Ouvrir son SI et partager ses données est devenu un impératif dans un monde de plateformes. L’entreprise peut tirer bien des profits à partager ses données avec ses partenaires mais aussi avec ses concurrents…

Par Ronan Kerouedan, Vice president global value solutions consulting, Coupa Software

Ce n’est un secret pour personne : les données sont aujourd’hui le fer de lance des entreprises dans le monde. Ces données sont aussi diverses que variées, ayant chacune une origine, une utilité et une visibilité différente. Certaines données sont partagées entre plusieurs acteurs. Néanmoins, tentons de nous écarter un peu de l’aspect très technique de ces données : la vitesse à laquelle nous les partageons  ne fait qu’accélérer et les informations produites par ces échanges aident les entreprises à fournir de meilleurs services à leurs utilisateurs et collaborateurs.

Pouvoir exploiter en temps réel les informations produites collectivement a profondément transformé la manière de gérer les activités.

Ce qui est particulièrement intéressant est que partager ses données (anonymisées et agrégées) avec ses concurrents peut s’avérer un réel avantage pour son business, et même être source de profits, permettant notamment de renforcer ses offres et faire gagner plus de confiance et plus de clients.

DIVISER POUR MIEUX RÉGNER

Partager de l’information sectorielle avec ses concurrents tout en gardant confidentielles les données relatives à ses propres activités, contrats et affaires peut profiter à l’industrie dans son ensemble. Cela s’est tout particulièrement vérifié pendant la pandémie quand nombre d’entreprises ont peiné à se fournir en équipements individuels de protection, notamment.
Grâce au partage d’informations, elles ont été à même d’identifier des fournisseurs fiables et reconnus en dehors de leurs circuits habituels et de travailler avec eux pour s’approvisionner.

Le secteur bancaire n’est pas en reste et a également dû s’adapter rapidement aux conditions actuelles afin de gérer sa santé financière et réduire ses coûts.
Grâce à des données anonymisées sur leurs fournisseurs, les acteurs de ce secteur ont pu par exemple constater que plusieurs d’entre eux persistaient dans l’utilisation des factures imprimées alors qu’ils émettaient des factures électroniques à leurs autres clients.
Cette information a permis d’augmenter le volume de factures électroniques et de réduire le cycle et les délais d’approbation. Cela a bien sûr réduit les coûts et amélioré l’efficacité, ouvrant ainsi la voie à la fourniture de services de qualité, tout en supprimant des tâches très chronophages pour les collaborateurs.

De même, le partage d’informations se révèle d’une grande aide en matière de détection et de suppression des fraudes. Plusieurs organisations du secteur hospitalier font appel à des tiers, par exemple pour les radiographies, scanners et autres IRM. Or, certains fournisseurs peuvent malheureusement avoir certains vices cachés que l’on peut alors découvrir en se penchant vraiment sur les notations des concurrents, par exemple.
En effet, après avoir étudié les remarques de ses concurrents, on peut se rendre compte de certaines anomalies, notamment au niveau des facturations (surfacturation, double facturation…) pouvant expliquer la notation basse de certains fournisseurs, et ainsi prendre les mesures nécessaires pour résoudre ce problème, changer de prestataire et, a fortiori, réaliser des économies auprès d’un fournisseur plus fiable.

Partager les informations contribue non seulement à établir des normes d’équité pour un secteur, mais cela offre également de nouvelles possibilités.
L’analyse via l’intelligence artificielle de milliards de transactions réalisées par des milliers d’entreprises permet d’identifier des schémas comportementaux qui aident à résoudre un problème. Il devient possible, par exemple, d’identifier les fournisseurs à risque avant de régler les fraudes internes et d’agir immédiatement. C’est le pouvoir de « l’intelligence collective » d’aider les entreprises à réagir rapidement, à rester agiles en corrigeant en permanence leur trajectoire en fonction des données que leur renvoie le collectif à tout moment.

UN MODÈLE AYANT DÉJÀ FAIT SES PREUVES

Il faut toutefois reconnaître que le partage d’informations entre entreprises est encore relativement rare. En revanche, nombre de celles qui s’adressent au grand public se servent déjà de données temps réel anonymisées dans leurs processus de décision.
Au cours des dernières années, de plus en plus d’entreprises B to C ont demandé à leurs clients de partager leurs données avec elles. On peut notamment citer Google Maps qui exploite les données de ses utilisateurs collectées de manière passive pour évaluer l’état du trafic sur différents axes, ou encore Amazon ou AirBnB qui misent sur les avis déposés par leurs clients pour inciter d’autres clients à acheter en toute confiance.
En général, les clients acceptent de fournir ces données gratuitement, car ils font confiance aux entreprises pour protéger leur confidentialité et en retirent une certaine valeur. Ces raisons sont tout aussi valables pour le partage de données entre entreprises.

Récemment, les entreprises ont commencé à comprendre qu’en partageant collectivement leurs informations sans compromettre leurs secrets de fabrication ou leurs stratégies marketing, elles contribuaient à l’essor et à la croissance économique de leurs secteurs respectifs. Une nouvelle dynamique doit aujourd’hui se créer et se renforcer entre les acteurs concurrents sur un même marché afin d’en assurer la pérennité.