Distingué par ses pairs comme manager numérique de l’année, Philippe Germond, 56 ans, a su faire face à la perte de son monopole historique, notamment sur les paris sportifs en ligne. Malgré un léger recul des enjeux en 2013, le PMU a enregistré une croissance de son produit brut. La stratégie de son président tient en un concept : innovation numérique et maintien du réseau physique.

Être reconnu comme manager numérique implique-t-il que son entreprise soit également positionnée comme telle ? En observant de loin le PMU, on pourrait naturellement l’associer à l’image d’Épinal du joueur venant valider son pari au guichet d’un bar de province. En ouvrant le capot du « moteur » PMU, on ne peut alors que constater la complexité du fonctionnement de cette institution qui, selon les propres mots de son président, « gère un nombre de transactions quotidiennes quasiment équivalent à celui de la Bourse de Paris ». Le week-end en plus. Cette particularité impose à la société, présidée par Philippe Germond depuis 2009, d’être non seulement une entreprise numérique à part entière, mais aussi une entreprise connectée en permanence avec ses clients sous peine, à la moindre panne, de les voir partir ouvrir un compte chez la concurrence. « Si votre système d’information est bloqué, en tant que dirigeant, vous voyez défiler des dizaines de milliers d’euros à chaque minute perdue. De plus, avec l’arrivée de la concurrence, une informatique en panne, ce sont non seulement les paris du jour, mais aussi ceux du jour suivant que vous perdez », plaide Philippe Germond. L’entrée de la technologie numérique dans le groupe a débuté en 2003 et a permis au PMU de recevoir, en 2011, le prix de l’e-transformation, décerné par l’Association de l’économie numérique, pour sa reconversion et ses résultats dans les domaines des paris sportifs et autres jeux en ligne, à l’instar du poker. Toujours selon Philippe Germond, « c’est un des atouts mal connus de cette entreprise que d’être quasiment toujours la première à proposer un service autour d’une technologie émergente. Nous n’avons pas attendu l’arrivée de la concurrence pour nous engager dans cette voie, car la technologie est dans les gènes du PMU ».

Et dans les gènes de son président, dont la carrière chez HP, Alcatel et Atos Origin, en faisait l’homme de la situation pour imaginer et diriger la mutation numérique du groupe de paris. Ainsi, en 2013, l’activité internet (hippique, sportif, poker) est-elle en croissance de 3,6 % pour un total d’enjeux de 1,7 Md€, faisant de pmu.fr le premier site de paris en France. L’année écoulée a également été marquée par les lancements de nouvelles versions des applications transactionnelles, ainsi que d’un site internet, dix ans après le lancement des paris en ligne par le PMU. Pour son président, « si je me projette à quinze ans, la part relative du web augmentera, dépassant un jour, sur les paris hippiques, la barre des 25 %, mais ne remettra pas en cause l’existence d’un réseau physique ». Il ne faut donc pas oublier pour autant cette tradition évoquée plus haut du bar-PMU qui reste une réalité sur le territoire national avec 12 200 points de vente générant 80 % du montant des enjeux. « Les paris hippiques comportent des aspects culturels significatifs, comme la tradition du point de vente. Ce sont des ancrages extrêmement forts du PMU. Il faut les maintenir, voire les amplifier et, dessus, bâtir des diversifications », explique Philippe Germond.

Un nouveau modèle pour 2020. Développer un modèle complémentaire de croissance. C’est ainsi que Philippe Germond définit sa stratégie « PMU 2020 » devant la limite naturelle qu’impose le potentiel du nombre de courses, forcément limité. « Nous devons trouver un modèle complémentaire de croissance pour atteindre notre objectif de 1 milliard d’euros de résultat net en 2020 », explique-t-il. Et d’ajouter qu’au-delà de la diversification dans les paris sportifs et le poker, d’autres voies sont à l’étude comme la conquête de clients via de nouveaux types de points de vente et l’usage de nouvelles technologies. C’est ici que le « manager numérique » se réalise totalement en inventant les nouveaux outils de la retransmission vidéo de demain : « On peut même imaginer se mettre virtuellement à la place du jockey sur lequel on a parié. Pour une population de jeunes de 20 ou 30 ans qui ont été éduqués avec une Game Boy dans les mains, cela devient extrêmement ludique. » On l’a compris, le modèle que souhaite développer Philippe Germond n’est pas une remise en cause du modèle « physique », évitant ainsi la sempiternelle opposition entre le « click » et le « mortar ». Être le manager numérique de l’année n’impose pas pour autant de tuer le manager de terrain. Jouer, c’est aussi échanger. Et on échange sans problème avec la tablette posée à côté d’un café. Chiche.

Par Stéphane Demazure