Il se définit lui-même comme un DSI à la fibre sociale… même s’il ne le savait pas encore lorsqu’il a rejoint le Centre communal d’action sociale (CCAS) de Marseille. Un choix à l’époque opportuniste qui s’est progressivement mué en un engagement sincère au service des personnes âgées, dépendantes ou fragiles économiquement, qui comptent chaque jour sur l’aide de l’organisme… et de ses systèmes d’information.

Portrait de Mamadou Diop, DSI du CCAS de Marseille

Dire que rien ne le prédisposait à une carrière d’informaticien relève de l’euphémisme. Ou du moins d’une analyse trop courte de son parcours. Car au départ, en 1988, il y a une arrivée en France depuis le Sénégal où il a passé son Bac. La trajectoire est écrite d’avance après les études supérieures, il retournera à Dakar. Mais, comme il le dit en souriant, les circonstances – heureuses – de la vie en ont décidé autrement et il reste en France, où il passe un DEA de gestion.

Après deux années de recherches doctorales sur les spécificités stratégiques des entreprises moyennes, il se lance dans plusieurs expériences d’entrepreneur, de commercial ou encore de directeur administratif et commercial. Ce n’est qu’en 1998 qu’il décide d’ajouter la corde informatique à son arc, grâce à l’Afpa. Laquelle, en prévision du passage à l’an 2000 et de son bogue, facilite alors les reconversions. « En fait, j’ai suivi le chemin inverse de mes condisciples ingénieurs à l’université, qui ont pris des cours de gestion après leur diplôme scientifique », s’amuse-t-il. Tout en glissant : « j’ai le sentiment que cela m’a rendu de suite plus efficace dans mon rôle d’informaticien, surtout lorsqu’il me fallait parler avec les métiers ».

Après une demi-décennie en ESN, avec des missions variées dans le sud de la France qui l’éloignent parfois de son foyer, il décide de se poser en 2002 et entre au CCAS de Marseille (400 agents et près de 25 sites sur la ville). Il en deviendra rapidement DSI, après trois ans de travail pour passer le concours de cadre catégorie A. Il en est même aujourd’hui le directeur de l’innovation numérique et des systèmes d’information. Il intervient également comme chargé d’enseignement dans plusieurs domaines liés à la gestion d’entreprise à l’université de Nîmes et au CUFR de Mayotte.

Sans doute n’imaginait-il pas ce parcours au début : son arrivée au CCAS n’était pas vraiment un plan de carrière, mais plutôt une opportunité. Qui s’est transformée en une vraie chance de constater la variété du travail, son intérêt et finalement de se découvrir une vraie appétence pour les missions d’ordre social et la façon dont l’informatique pouvait les servir. Persuadé qu’il est devenu que, face aux moyens de plus en plus contraints des collectivités territoriales, l’innovation numérique bien utilisée est un vecteur d’optimisation de la mise en oeuvre de l’action sociale.

« En tant que DSI, il y a déjà le fait de pouvoir suivre les projets jusqu’au bout, du début à la fin. Il y a ensuite le plaisir de se sentir utile, parce que le destinataire final de nos efforts, comme les agents, apprécient les innovations que nous mettons à leur disposition ». Mamadou Diop ne nie pas pour autant la résistance au changement, dans un milieu où la protection de la confidentialité des dossiers aura longtemps freiné l’informatisation des processus. « Mais avec le temps, on arrive à convaincre », glisse-t-il. « Et à faire prendre conscience aux agents qu’en étant efficaces dans les traitements, tout en étant hyper rigoureux sur la protection des données, nous servons bien tous la cause sociale ».

Certains projets auront été plus faciles à faire accepter, en particulier par les bénéficiaires du CCAS, comme cette carte monétique qui dématérialise pour les personnes âgées l’accès à l’ensemble des services qui leur sont proposés dans le cadre de l’action sociale. Quant au coffre-fort numérique mis en place ces derniers mois pour permettre aux SDF de protéger leurs documents d’identité et autres documents administratifs, sa courbe d’adoption est plus lente, mais à l’image des difficultés rencontrées pour aider cette population. De quoi renforcer Mamadou Diop dans sa philosophie : « Avancer, même lentement, du moment que c’est dans le bon sens, c’est avancer quand même ».

 

La Mini BIO de Mamadou Diop

Depuis 2002 : DSI puis directeur de l’innovation numérique et des SI du CCAS de Marseille
1998 – 2002 : Ingénieur consultant chez Texia
1998 : Reconversion dans l’informatique (Afpa)
1994 – 1997 : Entrepreneur individuel, commercial chez Celio puis DAF chez Groupe Valensie
1992 – 1994 :  Certificat d’Informatique Appliquée à la Gestion et début de recherches doctorales, Université Toulouse 1
1988 – 1992 : DEA de Sciences de Gestion (Toulouse School of Management)
1988 : Arrivée en France