Le très haut débit mobile va-t-il réellement révolutionner le travail nomade ? Entre les promesses faites par les opérateurs télécoms et les craintes d’une surenchère marketing, les DSI sont partagés.

La nouvelle formule du magazine 01 Business introduit un nouveau rendez-vous : La polémique des DSI. La rédaction recueille l’opinion des membres du Club 01 DSI sur des questions liées aux grandes tendances du marché informatique. Les deux DSI ayant livré les avis les plus argumentés seront publiés dans le magazine. Mais, pour ne rien perdre de la richesse des propos récoltés, les meilleures réponses à nos questions feront l’objet d’un article diffusé sur 01business.com.

La 4G a-t-elle une utilité dans votre entreprise ?

Telle est la nouvelle question soumise aux DSI. Les opérateurs se sont lancés dans une course au maillage du territoire. Ils assurent à leurs utilisateurs qu’ils pourront avec la 4G surfer sur leurs mobiles à la même vitesse que sur une ligne fixe à haut débit. Un confort d’utilisation qui devrait permettre aux salariés nomades de travailler comme au bureau. Certains DSI restent toutefois sceptiques face à la surenchère marketing des fournisseurs.

– Christophe Chapet, DSI, Nantes Habitat. La 4G facilite grandement le déploiement d’applications à nos collaborateurs nomades. En l’occurrence, les 25 responsables de sites chargés de contrôler la qualité et la propreté des bâtiments dont nous sommes propriétaire et gestionnaire. Auparavant, ceux-ci étaient équipés d’un terminal Pocket PC sur lequel était installé en local un logiciel métier. De retour au bureau, les collaborateurs devaient établir une connexion filaire à notre réseau pour synchroniser les informations stockées sur leur Pocket PC avec nos serveurs centraux. Un système difficile à maintenir et source de problème de désynchronisation des données. Avec la 4G, nous pouvons maintenant fournir un service Saas à nos utilisateurs mobiles. Dotés désormais d’une tablette Samsung Galaxy Note II connectée en 4G, ils n’ont besoin que d’un navigateur web pour renseigner les formulaires de leur application. Le débit de la 4G s’avère aussi très utile pour la gestion de l’état des lieux des logements. Il autorisera l’envoi au système d’information de Nantes Habitat des photos ou vidéos, réalisées sur place, des logements sous inventaire. Un vrai gain de temps et de simplicité pour les utilisateurs.

– Didier Roy, DSI, Foncia. La 4G va offrir la vraie mobilité. Les applications d’entreprise vont fonctionner comme au sein de l’entreprise sur les smartphones et les tablettes. Plus besoin de client lourd ; une application client léger va fonctionner correctement comme sur un PC connecté au sein du réseau de l’entreprise.

– Jean-Pierre Viginier, DSI, Ville de Nanterre. La 4G serait particulièrement utile pour les applications mobiles des collectivités locales comme la gestion des accès aux restaurants scolaires ou l’interactivité sur les affichages dynamiques. Enfin, elle pourrait, dans certains cas, être une solution acceptable quand le wifi est interdit !

– Denis Moura, DSI Groupe, Terrena. Tout ce qui concoure en effet à faciliter la mobilité a, de mon point de vue, du sens par rapport à l’évolution de nos organisations et de nos modes de vie : travail collaboratif, télétravail, proximité du terrain, rapidité de prise de décision et d’actions… C’est un changement de culture professionnelle, sociale et personnelle qu’il faut accompagner au mieux.

– Denis Grandinot, DSI, SPB. Oui mais nous sommes condamnés à être suiveur car dépendant des infrastructures des opérateurs. Pour autant, la facilité des itinérants à être en contact avec leurs données et celles de l’entreprise  – décisionnel, contrats, mails… – est toujours un plus.

– Thierry Lepiez, DSI, Hoya France. La 4G pourrait avoir un intérêt si nous faisions appel à la visio-conférence, ce qui n’est pas le cas. Le réseau de téléphonie mobile est utilisé par nos commerciaux itinérants qui accèdent à distance à notre système d’information en VPN. Si la 3G tenait ses promesses de débit sur tout le territoire, nous serions déjà pleinement satisfaits. Or, il est encore difficile d’obtenir des débits réels de 8 Mo/s en 3G, alors pourquoi payer plus cher une 4G qui ne couvre pas tout le territoire et qui n’a pas encore fait la preuve de sa performance. Sans compter que pour tirer profit de la 4G, il faudrait que nous commencions par investir dans une augmentation de la bande passante de nos sites limitée pour l’instant à 8 Mo/s. Par ailleurs, nous avons renouvelé le parc de nos terminaux mobiles l’an dernier. Nous avons fait le choix Apple avec l’achat d’iPhones et d’iPads. Hoya vend en effet des applications sur iPad aux opticiens. Or, ces matériels ne prennent pas en charge la 4G française. Pas question de rechanger ce parc si tôt. Et je souhaite conserver une flotte homogène d’appareils mobiles pour en faciliter son exploitation.

– Yann Jouvenaux, DSI, Sakata EMEA. J’ai personnellement testé l’utilisation au quotidien d’un smartphone en 3G+ et en 4G pour, au final, ne trouver aucune différence flagrante à l’utilisation. A moins d’être un utilisateur intense de vidéos ou de téléchargements lourds, ce qui correspond pour moi plus à un besoin privé que celui de l’entreprise, il n’y a pas de réel gain.

– Philippe Israël, DSI, Jeanne Lanvin SA. Nous n’avons pas vraiment de force de vente avec un outil type prise de commande, mais plutôt une équipe de commerciaux à travers le monde qui se connecte correctement en 3G ou en ADSL dans leur hôtel. La 4G si elle tient ses promesses de performances serait surtout utile aux VIP et aux managers qui travailleraient lors de leurs déplacements avec un confort supplémentaire appréciable.

– Mathieu Reynaud, Responsable des SI, LPG Systems. Pour le moment non, une « bonne » 3G suffit déjà à bien gérer nos applications. Les éditeurs d’applications vont certainement s’appuyer sur cette nouvelle techno pour nous proposer des programmes plus puissants et rapides …  donc nous pousser à la « consommation ». Cependant, à moyen terme, la4G  concurrencera inévitablement le wifi et autres hot spots.

Vassili Andricopoulos, DSI, Baker & McKenzie SCP. Nos collaborateurs ont encore souvent des problèmes de réception avec leur BlackBerry, y compris en zone urbaine, et je préférerais que les opérateurs améliorent déjà la qualité et la couverture de leur infrastructure en 3G et H+ avant de lancer le chantier 4G. Enfin, il ne faudrait pas que la 4G grève encore plus l’autonomie des smartphones.