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UECC 2026 : La Grande Emission Live
Par Laurent Delattre, publié le 10 septembre 2026
Les Universités d’Été de la Cybersécurité et du Cloud de Confiance avaient choisi un thème pour le moins martial voire guerrier : « Réarmement numérique : l’Europe est-elle prête à conquérir sa souveraineté ? ». Après l’été 2026, le choix paraît presque prémonitoire. De quoi lancer des débats enflammés sur la réduction des dépendances numériques et l’impact des IA sur les RSSI et la cybersécurité. Retrouvez notre Grande Emission Live réalisée au coeur même de l’événement.
Organisée ce 10 septembre à Station F par Hexatrust, la douzième édition des UECC attendait près de 1000 participants, une cinquantaine d’intervenants et près de 80 partenaires. Un rendez-vous désormais bien installé dans la rentrée des DSI, RSSI, fournisseurs, administrations et acteurs du numérique de confiance.
Mais entre la préparation de l’événement et son ouverture, l’actualité est venue brutalement changer la tonalité des débats. France Titres, Tchap, Éducation nationale, Bloctel, DGFiP… Les compromissions et fuites de données ayant touché les services publics au printemps et durant l’été ont replacé la cybersécurité tout en haut de l’agenda politique. Et rappelé, surtout, que derrière les grandes discussions sur la souveraineté se cachent des questions beaucoup plus terre à terre : qui peut accéder à quoi ? Comment détecter un compte légitime utilisé par un attaquant ? De quelles technologies dépend-on ? Et comment continuer à fonctionner lorsque le numérique ne répond plus ?
C’est dans ce contexte qu’IT for Business a installé son plateau au cœur de Station F, pour accueillir dans les conditions du direct six invités prestigieux. Six regards, six angles différents. Mais un même constat : en 2026, la cybersécurité ne peut plus rester une affaire de spécialistes enfermés dans leur SOC.
Jean-Noël de Galzain veut transformer l’urgence en commandes
Premier invité, Jean-Noël de Galzain, président d’Hexatrust et PDG de Wallix Group, n’a guère cherché à atténuer le diagnostic. « La maison brûle un peu quand même », résume-t-il pour justifier ce terme de « réarmement numérique » qui sert de fil rouge à cette douzième édition.
Pour lui, la France et l’Europe ne manquent plus vraiment de technologies. En douze éditions des UECC, l’écosystème est passé de produits encore expérimentaux à des entreprises capables d’exporter et de rivaliser sur certains segments avec les leaders mondiaux. Le problème s’est déplacé : il faut maintenant transformer cette offre en puissance industrielle.
Car la dépendance reste massive. Et les discours sur la souveraineté n’auront guère de valeur tant qu’ils ne modifieront pas les comportements d’achat. « On a les moyens (…) mais ensuite il faut qu’on sorte de la dépendance pour reprendre finalement notre autonomie », insiste Jean-Noël de Galzain.
L’été cyber a, selon lui, changé également la dimension politique du sujet. La compromission de données fiscales ou administratives ne concerne plus seulement les RSSI mais expose directement les citoyens à la fraude, au phishing et à l’usurpation. « La cybersécurité est en train de devenir un problème de sécurité publique », estime-t-il.
D’où son impatience face aux annonces. Pacte État-industrie, nouvelle organisation numérique de l’État, commande publique : les outils commencent à apparaître. Désormais, il faudra compter les actes. « Ce qui va montrer si les planètes sont alignées, ce sont les résultats. »
Séverine Meunier appelle à casser les silos de décision
Autre invité, autre perspective. Avec Séverine Meunier, directrice de campagne stratégique Défense et Sécurité chez Airbus Defence & Space, le regard change d’échelle. La menace cyber n’est plus un événement isolé mais l’une des composantes de campagnes pouvant combiner espionnage, sabotage, renseignement, influence et actions physiques.
Les métiers doivent conserver leurs expertises. Pas question de transformer un spécialiste du renseignement en RSSI ou inversement. Mais le pilotage doit, lui, devenir transverse. « Les silos d’expertise sont utiles. En revanche, les silos de prise de décision, eux, sont extrêmement dangereux. »
Dans ce nouveau paysage, le renseignement prend une place centrale. Détecter une vulnérabilité ou une activité anormale ne suffit plus : encore faut-il comprendre qui agit, pourquoi et dans quel objectif. « La cyber, sans le renseignement, devient une cybersécurité qui ne va faire que réagir. »
Et l’arrivée des agents IA complique encore l’équation. Jusqu’ici, l’identité numérique correspondait principalement à un humain ou à un compte technique. Désormais, les organisations devront contrôler des armées d’identités machines capables d’accéder aux données, d’interroger d’autres systèmes et de déclencher des actions. « On est en train de passer d’un monde où on devait gérer principalement les identités humaines à un monde où on va gérer des milliers, voire des millions d’identités non humaines. » Comprendre leurs intentions restent un défi majeur à relever.
Pour Séverine Meunier, le risque majeur n’est donc pas seulement l’IA qui accélère. C’est l’organisation qui, elle, continue de réagir à la vitesse d’hier.
