Bousculé par le cloud, l’open source se cherche de nouveaux modèles. Et la France n’est plus tout à fait en pointe. Le nouveau rapport Will Strategy trace un état des lieux contrasté et parfois un peu inquiétant…

« La filière open source est au cœur d’enjeux majeurs en termes économiques, de souveraineté, de sécurité et d’éthique » rappelle en introduction la nouvelle « enquête sur l’état des lieux et de la filière open source en France 2020-2021 ».

L’étude fait apparaître quelques paradoxes bien français :

D’un côté, seuls 29,3% des répondants estiment que la France met en œuvre une stratégie industrielle open source face aux Big Techs et, pour 64,6% d’entre eux, les administrations n’encouragent pas suffisamment les logiciels libres comme le prévoit pourtant la loi.

D’un autre côté, 80% des entreprises sont déjà engagées dans une démarche éthique libre et responsable.

L’étude rappelle les chiffres avancés par l’Union Européenne : l’impact économique du logiciel libre estimé entre 65 et 95 milliards d’euros. Il représenterait un potentiel d’augmentation du PIB de
100 milliards d’euros, et la créations de 1000 entreprises numériques par an, si les contributions au code open source s’accroissaient de 10%.

La France n’est désormais plus qu’en 3ème position en Europe, derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni en terme de commits et de nombre de contributeurs GitHub.

 

Profil d’une entreprise du libre

L’étude trace également un portrait des « entreprises du libre » :  ce sont principalement des micro-entreprises (59%) et des PME (35,1%). La plupart sont généralistes (78,9% ne sont pas dépendantes d’un secteur d’activité particulier) même si elles peuvent posséder des expertises dans des domaines précis. 57,1% de ces sociétés sont éditrices de logiciels, et 51,1% proposent aujourd’hui leur solution en mode SaaS. Les deux tiers de ces sociétés sont également exportatrices (notamment vers l’Europe) et, d’une manière générale, les entreprises du libre réalisent 20,5% de leur CA hors de France. La filière demeure fortement créatrice d’emplois.

Au passage on notera que les entreprises du libre ont plutôt bien résisté à la crise pandémique comme l’ensemble des entreprises du numérique. « Leur activité est restée stable ou a augmenté pour un peu moins de 2/3 des entreprises du libre tandis qu’elle baissait pour le tiers restant, dans un contexte de forte instabilité des calendriers client » rappellent les auteurs de l’étude. Malgré la crise, l’état d’esprit des dirigeants apparaît positif et 56,5% d’entre eux se disent confiants et 41,2% optimistes.

L’étude note également une transition des modèles économiques pour les solutions, avec une croissance de la facturation à l’usage, de la vente de licences et abonnements, de la vente de fonctionnalités complémentaires (freemium, fonctionnalités « entreprises », open core…).

Pas de souveraineté sans libre ?

Enfin, et sans surprise, bien des acteurs du libre prônent la souveraineté numérique et estiment pouvoir y jouer un rôle clé. 93,1% des dirigeants de la filière estiment que la souveraineté numérique doit être une priorité pour l’avenir économique et démocratique de la France et de l’Europe. 88,3% des répondants estiment que les principes clés de l’open source peuvent contribuer à préserver la souveraineté numérique de la France et de l’Europe.

Et bien évidemment, beaucoup compte sur les marchés publics (forcément plus sensibles sur ce sujet), 64,6% des dirigeants de la filière regrettant que les administrations n’encouragent pas davantage les logiciels libres et formats ouverts. Rien de neuf ni de surprenant à cela.

L’étude tombe d’ailleurs dans les travers d’une évangélisation intensive et même partisane reprenant quelques poncifs depuis longtemps ressassés par le Cigref : « Les Big Techs saturent l’espace informationnel des décideurs publics et privés, rendant peu audibles les autres acteurs, notamment les entreprises de la filière open source française… Elles déresponsabilisent les DSI auxquelles elles vendent des solutions « clés en main », en tant que « leader du marché », en participant de leur perte de maîtrise des systèmes d’information, notamment avec le développement du cloud… ».
En tant que lecteur on s’en serait bien passé, mais les auteurs n’ont pu y résister. Heureusement la suite de cette évangélisation est plus intéressante puisque l’étude revient longuement sur l’éthique open source, sur les bonnes pratiques pour passer au logiciel libre, sur la place des femmes dans les communautés et la nécessité de leur faire plus de place.
De quoi au final offrir un état de l’écosystème open source assez complet à défaut d’être surprenant.


Pour en savoir plus : CNLL Résultats de l’enquête sur l’état des lieux de la filière open source en France 2020/2021