Avec une open source devenue essentielle dans les DSI, les entreprises sont poussées à structurer leur démarche et à mettre en place des politiques de gouvernance claires et adaptées. La première édition de la conférence Open Source Experience, qui s’est tenue la semaine dernière à Paris, en est le reflet.

Convertir sa stratégie open source dans son modèle d’entreprise. C’est ainsi que pourrait être défini le rôle les Ospo, pour Open Source Programme Office, un sujet devenu aujourd’hui clé pour les entreprises alors que l’open source peuple désormais nombre de DSI et anime les mécanismes d’innovation des secteurs privé et publique. Et logiquement, c’est un thème fort de la première édition de l’Open Source Experience (successeur du Paris Open Source Summit), qui s’est tenue la semaine dernière au Palais de Congrès de Paris.

En matière d’Ospo, la voie a été ouverte en 2020 : dans la présentation de sa grande stratégie open source, la Commission européenne a aussi affiché ses ambitions en matière de structuration de sa gouvernance en installant un de ces bureaux.  Mais un Ospo, qu’est-ce que c’est ? Cet Open Source Programme Office correspond en fait au référent Open source d’une entreprise privée ou public dont la mission est d’ajuster une politique open source qui soit viable, pérenne et valorise les activités et le modèle économique de l’entreprise. Il s’agit aussi « de créer plus de valeur si on la monétise, et de construire autour de l’open source un véritable modèle économique », explique Danese Cooper, fondatrice et présidente d’InnerSourceCommons.org, et actrice historique de l’open source dans le monde.

Il faut dire qu’avec la montée en puissance d’open source dans les SI, utilisée notamment par les DSI pour reprendre la maîtrise de leurs systèmes, de leurs développements ou de leur innovation – ce qui peut être clé lors d’une transformation numérique -, la question de la gouvernance est devenue centrale. Et ce n’est pas uniquement « un sujet de licencing ou de conformité », lance à son tour Cédric Thomas, le CEO d’OW2 – même si cela est souvent cité comme un catalyseur de la démarche. L’open source doit en effet se consommer selon de bonnes pratiques, avec le bon modèle organisationnel, les bons indicateurs, bref la bonne formule pour que l’entreprise puisse tirer profit de ces notions d’ouverture, de mutualisation des ressources et d’intelligence collective, notamment. L’Ospo vise en cela à « professionnaliser » l’open source.

En juin dernier, le consortium OW2 et l’Eclipse Foundation se sont associés à l’Open Forum Europe et Foundation for Public Code pour créer l’OSPO Alliance. Ensemble, et avec les autres membres en devenir, ils souhaitent justement créer un référent dans lequel les organisations pourront trouver des méthodologies, des bonnes pratiques ainsi que des ressources pour assoir une politique et une gouvernance open source. Schématiquement, l’idée est aussi « d’ouvrir » l’open source aux non-techniciens (et donc davantage métier) et de leur donner des clés pour réussir leurs installations open source, qu’elles deviennent réellement activables. Vous avez dit professionnalisation ?

Une méthodologie pour structurer un Ospo

L’une des premières briques de cet édifice a été déposée par OW2 lors de l’Open Source Experience. Le groupement a publié sur Ospo.zone un manuel de bonne gouvernance open source (OSS Good Governance Handbook) tiré du framework Good Governance Initiative (GGI) d’OW2. En clair, une méthodologie pour, aussi, mettre en place son propre Ospo. Il s’agit là d’encadrer une stratégie open source, de la rendre prévisible, soutenable et avec la bonne expertise et hiérarchie, développe Cédric Thomas. Bref, ancrer une stratégie et une gouvernance open source durable.

La méthodologie s’articule autour de 5 piliers (usage, confiance, culture, engagement, stratégie) pour garantir une politique de gouvernance efficace et un Opso véritablement utile. Chacun de ces piliers comprend 5 objectifs, pouvant être personnalisés en fonction de l’ADN de l’entreprise. « GGI constitue les KPI de l’Ospo, résume Jean Parpaillon, le président d’OW2 et s’assure que la stratégie est bien en ligne. »

Et les besoins sont bien présents. Si la SNCF mène tambour battant une approche open source, à travers des projets comme Tosit ou le groupe Entreprise de la communauté PostgreSQL, le spécialiste de ferroviaire n’est pas structuré autour d’un Ospo. Seul à la barre, Simon Clavier, en charge de la stratégie open source , affirme que c’est quelque chose qui doit aboutir, car « en matière de conformité, beaucoup d’entreprises sont encore nettement en retard ». Ce sera donc en partie le déclencheur pour la SNCF, d’autant plus que des travaux sont en cours pour collaborer à l’échelle européenne avec d’autres entreprises du ferroviaire autour de verticaux – et d’applications spécifiques donc. La SNCF discute par exemple avec l’Allemand Deutsche Bahn pour mutualiser des développements en open source. Il faudra donc encadrer davantage la démarche.

« Les Ospo débutent dans les entreprises et chez les intégrateurs », note de son côté Jean Parpaillon. Ainsi le constructeur automobile Porsche a structuré sa stratégie open source atour d’un bureau dédié ; coté intégrateur, Wipro est un supporter de l’Ospo Alliance – tout comme SAP.