Toutes les bonnes choses ont une fin. Ce sera donc ma dernière tribune sous cette plume. Je remercie Pierre Landry, le rédacteur en chef, de cette connivence, de cette complicité, des échanges que nous eûmes pendant plus de trois ans et 44 numéros d’IT For Business.

Par Mathieu Flecher (*), DSI d’une entreprise industrielle française

À l’aune d’un été et d’une fin de confinement, il est temps de passer à autre chose. Il me fallait, pour cet ultime épisode sous une plume cachée, faire quelque chose d’original. Hélas, les sujets originaux ne sont pas pléthore, tant il est parfois difficile de s’extraire de son quotidien et de prendre du recul. Tenez, ce matin, j’ai montré à une jeune collaboratrice une disquette 3½ pouces, elle ne savait pas trop ce que c’était. J’aurais pu, du coup, parler de la rapidité d’évolution de l’informatique, du digital, de l’écart générationnel…

Ce matin, j’ai aussi appris qu’une société du coin était victime d’un ransomware. J’aurais pu parler du danger croissant dans le monde digital, des façons de se protéger ou du moins d’éviter une catastrophe.

Et en fin de matinée, j’ai été relancé, sur LinkedIn, par le commercial d’un fournisseur qui m’appelait par mon prénom comme si nous étions proches : je dois en avoir une quinzaine comme ça chaque jour. J’aurais pu parler des méthodes douteuses et du harcèlement pratiqué par les ESN qui, sans foi ni loi, usent de tous les stratagèmes pour nous contacter, nous, décideurs.

La semaine dernière, j’y repense, un de mes proches collaborateurs a démissionné pour ouvrir un gite : nouvelle vie, nouveaux objectifs… J’aurais pu parler des reconversions, et de tout ce que l’informatique apporte en termes de connaissance et de polyvalence, qui permettent finalement de pouvoir toucher à tous les métiers.

Vendredi dernier, j’avais fini la semaine en assistant à la présentation en Comex, par un collaborateur du marketing, d’une solution de géomarketing. J’aurais pu parler de la shadow IT, de la facilité de mise en œuvre des solutions sans avoir besoin de la DSI.

Ce week-end, ma fille, jeune diplômée et tout juste embauchée, travaillait sur un dossier qu’elle devait rendre à son boss en utilisant un logiciel dont je serai infoutu de vous ressortir le nom, mais qui semblait d’une telle évidence d’utilisation pour elle. J’aurais pu parler de la nécessité des DSI de devoir se tenir up-to-date dans leur connaissance de leur écosystème et, aussi, de penser « user-centric ».

Toujours ce week-end, j’ai été confronté à la panne de ma box. En appelant mon opérateur, j’ai pu constater la difficulté d’obtenir un conseil avisé et d’être dépanné de façon rapide et efficace. J’aurais pu parler de l’aspect sociétal de la chose, du nearshore, de l’offshore, de la façon dont les opérateurs, mais pas seulement eux, peuvent tirer les coûts vers le bas en exploitant les populations de pays en voie de développement sans se préoccuper de leur montée en compétence.

Ce lundi, de retour au bureau, j’ai assisté, en ligne, à une discussion avec un jeune DSI qui, fervent utilisateur des réseaux sociaux, explicitait auprès de son auditoire sa « stratégie de publication », et comment il s’est construit tout un écosystème où il sélectionne les articles qui lui plaisent et règle sa stratégie de publication multi-réseaux. J’aurais pu parler de ce monde ultra digitalisé où, sous couvert de proximité, d’authenticité, de connaissance, tout n’est en fait que manipulation et que rien n’est le fruit du hasard sur les réseaux sociaux.

À midi, notre nouvelle machine à café était en panne – en fait elle était juste débranchée –, et bien évidemment nombre de collaborateurs ont eu le réflexe de dire : « Encore un problème informatique ! ». J’aurais pu vous parler de l’ultra-digitalisation et de l’avis préfabriqué de nos collègues, qui considèrent finalement l’IT comme la source de presque tous les maux.

Cet après-midi, je participais à la réunion d’un club de DSI, pour la dernière fois, je pense, tant les sujets était axés sur des problématiques de backoffice : l’intervenant principal, lui-même DSI, avait la larme à l’œil et le cœur qui palpite en nous parlant de sa stratégie de renouvellement de son parc informatique. J’aurais pu vous parler de ces DSI en carton qui, à grands coups de moulinet, s’agitent dans les réunions entre pairs ou bien s’enorgueillissent dans les médias de leur réussite sur des projets qu’ils ont à peine entamés ou sur des sujets dont tout le monde se moque…

Demain, pour notre revue mensuelle, je connais par avance le discours de notre PDG, qui va exiger que nous fassions une fois de plus « mieux avec moins », car il n’accorde que peu de vertu à l’extension des équipes IT, quand pourtant la nécessité du business et de la digitalisation de nos entreprises l’exige. J’aurais pu vous parler de ce combat inchangé depuis vingt ans dans lequel l’informatique est considérée comme un centre de coût, comme une maladie contagieuse qui n’est là que pour installer des ordinateurs sur les bureaux.

Mais là, Pierre Landry me presse et rien ne m’inspire pour ce dernier article… Et si je vous parlais de mon quotidien de DSI ?


(*) Mathieu Flecher est le pseudonyme d’un DSI bien réel…

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