Aucune entreprise ne peut se croire à l’abri des bouleversements induits par le numérique. Il est temps que la France ne les subisse plus mais en profite en soutenant les entrepreneurs du secteur.

« La France a perdu la guerre du logiciel. » Ce propos provocateur m’a été rapporté par le PDG d’un éditeur de logiciel français, suite à mon précédent billet sur le Made in France. Le responsable d’un groupe d’investissement expliquait ainsi son refus de l’accompagner dans son développement à l’étranger. Est-ce du défaitisme condamnable ou de la froide lucidité ? Après tout, il faut savoir reconnaitre sa défaite et quand on considère le chiffre d’affaires et les fonds propres d’IBM ou Microsoft, ces acteurs paraissent indéboulonnables. Eh bien non ! Ce serait mal comprendre les cycles économiques d’innovations et les enjeux, bien plus importants qu’il n’y paraît.

Cycles de destruction créatrice

L’économiste Schumpeter(1) a analysé ce processus de disparition de secteurs d’activité conjointement à la création de nouvelles activités. Ils sont initiés par des entrepreneurs innovants qui rompent les précédents équilibres. Hier, IBM semblait inébranlable sur le marché des main frames, mais face au succès des PC, il leur a fallu évoluer vers le service pour se maintenir en place. Aujourd’hui, Microsoft paraît incontournable sur les PC mais il leur faut lutter face à Apple sur le marché des tablettes et des smartphones. Bref, l’informatique accélère le rythme des destructions créatrices, qui sont autant des nouvelles batailles que des opportunités, si on regarde les choses avec un lucide optimisme.

Le numérique, c’est plus que l’informatique

Nombreux sont ceux qui considèrent encore que l’informatique est une technologie comme les autres, une sorte de machine outil dont il est secondaire qu’elle ne soit pas produite en France. Les spécialistes de la vente par correspondance découvrent à leurs dépens que ce n’est pas le cas. Pour Amazon, qui les détrône, l’informatique n’est pas un élément secondaire. C’est le cœur de sa valeur ajoutée. De la même façon, Google a bouleversé les acteurs de la publicité.

Ces leçons doivent faire réfléchir : aucun secteur, même industriel, ne doit se croire à l’abri des bouleversements du numérique. Il est grand temps que la France ne subisse plus le numérique mais en profite. C’est pourquoi il est urgent de favoriser les entrepreneurs du domaine.

Pour paraphraser une phrase célèbre : si la France a perdu des batailles, elle n’a pas encore perdu la guerre du numérique.


 

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Vincent Bouthors

Vincent Bouthors