Florence Puybareau ramène la cyber au principe de réalité
Directrice du Clusif, Florence Puybareau apporte justement le retour du terrain. Toutes les entreprises n’ont ni le budget ni les équipes d’un grand groupe. Pour une PME, « la cybersécurité est quand même devenue un élément important, mais ce n’est pas forcément en haut de la pile ». Il faut aussi faire tourner l’entreprise.
Guides, Cybermalveillance.gouv.fr, relais régionaux, associations et référentiels doivent donc permettre aux structures les moins équipées de progresser sans leur imposer des architectures de grands comptes en miniature.
La souveraineté entre désormais dans les discussions avec les RSSI, constate-t-elle, mais sans devenir un joker permettant d’oublier le reste. « On ne choisit pas une solution parce qu’elle est française, on choisit une solution parce qu’elle nous convient. » Prix, fonctions, maturité, services et capacité à répondre au risque restent déterminants.
Et ce risque impose de choisir ses batailles. Avec NIS2, DORA, la supply chain, l’IA et l’explosion du nombre de vulnérabilités, aucun RSSI ne pourra tout protéger avec la même intensité. D’où le retour aux fondamentaux : cartographie, criticité et résilience.
Le métier change avec eux. « Le RSSI, de toute façon, doit être stratégique », affirme Florence Puybareau. Comprendre la technique ne suffit plus. Il doit comprendre les métiers, l’entreprise, mais aussi la géopolitique et désormais la politique. Bref, quitter définitivement la soute.
Alain Bouillé et Maxime Alay-Eddine veulent transformer l’offre française en marché
Avec Alain Bouillé, délégué général du CESIN, et Maxime Alay-Eddine, vice-président d’Hexatrust, la souveraineté passe à l’épreuve des achats.
Le Cyberpanorama, désormais interactif, veut permettre aux entreprises d’identifier plus facilement les solutions françaises correspondant à leurs besoins.
Car, constate Alain Bouillé, « il y a plein de mauvaises excuses pour ne pas acheter français », notamment celle qui consiste à expliquer qu’on ignorait l’existence d’une alternative locale. Mais pas question pour autant de transformer la souveraineté en préférence automatique : « Il faut acheter français parce que ça rend le service voulu. »
Alain Bouillé met aussi en garde contre l’excès inverse, celui des grandes plateformes intégrées qui simplifient le SI mais rendent toute sortie extrêmement coûteuse : « la plateformisation à outrance » finit par signifier « enfermement ».
Côté éditeurs, Maxime Alay-Eddine estime que la priorité n’est plus seulement de faire émerger davantage de start-up, mais d’en faire grandir certaines. Le panorama le montre presque visuellement : « Aujourd’hui, on a plein de petits logos et quelques grands logos. » Consolidation, investissements et développement européen deviennent donc prioritaires.
Et lorsqu’on lui demande où se situe désormais l’urgence pour la cyber française, sa réponse est volontairement prosaïque : « Le chiffre d’affaires. »
L’excellence technique ne suffira pas si elle ne produit pas des champions capables de changer d’échelle.
Joachim Coqblin préfère l’autonomie stratégique à la souveraineté de drapeau
Pour terminer l’émission, Joachim Coqblin, directeur adjoint des systèmes d’information et d’organisation de la ville de Villejuif, ramène le débat au quotidien des collectivités.
À Villejuif, la préférence européenne ne se résume pas à la nationalité d’un fournisseur. « Nous, on ne parle pas de souveraineté, on parle d’autonomie stratégique. »
Ce qui compte avant tout, c’est la maîtrise des données, des technologies et surtout des dépendances.
La collectivité a ainsi remplacé plusieurs briques de sécurité anglo-saxonnes par des solutions françaises. Pas par patriotisme technologique. « On ne va pas acheter parce que c’est français. Si c’est mauvais, c’est mauvais. »
En revanche, la proximité avec les équipes techniques, la réversibilité et la capacité à ne pas rester prisonnier d’un éditeur deviennent des critères décisifs.
L’open source participe de cette logique, tout comme NIS2, qui doit permettre de pousser également les fournisseurs métiers à monter en maturité. Mais Joachim Coqblin pose surtout une question plus radicale. Après vingt ans de numérisation intensive, faut-il vraiment tout numériser ?
Dans une collectivité, une panne ou une cyberattaque peut bloquer l’état civil, les crèches ou les services funéraires. Il faut donc penser non seulement résilience, mais continuité réelle. « Le numérique n’est pas automatique », résume-t-il.
Une formule qui pourrait presque servir de conclusion à cette édition des UECC. Le « réarmement numérique » ne consiste pas uniquement à acheter davantage de technologies de sécurité. Il impose de connaître ses dépendances, de mieux piloter le risque, de préparer la crise et de savoir ce qui doit continuer à fonctionner quand les protections ont échoué.
Et surtout, d’en finir avec l’idée que la cyber resterait l’affaire des seuls spécialistes. « Ne laissez pas ça au DSI », lance Joachim Coqblin aux directions générales et aux élus.
Après l’été 2026, difficile de prétendre que le message reste abstrait.
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