À l’heure où les injonctions pour un numérique plus sobre se multiplient, que nous soyons grand compte ou petite entreprise, il est tentant de mettre sous tension ses fournisseurs sans pour autant remettre en cause ses habitudes de consommation. Or, pour parvenir à relever l’objectif de la neutralité climatique, tous les acteurs de la chaîne de valeur des technologies de l’information doivent se mobiliser. C’est bien en cherchant un effet sur l’amont et ses fournisseurs, mais aussi sur l’aval et ses clients finaux, que l’IT pourra contribuer à la transition écologique.

Par Olivier Servoise, Directeur du Center of Excellence Sustainable IT, Engie IT
et Aurélie Gracia Victoria, Directrice générale, IJO

 

SE TOURNER VERS SES FOURNISSEURS

Dans le cadre d’une démarche sérieuse et ambitieuse de décarbonation, une entreprise doit intégrer le bilan carbone de ses achats et donc se tourner vers ses fournisseurs. Elle leur demandera : de faire leur bilan d’émissions de gaz à effet de serre et les analyses du cycle de vie par produits et services fournis ; de communiquer l’empreinte environnementale (bilan GES, ACV) des prestations et services fournis à chaque client, avec toutes les hypothèses ayant abouti à ce calcul ; et surtout d’établir leur propre stratégie crédible et publique de réduction de leur impact environnemental.

Cette logique a le mérite de permettre la mesure du point de départ. Sa généralisation pourra amener les fournisseurs à intégrer les critères environnementaux comme un véritable axe concurrentiel. Combinée avec des pratiques de contract management, elle permet une optimisation de l’empreinte environnementale globale du fournisseur, et par ricochet, du client.

INNOVER COLLECTIVEMENT POUR LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE

Se tourner vers ses fournisseurs n’est pas encore suffisant. En effet, la décarbonation est une tâche tellement urgente et complexe qu’elle requiert un niveau d’optimisation plus étroit entre le client et le fournisseur.

Il faut adopter un point de vue nouveau et innover conjointement pour la transition écologique.

Cette innovation collective doit prendre place en premier lieu dans la conduite de ses opérations (sourcing des équipements, consommation énergétique…).

En deuxième lieu dans la conception de ses services, en mettant en œuvre le « green-by-design » pour le développement, l’urbanisme, mais aussi dans la conception des offres pour ses clients (internes ou externes).

Ensuite, il est aussi nécessaire d’innover dans la recherche de la performance environnementale : le numérique est aussi un formidable levier de la réduction de l’empreinte environnementale des processus métiers, à condition de réaliser scrupuleusement la mesure exhaustive des coûts et bénéfices de la solution informatique.

La dernière innovation qu’il est critique de mettre en œuvre consiste à repenser la relation économique et commerciale client-fournisseur.
D’un côté, les clients doivent augmenter le poids de la performance environnementale dans les phases de consultation et ainsi offrir la possibilité aux fournisseurs les plus vertueux de valoriser leur stratégie et leurs efforts.
De l’autre, les fournisseurs donneront les moyens à leurs clients de comprendre et de suivre l’impact écologique de l’utilisation de leurs produits et services. Ils doivent à ce titre fournir des outils de mesure de l’empreinte environnementale multifactorielle de l’IT ; favoriser la modélisation rapide d’une empreinte environnementale pour pouvoir l’intégrer dès le début d’un projet ; proposer une alternative plus sobre au service demandé ou fourni ; encourager à la performance environnementale dans l’utilisation du service fourni.

Dans le même temps, il est impératif, pour les clients et leurs fournisseurs, d’adopter une logique d’amélioration continue : chaque accord contractuel doit être accompagné d’une démarche partenariale pour comprendre et réduire conjointement l’empreinte des services vendus ou souscrits.

Enfin, pour contribuer à la progression du savoir commun sur ce sujet en développement, il convient de dépasser des logiques purement mercantiles, d’être complètement transparent sur ses méthodes d’évaluation de l’impact environnemental de l’IT, et de procéder massivement à des partages d’expérience de ses pratiques, benchmarks et solutions.

À LA COMMUNAUTÉ IT DE S’ENGAGER !

La décarbonation des activités humaines est une démarche menée à l’échelle planétaire. S’engager dans cette lutte avec une approche itérative, collaborative et concertée de l’ensemble des acteurs – une union sacrée et transnationale des fournisseurs et clients, partenaires et concurrents – doit être la priorité.

Que l’on soit consommateur ou fournisseur de services informatiques, ou les deux, la transparence et la recherche permanente de performances environnementales doivent être au cœur de nos préoccupations.

La communauté IT peut s’engager au plus vite sur sa propre démarche de sobriété. Elle peut, elle doit, elle va se mettre la tête haute au service de tous les efforts des autres communautés pour diminuer notre empreinte environnementale collective.