Data / IA
IA : seuls 13 % des DSI constatent une valeur significative pour leur entreprise
Par Guillaume Perissat, publié le 28 octobre 2026
Malgré l’accélération des déploiements, la création de valeur reste limitée. Selon Gartner, seuls 13 % des DSI interrogés estiment que leur entreprise a obtenu des bénéfices significatifs ou transformationnels de l’IA.
L’intelligence artificielle se déploie à grande vitesse dans les entreprises, mais ses bénéfices restent difficiles à démontrer. C’est le constat dressé par Gartner dans son enquête 2027 auprès de 2 000 DSI et responsables informatiques, menée entre mai et juillet 2026. Seuls 13 % des répondants déclarent que leur organisation a déjà tiré de l’IA une valeur significative ou transformationnelle.
Dans le même temps, malgré une multiplication des cas d’usage (Gartner parle d’une augmentation de 400 % entre 2024 et 2025), leur chance de succès demeure d’environ une sur cinq, nous apprend un second document du cabinet. On retrouve peu ou prou les mêmes constats qu’au début de la vague de l’IA générative trois ans auparavant. Le décalage entre l’intensité des investissements et les résultats obtenus pose d’ailleurs la sempiternelle question aux directions informatiques : comment passer de l’accumulation de PoC et d’expérimentations à des bénéfices tangibles pour les métiers ?

« Le volume ne fait pas la valeur », souligne Alicia Mullery, VP Analyst chez Gartner. « L’IA impose une remise en question aux organisations qui manquent de discipline, qu’il s’agisse de définir en amont la valeur des cas d’usage ou de fixer des critères pour décider quand y renoncer ». Et c’est sans doute là le point crucial de l’étude.
Savoir arrêter les projets qui ne tiennent pas leurs promesses
Cette discipline, notamment d’investissement, apparaît comme un facteur de succès majeur dans la conduite des projets IA. Le cabinet d’analystes relève que les organisations disposant de critères explicites pour décider qu’un pilote ne doit pas passer en production ont 2,3 fois plus de chances d’appartenir au groupe des entreprises « les plus performantes » (Gartner parle de « vanguards », avant-garde dans la langue de Molière). Celles qui ont défini des règles pour abandonner les initiatives peu rentables déjà en production ont, quant à elles, 2,6 fois plus de chances d’en faire partie.
Or ces pratiques restent minoritaires : seuls 31 % des répondants disposent de règles encadrant le passage des pilotes en production, et 17 % de critères formalisés pour arrêter des projets déployés qui ne créent pas suffisamment de valeur. Et c’est bien là que le bât blesse.
Réduire les coûts tout en les augmentant
« À mesure que l’adoption de l’intelligence artificielle se généralise, de nombreuses organisations constatent que les modèles traditionnels de financement technologique ne sont plus adaptés », indique Gartner. En effet, les dépenses liées à l’IA peuvent varier selon l’utilisation réelle des modèles et les volumes de requêtes. Les coûts d’inférence, la consommation de jetons et les besoins d’infrastructure compliquent ainsi les prévisions budgétaires, tandis que les bénéfices opérationnels ne se matérialisent pas nécessairement à la même vitesse.
En conséquence de quoi la pression économique s’intensifie. Toujours selon l’étude, 51 % des DSI anticipent une augmentation du coût total de possession (TCO) des solutions technologiques sous l’effet de l’IA. Et, parce qu’on n’est jamais mieux servi que par des injonctions contradictoires, 58 % déclarent subir des attentes accrues en matière de réduction des coûts grâce à l’IA.
S’ajoute à l’augmentation des dépenses en solutions une autre conséquence inattendue de la multiplication des projets IA. Selon l’enquête, 40 % des répondants anticipent une hausse des effectifs IT en 2027, notamment dans la cybersécurité et la data. À mille lieues donc de la substitution des emplois humains par l’IA. « Si de nombreux dirigeants s’imaginent que l’IA servira avant tout à réduire les effectifs dans l’IT, le véritable facteur de différenciation réside dans la refonte de l’organisation du travail », insiste Alicia Mullery.

Des investissements à mieux encadrer
L’équation est délicate pour les responsables informatiques. Pas question de freiner systématiquement les expérimentations, les directions générales poussent justement l’adoption de l’IA, notamment agentique. Mais ces mêmes directions générales s’attendent, en parallèle, à une diminution des dépenses. Deux exigences, à lire Gartner, difficilement compatibles.
La solution est à chercher du côté de ces « vanguards ». Les analystes les définissent comme des organisations « comblant trois lacunes essentielles plus rapidement que les autres : l’économie de l’IA, la création de valeur et la préparation des équipes ».
Pour ce faire, dans ces entreprises, les DSI collaborent plus étroitement avec les services financiers, la maturité des métiers est évaluée avant tout investissement et, enfin, des critères explicites régissent le déploiement ou l’arrêt des initiatives, le tout assorti d’un plan pour repenser les rôles des salariés dans un environnement associant humains et agents IA.
Eh oui, les organisations qui réussissent à tirer de la valeur de l’IA ne sont pas celles qui cherchent bêtement le volume le plus important d’agents, mais celles qui réfléchissent et se donnent des lignes directrices. Ça alors !
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