Entre Microsoft et l’administration britannique, rarement les relations n’ont été aussi tendues. Fin janvier, le gouvernement de David Cameron avait dévoilé son intention de délaisser les suites bureautiques Microsoft pour migrer vers des solutions Open Source.
Un choix surtout économique, puisque le Royaume Uni a déboursé environ 243 M€ depuis 2010 pour bénéficier de la suite Microsoft Office dans son secteur public. Pour le ministre du Bureau du Cabinet Francis Maude, dont les propos étaient rapportés dans l’édition du 30 janvier du Guardian, ce choix permettra d’économiser des dizaines de millions d’euros.
Le Bureau du Cabinet rapporte vouloir briser une situation d’ « oligopole » sur le marché des solutions logicielles bureautiques au sein du service public, pour qu’il puisse « travailler sans avoir à acheter une marque de logiciels spécifique », ces solutions gratuites facilitant, de surcroit, toute une série de tâches, comme le partage de fichiers au sein des services, ou la mise à disposition des informations ministérielles à destination du public.
 

Microsoft montre les dents

Microsoft, qui pourrait voir là s’échapper un marché important, n’a pas manqué de réagir. Alors que la décision n’a pour le moment pas été entérinée, la firme de Richmond a appelé, dans une lettre ouverte, ses principaux partenaires britanniques à faire pression sur le gouvernement. Le géant américain de l’informatique s’insurge contre cette promotion appuyée du format ODF (Open Document Format) et rappelle qu’il a, lui aussi, développé des standards ouverts, comme OpenXML ou OOXML.
Le vice-président de Microsoft, Michael Van der Bel, en charge de la région UK, estime que les services du gouvernement britannique devraient avoir le choix entre ODF et OpenXML, rappellant par ailleurs que « de nombreuses entreprises et citoyens ont déjà fait le choix de l’OpenXML ».
 

La France planche aussi sur le sujet

Si les tensions entre Microsoft et le Royaume-Uni cristallisent l’attention, d’autres pays en Europe ont également amorcé leur transition vers le logiciel libre, à l’image de la France.
L’Open Source y avait d’ailleurs fait l’objet d’engagements lors de la dernière présidentielle. Le candidat François Hollande avait promis  qu’il s’attellerait à la promotion du logiciel libre au sein de l’éducation et des administrations. La ratification par le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, d’une circulaire en ce sens, en septembre 2012, avait d’ailleurs constitué un signe fort à l’endroit du monde de l’Open Source. Le document invitait même l’administration à y injecter des fonds, « de l’ordre de 5 à 10 % des coûts de licences évités », afin d’en soutenir le développement. 
Pour autant, même si plusieurs contrats publics ont été signés entre le gouvernement français et des acteurs de l’Open Source (comme Alter Way ou Linagora, qui ont décroché des marchés de plusieurs millions d’euros), l’Hexagone est encore loin d’être un eldorado pour l’économie du logiciel libre.

Car en dépit des déclarations de bonnes intentions du gouvernement français, les solutions fermées sont toujours omniprésentes dans l’administration et les ministères français. C’est le cas de Microsoft , notamment. La reconduction du contrat Open Bar entre le ministère français de la Défense et Microsoft, courant 2013, montre que, dans les esprits, le libre n’a pas encore supplanté la concurrence. Cet accord, renouvelé sans qu’une mise en concurrence n’ait été organisée, avait alors provoqué l’ire des associations de promotion du libre. Mais du côté du ministère, on assurait que pourtant « l’utilisation de logiciels libres serait d’un coût de revient proche de l’utilisation de licences Microsoft ».
Une analyse qui diverge avec celles de plusieurs autres services de l’État français, comme la Gendarmerie ou le ministère des Affaires sociales, qui ont récemment souligné les économies réalisées grâce à cette migration.