«Same player, shoot again ! » Cette expression est souvent employée pour dire : t’as essayé, t’as perdu. Il y a quelques semaines, ce fut encore le cas pour… WhatsApp. La revanche des utilisateurs, somme toute.

Les Gafa et plus particulièrement Facebook, dont le fond de commerce est avant tout la donnée qui nous concerne, vient d’en faire l’amère expérience. Il y a quelques années, cela serait passé presque comme une lettre à la poste, mais curieusement cette fois-ci c’est bien plus difficile.

Les jeunes générations ne sont parfois pas plus inquiètes que cela et arguent d’un « je n’ai rien à cacher » quand on leur dit que le « produit » c’est eux. Les boomers sont plus dans l’inquiétude, non pas que nous ayons plein de choses à cacher, mais peut-être que nous détestons culturellement l’idée d’être tracé et l’idée d’être « prévisible ». Cela nous fait peur. Peur à travers les publicités que l’on reçoit, peur à travers la pertinence soudaine de ce qui s’affiche sous nos yeux, peur héritée de nos parents ou grands-parents…

Donc, il y a quelques semaines – deux au moment où j’écris –, WhatsApp, filiale de Facebook, déclare soudainement que ses données – en fait les vôtres, les miennes – seront accessibles ou utilisables par leur maison-mère Facebook. C’est un raccourci certes car c’est plus subtil, mais cela revient à cela.

Tôlé général sur la toile ! Et j’imagine la scène, les patrons de Facebook de se dire : « Pas grave, ça va passer quand même ». Sauf que … ça ne passe pas. Dès le lendemain fleurissent sur WhatsApp des messages de statut disant : « Je ne suis pas une marchandise » ; « Je migre sur Signal » ; « Suivez-moi sur Telegram »…
Amusant, non ? Sauf que 48 heures plus tard, force est de constater que l’hémorragie est bien là : mes contacts, mes groupes, la presse, mes amis, mes collègues m’en parlent. Le mouvement est lancé et Signal prend réellement de l’essor, et WhatsApp perd réellement des « clients », et surtout de la richesse, à savoir nos informations.

Quelques jours plus tard, WhatsApp fait volteface devant ce flot de migrants vers d’autres plateformes et décide de sursoir à cette décision. Mais le mal est fait : ils ne sont plus audibles. Et même si, ne nous leurrons pas, beaucoup resteront, cet événement aura un impact fort sur la volumétrie de leurs utilisateurs.

Au-delà de ce phénomène d’actualité, ce qu’il convient de souligner, c’est la soudaineté de la chose et le précédent. La soudaineté, car c’est une vraie nouveauté dans le monde digital : pour la première fois, je pense, des millions de personnes ont dicté leur loi et n’ont pas suivi pas celle de l’éditeur. On en rêve parfois côté DSI… On rêve d’un mauvais coup d’un éditeur qui soudainement décide d’augmenter les frais de maintenance de 20 % à 30 %, ou d’un fournisseur de solutions bureautiques qui passe sa licence de 20 € à 30 €… On rêve de pouvoir lui dire non, en terminant par un « Merci. Au revoir ». À la Giscard d’Estaing : théâtral, simple, efficace, sans retour possible.

Il est évident que dans le cas de Facebook/WhatsApp, la chose est rendue possible par deux phénomènes : le service est banalisé, simple, peu complexe ; et il existe une véritable offre concurrente, tout aussi efficace, simple, banalisée, peu complexe. Ce qui n’est pas le cas de nos ERP et autres gros logiciels où, une fois installés, nous sommes quand même fortement liés à la solution.

Enfin, cet événement aura aussi été révélateur d’une autre chose en lien avec la consumérisation des nouvelles technologies… Pour la première fois, des utilisateurs d’entreprise, qui utilisent aussi WhatsApp à des fins professionnelles, sont en attentes de leur DSI pour les conseiller sur la marche à suivre : « On migre sur Signal ou on peut rester sur WhatsApp ? T’en penses quoi Mathieu ? C’est quoi notre stratégie ? »
Alors, forcément, je réponds : « Bon déjà, la stratégie c’est de ne pas utiliser des solutions grand public, ça fait vingt fois que je le dis… »
Plus sérieusement, cela démontre à quel point la frontière est désormais ténue entre usage privé et professionnel, et qu’il est de plus en plus important pour notre profession d’être dans l’acceptation et non dans la stigmatisation des solutions « clé en main » apportées au bureau par nos utilisateurs. L’accompagnement restera vraiment la chose primordiale dans les années à venir : comprendre le besoin et ne pas s’y opposer, l’accepter sous une forme ou une autre.

Et vous ? Quelle est votre stratégie ? Quels conseils donneriez-vous à vos utilisateurs ? Rester sur WhatsApp au risque que les informations pro de WhatsApp finissent exploitées par Facebook ? Migrer sur Signal jusqu’à ce que celui-ci soit racheté par un consortium IT et que la problématique revienne sur le devant de la scène ? Migrer sur Telegram avec d’autres risques ? Ou une position encore plus radicale, à savoir : « Tu utilises Teams ! ».
J’ai vraiment hâte de lire vos positions dans les commentaires et sur


Mathieu Flecher, DSI d’une entreprise industrielle française.
Mathieu Flecher est le pseudonyme d’un DSI bien réel