La DSI est à l’oeuvre pour stabiliser les changements induits par la transformation numérique. La refonte du back, middle et front office pour proposer un SI orienté client est à peu près sur les rails. Ce palier à peine franchi, une seconde étape se profile, bien plus ardue et complexe à traiter.

Pat Larry Perlade, CEO et fondateur du cabinet NEVA

Avec l’offensive de l’IA, l’explosion de l’IoT, les solutions à base de blockchain, et sous peu l’informatique quantique, le maintien dans le jeu concurrentiel exigera de la DSI un renfort opérationnel pour soutenir les différentes fonctions de l’entreprise dans leurs mutations et leur quête de performance.

Les DeepTech pour accompagner la DSI

Après la réduction des coûts ou encore l’optimisation de l’expérience client, dégager un avantage concurrentiel repose sur la possibilité de mettre sur le marché des solutions de rupture. Dans ce cadre, la deeptech est une piste à explorer. Cette branche de la technologie est caractérisée par son lien avec le monde de la recherche ; sa capacité à lever des verrous technologiques et ainsi à déboucher sur un avantage compétitif ; son go-to-market relativement long, autrement dit ses efforts de R&D de moyen terme.

Que ce soit sur l’expérience client, les démarches data-driven, ou encore l’exploitation des datalakes, les chiffres des différentes études convergent pour montrer la faible maturité des entreprises, donc in fine de leurs systèmes d’information. Nous pourrions aussi évoquer la blockchain, la réalité virtuelle ou augmentée, l’Internet des objets ou l’automation parmi les sujets à explorer par la DSI pour apporter de la compétitivité à l’entreprise.
Dans ce cadre, les doctorants et les jeunes docteurs susceptibles de développer des solutions inédites restent un vivier sous-exploité, tout comme sont sous-exploitées les passerelles entre le monde académique et l’entreprise.

Utiliser les dispositifs existants

De nombreuses aides ont été mises en place en France. Dotés d’une partie des 57 milliards d’euros débloqués depuis 2017 par l’État pour les PIA (programmes d’investissement d’avenir), les dispositifs incitatifs au recrutement d’un doctorant ou d’un jeune docteur sont nombreux : CIFRE, CIR, SATT, etc.
En renfort, Bpifrance accélère elle aussi ses efforts vers les deeptech. À ce jour, 150M€ sont ainsi disponibles pour soutenir des projets liés à la recherche de ces technologies de rupture.

Pour l’entreprise, le bénéfice à recruter des jeunes docteurs est spectaculaire. Le CIR (Crédit d’impôt recherche) permet en effet à l’entreprise qui les recrute, et pendant les deux ans qui suivent leur recrutement, de récupérer 120% de leur salaire de la part de l’État. À condition toutefois que ce soit le premier CDI du jeune docteur depuis la date de soutenance de sa thèse, et que l’effectif de l’entreprise dédié à la R&D n’ait pas été revu à la baisse d’une année sur l’autre.

Un autre dispositif intéressant à considérer est la thèse CIFRE (Convention industrielle de formation par la recherche), créée pour soutenir la recherche partenariale entre les entreprises privées et les laboratoires publics de recherche. Si l’entreprise et le candidat respectent les conditions d’éligibilité, l’ANRT (Association nationale de la recherche et de la technologie) la finance pendant 3 ans à hauteur de 14k€ par an. Le financement de l’ANRT est compatible avec le CIR. À cet avantage financier s’ajoute un avantage scientifique : le docteur garantit des indicateurs de R&D formels, qui permettent à l’entreprise de sécuriser son CIR. Une fois diplômé, le doctorant désormais jeune docteur peut faire bénéficier son entreprise du CIR, dans les conditions décrites précédemment.

De nouvelles ruptures

Le premier bénéfice que l’entreprise va retirer de la deeptech, c’est celui d’une compétence forte sur des sujets encore émergents. Que ce soit l’IA, l’IoT, la blockchain, le traitement de la donnée sous toutes ses formes.
Autre bénéfice induit, en internalisant tout ou partie de sa recherche, l’entreprise garde la mémoire du projet et en maîtrise tous les aspects. En externalisant auprès d’une ESN, la propriété intellectuelle et la documentation risquent de rester entre les mains du sous-traitant avec les conséquences que cela implique. L’internalisation évite aussi le trop fréquent turn-over des intervenants externes.
Aussi, par définition, les doctorants et les jeunes docteurs sont à la pointe de leurs sujets. Et ils peuvent y consacrer l’essentiel de leur potentiel, apportant souvent un regard nouveau, plus créatif, plus imaginatif, et sans doute moins formaté que celui d’un ingénieur.
Certes, ils sont nombreux à se poser la question de partir à l’étranger, aux États-Unis ou en Angleterre, pour bénéficier de meilleures conditions de rémunération et d’un environnement professionnel plus stimulant. Charge aux entreprises françaises de les convaincre de les rejoindre en leur ouvrant la perspective de passerelles et de coopérations public/privé plus structurées, plus faciles et plus épanouissantes.

Pour les DSI, s’adjoindre les compétences d’un ou plusieurs PhD relève d’un enjeu critique pour imaginer de nouveaux modèles d’organisation. Des solutions de rupture sont nécessaires pour affronter l’avenir. La DSI doit être prête pour la deuxième vague de la transformation. Les compétences doctorales seront précieuses, peut-être vitales, pour accompagner les DSI et l’entreprise.