« Côté cloud computing, le romanesque laisse sa place à l’inquiétude »

Comment ? Qu’est-ce que j’apprends ? Les Etats-Unis nous espionnent ?! Le piratage informatique survenu à l’Elysée au mois de mai dernier durant l’entre-deux-tours serait, selon l’Express, l’œuvre de notre grand Allié. Etonnant ? Pas tant que ça, de la part d’un pays qui use et abuse du Patriot Act et du réseau Echelon depuis des années. Certes, l’espionnage entre alliés a toujours existé. Ce serait même plutôt monnaie courante de s’offrir discrètement quelques garanties, ou de glaner des informations dans un contexte de guerre économique. Les Etats-­Unis et la France sont, en ou­tre, connus pour entretenir une pratique de surveillance réciproque.

En 1995, Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur, expulsait des diplomates américains accusés d’espionnage économique. Le New York Times s’est, lui, depuis longtemps fait l’écho des pratiques « particulièrement agressives » des OSS 117 français, en matière de vols de secrets industriels de défense et de technologie américaine. Enfin, rappelons que les Etats-Unis ont signé de Gentleman’s agreement (pacte de non-espionnage) avec la Grande-­Bretagne, mais pas avec la France. En 2010, Obama s’y est refusé, au grand dam de Nicolas Sarkozy.

En tout cas, en ce qui concerne l’Elysée, pas de cyberguerre. Juste un peu de surveillance entre amis. Ouf, tout va bien. Ou presque… Car côté cloud computing, les craintes des entreprises de voir s’envoler leurs données sont bien réelles. Tout comme les menaces qui pèsent sur le secteur industriel (virus scada, stuxnet), plutôt négligent en la matière. Enfin, si l’espionnage entre Etats fascine, le romanesque laisse sa place à l’inquiétude dans le monde des sociétés. Que penser, en effet, de la toute nouvelle alliance SAP-Amazon, dont le rapprochement des plates-formes inspire déjà son lot de craintes quant à la circulation des données stratégiques de l’entreprise ?