La pandémie, le vieillissement de la population et le partage des tâches routinières accélèrent l’adoption de l’automatisation. Et Forrester anticipe en conséquence la disparition d’emplois plus tôt qu’attendu avant la pandémie…

Il y a ceux qui voient le verre à moitié plein et affirment que l’IA et l’automatisation vont créer un nombre incalculable d’emplois. Il y a ceux qui se voilent la face en affirmant haut et fort que l’IA et l’automatisation ne remplaceront jamais aucun humain. Mais, une fois n’est pas coutume, Forrester rejoint le clan de ceux qui voient le verre à moitié vide ou en tout cas le regarde avec un certain réalisme.

Le cabinet d’analyse anticipe que l’automatisation fragilisera 34 % des emplois et entraînera la perte de 12 millions d’emplois dans les pays de l’« Europe des 5 » (France, Allemagne, Italie, Espagne et Royaume-Uni) d’ici 2040 !

Trois éléments viennent en effet accélérer un phénomène redouté et pour lequel nos civilisations devront trouver des solutions plus humaines et optimistes que l’enfer promis par certaines œuvres de science-fiction.

Le premier est bien entendu la pandémie. Installée depuis deux ans, et malheureusement probablement encore présente pour quelque temps, celle-ci a favorisé une accélération de la transformation numérique et par voie de conséquence une accélération de l’automatisation de certains processus.

Le second est le vieillissement de la population européenne : L’Europe a l’une des populations en âge de travailler les plus âgées, rappelle Forrester. Conséquence, d’ici 2040, l’Europe des 5 comptera 20 millions d’actifs (de personnes en âge de travailler) en moins ! À cela s’ajoute un taux de fécondité bas, notamment dans les pays du Sud : L’Italie et l’Espagne compteront 17 à 18% de travailleurs en moins en 2040 par rapport à 2021. Pour Forrester, les entreprises européennes vont là encore devoir se reposer sur l’automatisation pour combler les lacunes d’une main-d’œuvre vieillissante.

Le troisième est le partage des jobs routiniers, ces emplois qui réclament peu de réflexion et d’interaction humaine. De tels emplois sont plus nombreux dans les pays disposant d’une industrie manufacturière : typiquement l’industrie représente 18 % de la main-d’œuvre allemande contre seulement 9 % au Royaume-Uni. Mais bien évidemment, ces emplois sont aussi les premiers menacés par l’automatisation. Les emplois de routine représentent 38 % de la main-d’œuvre en Allemagne, 34 % en France et 31 % au Royaume-Uni. Au total, l’automatisation fragilise 49 millions d’emplois routiniers dans les pays de l’« Europe des 5 » !

Cependant Forrester rappelle que « même si l’automatisation devrait entraîner des pertes d’emplois, elle en créera et en transformera d’autres à mesure que de nouvelles compétences deviennent attrayantes pour les organisations ». Selon les analystes l’énergie verte et l’automatisation créeront 9 millions d’emplois dans les pays de l’« Europe des 5 » d’ici 2040, notamment dans les domaines de l’énergie propre, des bâtiments propres et des villes intelligentes.

« La perte de productivité causée par la COVID-19 oblige les entreprises du monde entier à automatiser les processus manuels et à améliorer leurs capacités de travail à distance, explique Michael O’Grady, analyste principal des prévisions chez Forrester. Toutefois, la pandémie n’est qu’un de plusieurs facteurs qui façonneront l’avenir du travail en Europe au cours des deux prochaines décennies. De plus, les organisations européennes sont particulièrement bien placées pour adopter l’automatisation en raison du déclin de la population active en Europe et du nombre élevé d’emplois de routine peu qualifiés qui peuvent être facilement automatisés. Au final, l’automatisation fera partie intégrante de la façon dont les gouvernements et les employeurs européens évalueront leur compétitivité et gèreront la tranche la plus âgée de leur population. »


Source : Twenty-Five Percent Of Europe-5 Jobs Are At Risk From Automation; 12 Million Jobs Will Be Lost By 2040 (forrester.com)