Le premier programmeur de l’histoire est une femme. Il s’agit d’Augusta Ada King (1815-1852), comtesse Lovelace, auteur d’une méthode pour calculer les nombres de la suite de Bernoulli. En son honneur, l’armée américaine baptisa un langage de programmation du nom d’Ada. La comtesse n’a malheureusement pas suscité un grand nombre de vocations. On assisterait même à une désaffectation des étudiantes pour l’informatique. Selon une récente étude menée pour le compte d’Orange, la filière TIC n’attire que 12,5 % des « ingénieures » de moins de 30 ans, contre 17,4 % tous âges confondus.

Pour inverser la donne, la commissaire européenne Viviane Reding et cinq entreprises – Alcatel-Lucent, France Télécom, Imec, Microsoft et Motorola – ont signé en mars dernier un code de bonnes pratiques. S’abstenant de tout objectif chiffré, les signataires ont énuméré une série de mesures visant à séduire les jeunes filles dès l’école, puis à favoriser leur recrutement et leur promotion. Une campagne a été lancée sur le thème « les TIC, c’est chic ! » (voir la vidéo en bas de page).  Pour lutter contre les déterminismes, France Télécom fait notamment du « shadowing ». « Pendant une journée, des collégiennes sont invitées à vivre la vie d’une ingénieure épanouie », explique Laurent Depond, directeur diversité de l’opérateur historique.

Au-delà du sourcing, Eléna Fourès s’inquiète de la faible représentation du beau sexe dans les strates supérieures de l’entreprise. Pour la fondatrice du cabinet de coaching Idem Per Idem, le « plafond de verre » est avant tout dans les têtes. « Les entreprises high-tech sont dirigées par des experts ayant suivi la voie du management. Les femmes se sentent exclues de cet univers. Pour nombre d’entre elles, exercer le pouvoir revient à se battre pour un territoire. Un jeu de garçons qui renvoie au bac à sable. » Quant aux hommes, ils ont, selon elle, des œillères. « A les entendre, il n’y a jamais de problème dans leur entreprise. Mais combien de femmes évoluent dans les Codir et autres Comex ? »

Armelle Carminati fait exception. Vice-présidente « engagement et diversité » chez Accenture, elle dirige depuis près de dix ans le réseau Accent sur Elles, et peut contempler le chemin parcouru. « En 1999, il n’y avait aucune femme dirigeante chez Accenture. Aujourd’hui, on en compte 11 %. Il faut constituer un environnement bienveillant afin que les femmes se sentent en confiance et déploient la même énergie que durant leurs études.»

Et ce n’est pas gagné selon Eléna Fourès. « La culture IT est antiféminine. Si vous feuilletez les journaux professionnels, voyez comment les rôles sont distribués. La femme est une utilisatrice ou au mieux une opérationnelle. » Notre coach s’étonne qu’un secteur connu pour son jeunisme soit aussi misogyne. « On pourrait s’attendre à plus d’ouverture. J’ai entendu de jeunes informaticiens dire que quand une femme entre dans une pièce elle provoque des bogues… »

La solution viendra peut-être de l’établissement de places réservées. Selon
une étude
récemment publiée par l’association des Grandes écoles au féminin (GEF), 55 % des diplômés de grandes écoles interrogés (des deux sexes) se disent favorables à des quotas de femmes au sein des conseils d’administration des grandes entreprises.

L’égalité salariale est fixée au 31 décembre 2010