Gouvernance

Véronique Torner (Numeum) : « Quand tu te réveilles le matin, tu peux écrire l’avenir ! »

Par Thierry Derouet, publié le 30 septembre 2024

La présidente de Numeum incarne le visage d’un numérique en transformation. Avec détermination, Véronique Torner se donne pour mission de façonner un secteur plus inclusif, éthique et innovant. Sous son impulsion, initiatives locales, montée en compétences et responsabilité numérique deviennent les piliers d’un écosystème en phase avec les enjeux sociaux, économiques et environnementaux de notre époque.

Véronique Torner n’a pas toujours été destinée à la carrière qu’elle mène aujourd’hui. Son histoire avec le numérique commence sur les bancs de la prépa, où, bien loin de ce que l’on pourrait imaginer, elle n’avait « jamais touché un ordinateur avant ». Elle découvre tardivement sa passion pour l’informatique, notamment grâce à son professeur de mathématiques : « Pendant la prépa, grâce à mon prof de maths, je suis tombée amoureuse de l’algorithmie. » Ce coup de foudre pour les sciences du numérique ne la quittera plus. Pourtant, elle rappelle que son parcours n’a pas été tracé d’avance : « Je ne me disais pas en seconde que j’allais faire du numérique. »

Un engagement fort pour la féminisation du numérique

Pour Véronique Torner, le manque de femmes dans la tech n’est pas une fatalité, mais le résultat d’une série de décisions sociales et éducatives inadaptées. « Il n’y a pas une stratégie assumée d’orienter les jeunes filles sur des filières scientifiques. »

Véronique Torner milite pour une véritable révolution dans l’approche éducative, insistant sur la nécessité de sensibiliser les filles aux métiers de la tech dès le plus jeune âge. Selon elle, cela passe par une réforme des orientations scolaires, mais aussi par une action plus large des acteurs du secteur numérique : « La révélation doit venir en amont. » Elle estime que trop souvent, la tech est perçue comme un domaine masculin, un préjugé qu’elle s’efforce de déconstruire : « J’ai plein d’amis qui ont des filles, et je ne les entends jamais dire : “Il faudrait qu’elles travaillent dans le numérique”. Ils ne projettent pas ce secteur sur leurs filles. »

Une action concrète au sein de Numeum

Sous la présidence de Véronique Torner, Numeum s’est fortement mobilisé pour favoriser la diversité et l’inclusion dans le secteur IT. Son mandat s’articule autour de trois priorités majeures : le développement territorial, avec un accent mis sur l’action de Numeum au niveau local ; la gestion des compétences, afin de remédier à la pénurie de talents dans le secteur ; et la promotion d’un numérique responsable, qui constitue le pilier central de son engagement.

En nommant deux femmes à des postes clés au sein de l’organisation, elle montre l’exemple et prouve que le changement est possible. « On en trouve, des femmes », rappelle-t-elle. Ces nominations ne sont pas seulement symboliques, elles illustrent une conviction forte : il est essentiel de donner de la visibilité aux femmes pour qu’elles puissent inspirer les générations futures.

Cependant, Véronique sait que les initiatives ponctuelles ne suffisent pas. Elle insiste également sur la nécessité pour les entreprises d’adopter une approche plus proactive : « Nous, on veut recruter des femmes, mais proportionnellement, il y en a moins. » Malgré tout, elle garde espoir et souligne que des efforts sont en cours pour féminiser le secteur, notamment grâce à des partenariats avec des organismes de formation et des programmes de reconversion, tels que NOVA in tech chez Numeum, qui vise à encourager la reconversion des femmes vers les métiers du numérique. Et de citer un partenariat avec France Travail, Numeric’Emploi, qui va également dans ce sens, pour sourcer un certain nombre de talents éloignés de l’emploi.

Leadership et humanisme

Loin de se limiter à une approche technique du numérique, Véronique Torner prône une intelligence collective dans la manière de diriger. Ce principe, elle l’applique autant à Numeum qu’à son entreprise Alter Way, un acteur de l’Open Source. « Co-construction ne veut pas dire co-décision », précise-t-elle cependant, rappelant l’importance de laisser de la place au collectif tout en conservant une prise de décision ferme et une exécution rigoureuse.

