Une vague technologique de rupture s’annonce, susceptible de bouleverser à nouveau le rapport de forces sur de nombreux marchés. Une fois stabilisée et capable de produire tout son potentiel, l’informatique quantique pourrait générer, selon nos estimations, des gains de productivité et de revenus de plus de 450 milliards de $ par an.

Par Antoine Gourévitch, directeur associé senior au BCG

Malgré les progrès continus réalisés ces 50 dernières années et l’émergence d’une nouvelle génération de semiconducteurs, les ordinateurs classiques semblent avoir atteint leur limite. En effet, ils ne parviennent toujours pas à résoudre certains problèmes. Ces blocages techniques subsistent et freinent la croissance de l’activité digitale.

De plus en plus de dirigeants, de responsables de la technologie ou de la R&D misent sur les ordinateurs quantiques, qui, en s’affranchissant du système binaire, ouvrent à l’infini la puissance de calcul et de traitement des données. Les opportunités de réduction des coûts et d’accélération des innovations ainsi générées conditionneront la performance des entreprises dans de nombreux secteurs. Les industries qui exigent des modèles de simulation et d’optimisation complexes et déployés à grande échelle comme la chimie, la pharmacie, les services financiers ou l’aéronautique sont en première ligne.

Les pionniers prendront un avantage concurrentiel crucial au moment où cette technologie d’avant-garde atteindra son plein potentiel. Mais toute la question est de savoir quand. Sa courbe de progrès franchira plusieurs paliers avant de produire tous les bénéfices attendus. D’ici 2024, la valeur des applications quantiques ne devrait pas dépasser 2 à 5 milliards de $. Mais attention, le point d’accélération peut intervenir très rapidement. Et à ce moment clé de rupture, les entreprises ayant investi dans cette innovation disposeront d’une avance difficile à rattraper pour leurs concurrents.

Les industries dont la performance repose en grande partie sur la puissance de calcul et de traitement des données devraient donc, dès maintenant, s’y préparer. Pour cela, les entreprises doivent analyser l’impact de cette révolution technologique sur leur activité et s’interroger sur l’opportunité d’intégrer l’informatique quantique dans leur organisation. Un nouvel écosystème s’est déjà structuré autour des géants du digital et de startup innovantes. La logique du partenariat nous semble pertinente pour développer, au moindre coût, le savoirfaire nécessaire. Ce modèle a été adopté par de grands groupes comme JP Morgan avec IBM sur la gestion des risques et l’optimisation de ses portefeuilles, ou encore Volkswagen avec Google sur les batteries électriques. Pour mesurer l’intérêt stratégique de cette nouvelle technologie, il est essentiel d’identifier le potentiel de ses applications sur le marché de l’entreprise. Cette « trajectoire de création de valeur » doit associer ses responsables opérationnels, des experts informatiques et des spécialistes très pointus sur l’environnement quantique.

En nous appuyant sur cette méthodologie, nous avons pu faire émerger certaines des opportunités les plus profitables. L’industrie pharmaceutique se révèle particulièrement concernée par les applications de l’informatique quantique. Les modélisations effectuées « in silico » permettront en effet de réduire significativement les coûts de recherche et développement et d’accélérer la découverte de nouveaux médicaments. La création de valeur ainsi générée pourrait atteindre entre 35 et 75 milliards de $ par an. Avec les services financiers et les activités liées à la dynamique des fluides comme l’aéronautique ou l’automobile, ces trois champs concentreront près de 40 % de la création de valeur dans les 3 à 5 ans qui viennent. Une fois la technologie stabilisée et déployée à grande échelle, d’autres secteurs comme le transport, la logistique ou l’énergie pourront alors également en tirer profit.

La révolution de l’informatique quantique n’est plus désormais qu’une question de temps. Les entreprises qui se tiendraient à l’écart risquent de passer à côté de puissants leviers de croissance ou, pire, de disparaître.