Data / IA

Usages de l’IA : les banques françaises décrochent

Par Reynald Fléchaux, publié le 09 octobre 2026

Dans le classement mondial des 50 banques les plus dynamiques sur l’IA, les établissements hexagonaux reculent ou stagnent. 16ème, BNP Paribas perd 5 places. BPCE dévisse de 7. Seul Crédit Agricole échappe au marasme, mais loin du peloton de tête.

Une saine prudence ou le signe d’un décrochage ? La cinquième édition de l’Evident AI Index, classement des 50 grandes banques les plus avancées en matière d’IA, montre des établissements français qui reculent dans la hiérarchie mondiale. Premier Français de ce classement, BNP Paribas figure à la 16ème place, en recul de 5 rangs sur un an.
Depuis 2023, la banque se situait aux environs de la dixième position de l’index du cabinet britannique, mais Evident sanctionne cette fois nettement la stratégie, la communication et les résultats obtenus par le premier établissement européen. En matière de compétences, l’un des quatre axes examinés par Evident pour établir son classement, BNP Paribas se classe toutefois encore à la 11ème place.

Société Générale, BPCE et Crédit Mutuel sont également sur le reculoir. La banque de la Défense, 15ème lors de la première édition de l’index en 2023, se classe 28ème et perd 4 positions en un an. BPCE en lâche 7 et échoue à la 32ème place, tandis que le Crédit Mutuel n’est que 50ème. En recul de deux places, il est en passe de sortir du classement établi par le cabinet britannique, qui évalue 175 institutions financières dans le monde au total, mais ne retient que les 50 premières. Seule éclaircie dans ce marasme, Crédit Agricole progresse de 2 places en un an, mais reste au milieu du peloton (29ème). Encore, ce gain de deux places s’explique-t-il presque entièrement par les progrès que le groupe mutualiste a accomplis en matière d’usages responsables de l’IA, son classement étant à l’inverse fortement en recul sur l’aspect relatif aux compétences.

UBS seul Européen du top 10

Comme ses précédentes éditions, le classement Evident pointe une nouvelle fois la mainmise des géants nord-américains sur le sujet. Comme l’an dernier, JPMorganChase, Capital One et Royal Bank of Canada trustent le podium. Sans oublier Wells Fargo, Bank of America, Citigroup, Morgan Stanley, l’Australien CommBank et le Canadien TD Bank, tous membres du top 10. Seul Européen à ces niveaux, le Suisse UBS se classe 6ème et gagne une place. En recul de trois rangs, le Britannique HSBC sort, lui, de ce top 10.

« Le rythme de déploiement de l’IA dans le secteur bancaire s’est accéléré de manière bien plus marquée au cours des 12 derniers mois qu’à tout autre moment depuis le lancement de l’indice Evident AI en 2023 », commente le cabinet britannique. Le score moyen des 50 banques du classement, établi sur la base de données publiques réparties sur quatre critères (compétences, innovation, leadership et transparence, pour donner une note sur 100), a bondi de 9,6 points en un an, « soit une progression près de trois fois supérieure à la moyenne mobile observée sur la période 2023-2025 ».

Des profils pour l’industrialiser et passer à l’échelle

Selon Evident, les banques les mieux classées se distinguent par la qualité des résultats tangibles qu’elles obtiennent. Si le top 10 est à l’origine de 25 % des cas d’usage d’IA associés à un impact rendu public, il affiche une proportion plus élevée d’applications « documentant des indicateurs opérationnels (34 %) ou un résultat financier direct (50 %) ».

Autre facteur de différenciation, pour Evident : le déplacement des investissements vers l’écosystème (données propriétaires, intégrations, outils, autorisations, évaluations, contrôles, orchestration…) encadrant des modèles désormais vus comme des composants interchangeables. « Les banques de premier plan mettent en place des architectures flexibles permettant de réutiliser ces composants d’une application à l’autre, plutôt que de les redévelopper pour chaque cas d’usage », souligne le cabinet d’études.

Evident constate également que les établissements les mieux classés investissent désormais dans des compétences spécialisées dans l’industrialisation (gestion de produits, gestion des risques…) et, encore davantage, dans des profils de « facilitateurs ». La proportion de ces derniers dans les effectifs spécialisés en data et IA bondit de plus de 20 % en un an, tandis que ceux tournés vers l’ingénierie data se tassent de 3 %.

« À mesure que les employés deviennent capables de créer eux-mêmes des prototypes et des agents légers, les compétences spécialisées se consacrent de plus en plus aux tâches plus complexes consistant à transformer ces expérimentations en capacités sécurisées, réutilisables et de niveau industriel », commente le cabinet d’études.

Photo : Paul Fiedler/Unsplash

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