabilité sont poussées à l’extrême et où l’esprit de compétition prédomine.

Alors, initier un réel mouvement de coopération relève-t’il de l’exploit ? La collaboration est-elle une notion qui va à l’encontre de notre nature humaine ? Quels sont les leviers qui permettent sa mise en place ? Et quel est l’intérêt stratégique pour les entreprises ?

La coopération, un acte naturel ?

La coopération est clairement un élément fondamental de nos rapports sociaux et de notre société. Elle permet le développement des communautés, et même leur survie. Des sociétés primitives aux communautés qui fleurissent sur internet : on constate que la collaboration fait partie de notre manière d’être et d’agir. Par peur de l’isolement ou par désir de créer, nous sommes amenés à vivre et à interagir avec les autres.

La coopération émane de notre volonté d’être reconnu pour ce que nous sommes. Elle nous aide à construire notre propre identité. Il s’agit d’un vrai facteur sociétal.

Le sociologue du début du XXe siècle, Marcel Mauss décrit parfaitement ce processus dans ses travaux sur le don et le contre don. Il démontre que les systèmes humains sont basés sur la réciprocité et la relation de confiance qui se développe lorsque l’on donne aux autres. Ce don oblige l’autre à un retour. Ce mécanisme d’échange permet à la communauté d’évoluer, de tendre vers plus de flexibilité et d’adaptation.

En entreprise, la coopération entre salariés est loin d’être évidente

Comme tout système, l’entreprise a vraiment besoin que ses employés coopèrent. Cette collaboration facilite la transmission d’information, améliore l’efficacité des équipes et rationalise ainsi le temps et les investissements. Pourtant, ce mouvement qui devrait être naturel est bridé par de nombreux facteurs.

D’abord, l’organisation même des entreprises qui aujourd’hui fonctionnent très en silos empêche les échanges et la transmission d’information. Ensuite, la productivité demandée va à l’encontre de la coopération, comme le souligne le sociologue Norbert Alter dans son ouvrage intitulé Donner et prendre : la coopération en entreprise. Etablir de vraies relations de collaboration nécessite du temps. Et la cadence imposée dans le milieu professionnel ne va pas dans ce sens.

D’autre part, la précarité du travail actuel est un facteur dégradant. Les sociétés font de plus en plus appel à des CDD, stagiaires et intérimaires ; il est difficile de construire des relations de confiance dans ces conditions. Quel est l’intérêt de donner si je ne suis plus là demain ?

Enfin, le sentiment de manque de reconnaissance des salariés par leur entreprise vis-à-vis de leurs engagements ne les pousse pas à s’investir au-delà de leurs missions.

Quels sont les facteurs qui favorisent la coopération dans le milieu professionnel ?

1) Modification de l’organisation

Pour favoriser la coopération dans l’entreprise, son organisation doit aller vers plus de transversalité. L’objectif est ainsi de faciliter la communication et les partages d’informations que cela soit entre managers et collaborateurs (vertical) ou entre différents services (horizontal). L’organisation cible doit mettre en avant le travail d’équipe plutôt qu’individuel.

Il faut recréer du lien social en mettant du réseau dans la pyramide hiérarchique, comme le dit Hervé Serieyx dans son ouvrage (–Mettez du réseau dans vos pyramides – décembre 96). Ainsi, les newsletters du président, les Webex avec la direction, les réunions de services, les manifestations interentreprises (journées sociales, soirées), les retours d’expériences de différents collaborateurs favorisent la culture d’entreprise et le sentiment d’appartenance à un groupe.

2) Mise en place d’un management collaboratif

La coopération passe également par un certain type de management. Les responsables d’équipe doivent rechercher la complémentarité de leurs collaborateurs et favoriser l’addition des talents pour atteindre un objectif commun.

Le but recherché est de rendre autonomes et responsables les salariés en leur apportant un soutien dans leurs démarches et leur évolution. Ce soutien peut passer par de l’accompagnement au changement. Au regard des modifications organisationnelles et structurelles que rencontrent les entreprises, les managers doivent mettre en place des plans de conduite du changement afin d’apporter du sens aux directions prises. La coopération dans une équipe n’opère que si les objectifs sont clairement affichés, compris et adoptés.

Dans l’idéal, la conduite du changement est participative. Elle permet aux salariés de s’investir dans les prises de décisions stratégiques à l’image des entreprises coopératives et mutualistes. Les salariés se sentent alors responsabilisés dans leur mission. C’est une véritable marque de reconnaissance de la part de l’entreprise.

La mise en place d’accompagnements, de formations de développement personnel et autres coaching peuvent également aider les salariés à mieux coopérer avec leurs collègues.

3) Le déploiement d’outils collaboratifs

Enfin, pour faciliter la coopération, l’entreprise peut mettre en place des plateformes collaboratives du type réseau social. Celles-ci facilitent l’échange d’informations, le partage de connaissances, ainsi que la co-création entre les salariés. Pour la direction, c’est également un excellent moyen de « prendre le pouls » de leur entreprise au travers des questionnaires ou des publications et pouvoir ainsi répondre au plus proche des attentes exprimées.

Les outils collaboratifs contribuent également à forger la notion de communauté où des groupes de salariés vont se retrouver sur des compétences professionnelles ou même des passions de la sphère privée. Cette proximité entre les collègues amène à plus d’investissement personnel et de collaboration. Au final, ces échanges transverses favorisent la coopération dans la société, génèrent un climat de confiance et contribuent à la culture d’entreprise.

Collaborer avec ses semblables pour atteindre des objectifs est une attitude naturelle à l’être humain que cela soit pour se développer ou même pour survivre. Pour utiliser ce penchant naturel dans le cadre professionnel, l’entreprise doit mettre en place les moyens nécessaires à son essor : accorder du temps et de l’investissement. La coopération est aujourd’hui un élément fondamental dans la performance de nos sociétés. Insuffler un réel esprit de collaboration est aujourd’hui un choix stratégique qu’il ne faut pas négliger.


 Sources :

Donner et prendre : La coopération en entreprise, de Norbert Alter. Edité par La Découverte Poche/Sciences humaines et sociales n°339. Paru en janvier 2011

Essai sur le don : Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, de Marcel Mauss. Article originalement publié dans l’Année sociologique, seconde série, 1923-1924.

Mettez du réseau dans vos pyramides (Penser, organiser vivre la structure en réseau), d’Hervé Sérieyx – Edité par Village Mondial, 1996.

Les 4 piliers du management collaboratif, chronique de Francis Boyer. Le Journal du Net, octobre 2012.

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