À l’heure où la quasi-totalité des entreprises dépendent de la technologie, la pénurie de compétences informatiques – de talents IT – contraint nombre d’entre elles à un exercice d’équilibriste particulièrement périlleux. Confrontées à cette nouvelle réalité, les entreprises qui pèchent par un manque de planification pourraient être amenées à prendre des décisions qui brident l’innovation et, à terme, freinent leur essor.

Par Pat Phelan, vice-présidente, Études de marché, Rimini Street

En deux mots, les chefs d’entreprise vivent une période décisive. D’une part, ils doivent prioriser avec soin les investissements qu’ils consacrent au recrutement de talents high-tech en fonction des besoins de l’entreprise et, d’autre part, se doter d’une certaine flexibilité pour pouvoir s’adapter au gré de l’évolution desdits besoins.

Actuellement, 49 % des professionnels high-tech affirment que leur entreprise prévoit de recruter dans le domaine de la cybersécurité au cours de l’année prochaine, ce qui place ce secteur en pole position, toutes catégories confondues, devant le cloud et le multicloud (47 %). C’est l’une des principales conclusions d’une enquête récemment menée auprès de 255 responsables IT d’entreprises dont le chiffre d’affaires annuel est supérieur ou égal à 250 millions de dollars.

À première vue, la logique est respectée : la cybersécurité revêt un haut niveau de priorité dans toutes les entreprises, dans la mesure où les attaques et autres failles de données peuvent avoir des répercussions de grande ampleur et un impact négatif sur leur activité pendant de nombreuses années. Cependant, les entreprises ne souhaitent pas que les investissements effectués en faveur de la cybersécurité assèchent leur budget et nuisent à leur capacité d’innovation, ce qui représente une autre préoccupation majeure pour les sociétés de toutes sortes et de toutes tailles qui entament un processus de transformation numérique.

Résultat, les entreprises doivent parvenir à un équilibre optimum, ce qui passe — entre autres — par la prise en charge concomitante des technologies traditionnelles et de dernière génération. Dans le cas contraire, l’infrastructure IT risque de ne pas être en mesure d’évoluer de façon suffisamment rapide pour répondre à leurs nouvelles attentes métier.

Les raisons d’un recrutement difficile

Avant de chercher à surmonter la pénurie de compétences informatiques, il convient d’en comprendre les facteurs sous-jacents. Selon l’étude citée, la difficulté de recruter et de fidéliser des employés compétents en technologies « on-prem » tient au fait que les candidats souhaitent travailler avec des outils avancés — autrement dit, avec des systèmes et des infrastructures IT basés sur le cloud — au détriment des ERP traditionnels. Or, un nombre considérable d’entreprises disposent encore de technologies relativement peu récentes : à titre d’exemple, 50 % des clients d’Oracle et 43 % des clients de SAP utilisent une version ancienne de leurs applications respectives. Parallèlement, 24 % des personnes interrogées regrettent de ne pas avoir pu recruter des candidats maîtrisant ces systèmes classiques.

Que doivent faire les entreprises ? En deux mots, ça dépend ! Sans esquiver la question, il ne fait aucun doute que chaque entreprise affiche des besoins et des défis spécifiques, de sorte qu’il n’existe pas de solution toute faite.

Prenons un exemple : les utilisateurs interrogés à propos des principaux défis métier qu’ils doivent relever ont répondu de façon très variée. Ainsi, l’augmentation de l’efficacité opérationnelle et de l’automatisation arrive en tête avec 43 % des réponses, devant l’évolution du comportement et des préférences des clients (38 %), l’alignement de la stratégie technologique sur les objectifs métier (33 %), l’introduction de nouvelles sources de recettes numériques (32 %) et la hausse de la pression concurrentielle (30 %).

La variété des réponses confirme la nécessité d’atteindre un certain équilibre ; les entreprises qui accordent une priorité excessive à un domaine au détriment des autres — a fortiori dans le contexte de la pénurie de talents — risquent d’être incapables de continuer à exercer correctement leurs activités informatiques quotidiennes.

Trois étapes pour réussir

Les entreprises qui s’interrogent à propos de l’avenir de leur stratégie IT doivent se poser trois questions dont la réponse — qui ne sera ni simple ni rapide — nécessite une réflexion en profondeur. Au bout du compte, les entreprises qui répondront de manière exhaustive à ces questions disposeront d’une vision plus claire de leur situation à l’instant T et des objectifs qu’elles souhaitent atteindre. Ces trois questions sont les suivantes :

1- Comment votre entreprise parvient-elle à satisfaire ses besoins métier malgré le risque induit par la pénurie de compétences et de talents IT ?

2- S’est-elle dotée d’une stratégie qui tient compte de ses besoins en compétences IT traditionnelles et émergentes ?

3- Dispose-t-elle des ressources en temps et en argent nécessaires pour former ses effectifs aux nouvelles technologies, ainsi qu’aux applications traditionnelles, tout en déployant une infrastructure informatique de nouvelle génération ?

Répétons-le, trouver la réponse à ces questions demande du temps, des recherches et potentiellement, une analyse coûts-avantages de grande envergure pouvant inclure les coûts de recrutement, de formation et de fidélisation des collaborateurs (liste non exhaustive). Il conviendra en outre de se demander si ces nouvelles recrues possèdent les compétences nécessaires pour gérer et exécuter les tâches quotidiennes, lancer de nouvelles initiatives technologiques et accélérer la croissance de l’entreprise dans ces deux domaines.

Le défi est de taille. Les périodes d’immobilisation peuvent être onéreuses et pénalisantes, tandis que la sécurité et la conformité ne tolèrent le moindre faux pas. En étudiant de près les capacités dont dispose votre entreprise en interne par rapport aux objectifs qu’elle s’est fixés, vous vous doterez de solides atouts pour former une équipe IT capable de répondre de façon optimale à l’évolution de vos exigences métier.