Cette ingénieure de formation peut compter sur un solide bagage technique et sur son intuition du marché pour transformer La Poste.

J’étais en déplacement à l’étranger lorsque j’ai reçu un coup de fil me demandant de faire partie du Conseil national du numérique (CNNum). Tout simplement. » C’est ainsi que Nathalie Andrieux raconte son entrée au CNNum en janvier  2013. Une véritable reconnaissance pour la directrice générale adjointe en charge du numérique du groupe La Poste. Car, en plus de ses nouvelles fonctions au CNNum, elle doit également piloter le gigantesque vaisseau postal, qui embarque 240 000  personnes, dans son le virage vers le digital. Avec le projet Newton, par exemple, qui vise à offrir un bouquet de services autour de l’habitat grâce aux objets connectés (surveillance du domicile et de sa consommation énergétique). La manœuvre est délicate, tant les enjeux sont importants : en 2012, le groupe affichait un chiffre d’affaires de près de 22  milliards d’euros, avec près de 45 millions de clients particuliers et 3,5  millions de clients entreprises. 

A l’école de la banque. La quadra, habituée aux challenges lors de son parcours professionnel, ne semble pas impressionnée par la tâche qui l’attend. En 1985, elle entre à Supinfo, une école d’ingénieurs dont les rangs ne comptent quasi exclusivement que des hommes. Puis Nathalie Andrieux intègre le secteur bancaire (groupe Banque populaire) comme ingénieur système. Dès le début, elle fera sienne cette devise qui continue à la guider : « L’informatique n’est pas une finalité, mais un moyen pour rendre un service. » Gérer des projets informatiques impliquant d’avoir en charge des hommes et des femmes, Nathalie Andrieux dirige dix personnes à seulement 25 ans. 

Ce passage de dix ans dans les métiers de la banque sera formateur. Elle y peaufine sa maîtrise de l’informatique, du management, de la finance… Il ne lui reste plus qu’à se perfectionner en marketing, une lacune qui sera comblée par une formation dans une grande école de commerce parisienne (ESCP) de Paris. Ce cursus est financé grâce au programme d’identification des potentiels de La Poste, groupe que Nathalie Andrieux vient alors d’intégrer comme chef du service du système d’information. Elle fait alors entrer son entreprise sur la Toile, en créant en 2002 la Dides (Direction de l’innovation et des développements des e-services), la première direction Internet de La Poste. Elle associe ainsi sa formation technique et sa compré-hension des enjeux marketing. « Car les deux sont liés », affirme-t-elle. 

En 2004, elle devient directrice générale de Mediapost, une filiale de La Poste chargée des prospectus. « Le but était de transformer une entité logistique de diffusion de publicités en groupe de communication publicitaire multicanal. Car l’important n’était plus la distribution, mais l’imprimé lui-même. » Objectif réussi, puisqu’avec une progression du chiffre d’affaires de 34 % entre 2004 et 2009, Mediapost devient bénéficiaire, et Nathalie Andrieux, présidente. 

Sur tous les fronts. La société, qui s’appelle désormais Mediapost Communication, s’est transformée en groupe de marketing relationnel multicanal, employant 15 000 personnes et affichant pour 2012 un chiffre d’affaires de 650 millions d’euros. Et, comme si cela ne suffisait pas, la jeune femme devient, en 2012, membre du conseil de surveillance de Lagardère, puis présidente du comité d’audit. 

Un emploi du temps de ministre pour cette mère de quatre enfants, qui trouve encore le temps de diriger l’association qu’elle a fondée – Les Amis de Mikhy – destinée à soutenir les projets liés à l’accompagnement psychologique des enfants atteints d’un cancer, pendant et après leur traitement. « Comprendre les choses pour les dépasser, c’est ma démarche, et je l’adapte à toutes mes activités. »

Par Frederic Boutier