Afin de gagner en flexibilité technique et organisationnelle et ainsi répondre aux contraintes et nouvelles exigences de ses clients, la plateforme de services des métiers de l’assurance s’est dotée d’une nouvelle infrastructure IT qu’elle a assemblée brique par brique.

Par Marie Varandat

« Quand vous êtes en panne sur le bord de l’autoroute et que vous appelez votre assureur, je doute que vous appréciiez d’attendre une demi-heure pour qu’on vous réponde parce qu’une mise à jour des systèmes est en cours. Au fil des années, nous sommes devenus un point focal du monde de la sinistralité des dommages aux biens en France, et notre système d’information n’était plus en phase avec cette nouvelle donne. Pour répondre au niveau d’exigence des clients de notre plateforme, nous avons entièrement revu notre environnement informatique », explique Jean-Sébastien Boullée, directeur architecture et production de Darva.

Plateforme de services des métiers de l’assurance depuis 30 ans avec plus de 16 000 entreprises connectées, l’entreprise a dès 2010 entamé sa transformation numérique. Experte en solutions EDI, elle s’est inspirée des géants du Web pour constituer son nouvel environnement IT. « Afin de garantir des transactions en temps réel en 24/7, toutes nos réflexions ont été guidées par six critères : scalabilité, résilience, performance, pérennité des technologies, mais aussi simplicité, parce que nous sommes une petite équipe IT, et enfin “non-interruptabilité”, car nous devions pouvoir faire des montées de versions à chaud ou encore effectuer des modifications dans les bases sans verrouiller les accès », ajoute Jean-Sébastien Boullée.

Jean-Sébastien Boullée,
directeur architecture et production
« Avec MongoDB, notre budget est dix fois inférieur à celui d’une solution traditionnelle, et ce à fonctionnalités équivalentes »

Adepte des solutions open source et contrainte par la réglementation sur l’hébergement des données, Darva a préféré se construire un environnement sur mesure qui convienne à la production et au développement. Technologique, le projet comportait aussi un volet organisationnel et, même si en 2010 on ne parlait pas encore de DevOps, la société avait anticipé le modèle, optant pour des solutions qui favorisent la collaboration entre les deux équipes ainsi que le déploiement continu.

Procédant par brique technologique, l’équipe projet commence par adopter Play Framework, une approche similaire à Django pour Python, pour développer ses nouvelles applications en Java. « Au-delà de ses caractéristiques techniques, Play Framework induit une façon de travailler qui correspondait à la nouvelle organisation que nous souhaitions mettre en place : davantage de résilience, des déploiements plus simples, etc. », précise Jean-Sébastien Boullée.

Plus récemment, elle a abandonné JBoss/Apache au profit de Tomcat et de NGinX afin de bénéficier aussi de fonctionnalités de reverse proxy web. Elle a également adopté Ansible pour l’automatisation et Docker pour standardiser la livraison des applications dans sa chaîne d’intégration continue qui s’appuie sur des outils traditionnels tels que Jenkins, Maven, Nexus ou encore GitHub.

Enfin, Darva a aussi revu l’intégralité de son stockage, abandonnant son système NAS au profit d’un stockage objet pour les pièces jointes attachées aux messages qu’elle reçoit quotidiennement : photos, PDF, etc. En se basant sur le standard de fait S3, elle opte d’abord pour CEPH, remplacé depuis par Cloudian afin de gagner en simplicité.

Vincent Prélot, Senior data architect, chez Darva

Parallèlement, la société abandonne la technologie SQL, pour préférer MongoDB. « Nous manipulons beaucoup de documents structurés qui embarquent une grande quantité de métadonnées avec des messages très riches, ce qui implique un modèle de base extrêmement complexe en relationnel, explique Vincent Prélot, senior data architect de l’entreprise. En outre, nous étions à la recherche d’une solution qui offre la possibilité d’apporter des modifications à chaud ou encore d’ajouter des jeux de données sans remettre en cause la structure de la base. »

Dans un premier temps, l’équipe teste les extensions XML / SQL, mais n’est pas convaincue par les performances. « Sans oublier que pour avoir de la résilience dans un environnement fortement virtualisé tel que le nôtre, il faut payer le prix fort avec les éditeurs traditionnels de bases de données. C’est pourquoi nous nous sommes orientés vers la souplesse économique et technique d’une solution NoSQL, d’autant que MongoDB parlait nativement JSON, notation très adaptée à nos usages », détaille Vincent Prélot.

Dans un premier temps, Darva s’est contentée d’une version communautaire. Mais avec la montée en puissance, et pour disposer d’extensions spécifiques telles que le connecteur SQL pour faire du décisionnel, ou encore d’un support en 24/7, la société a opté pour une souscription Enterprise.

Fruit d’un travail commun entre les équipes Dev et Ops, le nouvel environnement a fait l’objet de nombreux compromis. « MongoDB n’était pas mon premier choix, avoue Jean-Sébastien Boullée, mais je me suis fié à l’expertise de notre DBA. La transformation numérique n’est pas un long fleuve tranquille. Nous avons connu des échecs, surtout quand nous avons voulu apporter des changements trop radicaux sans prévoir un accompagnement adapté. Typiquement, il ne faut pas oublier que l’objectif pour les responsables de la production est que tout fonctionne. Or, dans une culture Ops traditionnelle, tout changement est potentiellement cause de dysfonctionnement. Il faut changer les mentalités afin que le changement ne soit plus perçu négativement ».

Chiffres clés

De la même façon, le directeur de la production se félicite d’avoir dans son équipe des collaborateurs sensibles au service qu’ils sont supposés rendre et donc capables d’abandonner leur zone de confort au profit d’une nouvelle technologie, dès lors qu’elle répond mieux aux besoins de l’entreprise : « Pour réussir une transformation, il faut commencer par identifier ces éléments moteurs qui sont prêts à remettre en cause leur bagage technique ».

Complètement opérationnelle, la nouvelle infrastructure héberge déjà une dizaine de nouvelles applications, comme par exemple Nomad, qui permet aux services d’assistance de missionner des dépanneurs / remorqueurs, Sinapps pour le suivi des sinistres, Orea pour la gestion des recommandés électroniques, Idigo, un référentiel des partenaires de l’assurance ou encore DbyD, une plateforme décisionnelle qui s’appuie sur MongoDB.

La société devrait également finaliser, au bout de deux ans de migration, son existant sur le nouvel environnement. « Nous évitons les big bang. La meilleure façon de moderniser est de procéder par touches dans la continuité et avec de la régularité », conclut Jean-Sébastien Boullée.

L’ENTREPRISE

ACTIVITÉ : Plateforme d’échange de données et de services pour les métiers de l’assurance

EFFECTIF :  150 personnes

CA : 29 Millions d’euros


Par Marie Varandat