Son sens de l’organisation est également une qualité essentielle qui lui permet de concilier vie familiale et vie professionnelle. Soucieuse de l’équilibre qu’elle doit maintenir avec ses fils, elle sait jongler entre ses responsabilités sans jamais négliger ses engagements : « Il faut être très organisée et bien entourée. » Sa capacité à déléguer et à faire confiance à ses équipes reflète une maturité managériale où la réussite collective prime sur l’individualisme.

Un numérique responsable et éthique

Le numérique, Véronique Torner le perçoit comme une « potion-poison », un outil puissant capable de transformer le monde, mais qui doit être utilisé avec précaution. « Le numérique doit être résolument pharmacologique dans son approche », explique-t-elle, en insistant sur la nécessité de prendre en compte les effets secondaires de chaque avancée technologique. Ce regard éthique sur l’avenir du numérique la pousse à s’impliquer activement dans des initiatives comme Planet Tech’Care, une plateforme qui regroupe plus de 1 000 signataires, dont l’ambition est d’accompagner les entreprises qui souhaitent intégrer le numérique dans leur trajectoire environnementale et de soutenir les acteurs de la formation dans le développement des compétences en matière de numérique écoresponsable.

Elle voit dans cette démarche un enjeu de long terme, affirmant que la transition numérique doit se faire en lien avec la transition écologique. Pour elle, il est impératif que le numérique soit à la fois un levier économique et un moteur de transformation sociale et environnementale.


« Je préfère parler d’autonomie stratégique et de confiance dans le numérique, ce sont des mots plus parlants dans le contexte économique. »

La présidente de Numeum incarne le visage d’un numérique en transformation. Avec détermination, Véronique Torner se donne pour mission de façonner un secteur plus inclusif, éthique et innovant.

Véronique Torner se montre particulièrement préoccupée par la question de la souveraineté numérique, qu’elle préfère redéfinir sous le terme d’autonomie stratégique. Pour elle, l’enjeu dépasse la simple protection des données ou des infrastructures. Il s’agit de créer un écosystème numérique où la confiance et l’éthique jouent un rôle clé. « L’autonomie stratégique, c’est comprendre les enjeux technologiques et économiques tout en assurant la sécurité et la liberté de choix », déclare-t-elle, insistant sur la nécessité pour l’Europe et la France de faire émerger des leaders dans des domaines comme l’IA, le cloud ou la cybersécurité.


5 questions posées à Véronique Torner

1. Quelle est la qualité professionnelle que vous appréciez le plus ?

Avoir le goût de l’effort et l’esprit d’équipe.

2. Quel est le défaut que vous trouvez le plus rédhibitoire dans le milieu professionnel ?

Le mensonge.

3. Quel est votre plus grand accomplissement professionnel ?

L’aventure Alter Way avec mon ami et associé Philippe Montargès, qui se prolonge aujourd’hui avec mon équipe de direction et le groupe Smile.

4. Quelle est votre plus grande ambition dans votre carrière ?

Contribuer à changer le monde.

5. Quel conseil donneriez-vous à un jeune professionnel entrant dans votre secteur ?

Développer un numérique responsable.


Numeum s’engage dans un tour de France de l’IA en partenariat avec le MEDEF

Numeum s’associe avec le MEDEF pour organiser un Tour de France de l’IA. Cet événement inédit a pour objectif de sensibiliser les entreprises aux opportunités offertes par l’intelligence artificielle. Il s’agit d’un partenariat d’envergure nationale visant à rapprocher les dirigeants d’entreprises, les CEOs, des enjeux numériques et de l’IA, afin que l’innovation ne soit plus l’apanage des DSI. « Le sujet numérique doit être pris en main par les décideurs des entreprises, pas seulement les DSI », souligne-t-elle. Ce Tour de France, qui parcourt les grandes régions françaises, s’inscrit également dans une dynamique de collecte de données pour nourrir les discussions lors du AI Summit de février 2025, où la France jouera un rôle clé.


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