Selon une étude réalisée par Capgemini, les entreprises ont gagné en productivité grâce au télétravail mis en place dans l’urgence pour faire face au confinement, notamment au niveau de la DSI qui affiche une productivité en télétravail supérieure à la moyenne. Mais entre incompréhensions et organisations inadaptées, le chemin est encore long avant de parvenir à un modèle satisfaisant employeurs et employés.

La productivité des salariés a progressé dans 63% des entreprises au troisième trimestre 2020 selon l’étude « The future of work: from remote to hybrid » réalisée par du Capgemini Research Institute entre septembre et octobre 2020 . Temps de trajet réduit, horaires flexibles, outils collaboratifs virtuels… Mis en place dans l’urgence à cause du confinement et sous la contrainte, le télétravail profite aux entreprises, n’en déplaise à tous les détracteurs qui redoutent une démobilisation de leurs collaborateurs dès qu’ils les perdent de vue physiquement.

Et, au-delà de la productivité, le travail à distance impacte aussi positivement les charges immobilières. En effet, 88% des 500 entreprises interrogées à travers le monde (CA supérieur à 1 M$) dans le cadre de cette étude estiment avoir fait des économies dans ce domaine au cours des trois à quatre derniers mois.

Des gains très significatifs en perspective

La majorité des entreprises interrogées pensent pouvoir aller plus loin : 17% anticipent un gain de productivité total de 17% au cours des deux à trois prochaines années et 92% prévoient de nouvelles économies en charge immobilières dans les deux à trois ans à venir.

De fait, 70% sont convaincues que les gains de productivité engendrés par le télétravail peuvent être pérennisés une fois la pandémie terminée.

Résultat, près de 3 entreprises sur 10 pensent que plus de 70% de leurs salariés resteront en télétravail dans les deux à trois prochaines années, contre moins de 10% avant la pandémie.

Et près de la moitié (48%) compte bien réduire d’au moins 10% leur besoin global en bureaux.

Des salariés désorientés faute d’accompagnement adapté

Mais cet avenir prospère du télétravail ne se concrétisera que si les entreprises arrivent à tirer des enseignements de la situation présente, prévient Capgemini.

Or, il s’avère que les 5000 salariés également interrogés par l’institut dans le cadre de cette étude sont plutôt inquiets. Plus de la moitié (56%) ressentent en effet une certaine appréhension face au sentiment de devoir « toujours répondre présent ». Les plus jeunes (26 à 35 ans) attendent majoritairement (60%) un accompagnement pour gérer le stress induit par cette incertitude.

Et pour les nouvelles recrues qu’elles soient jeunes ou non, commencer à travailler dans une entreprise à distance n’a pas que des avantages quand l’accompagnement n’est pas adapté : 54% expriment un désarroi lors de leurs premiers jours et 52% avouent n’avoir strictement aucune idée des valeurs et des avantages de leur nouvelle entreprise.

Enfin, si les nouveaux entrants peinent à s’insérer dans leur nouvel environnement professionnel, 38% des collaborateurs en place ont également du mal à collaborer avec ces nouveaux venus.

Apprendre de l’expérience contrainte par la pandémie

Claudia Crummenerl, Experte gestion du changement et transformation RH chez Capgemini

Autrement dit, le télétravail ne se décrète pas, il s’organise. Et, si les entreprises veulent pérenniser les avantages constatés et anticipés du travail à distance, elles vont devoir tirer les leçons d’une situation qu’elles sont souvent autant subie que leurs employés.

Pour Capgemini, la première leçon réside probablement dans une organisation souple, laissant entrevoir un modèle hybride : « Les limitations affichées par le télétravail à temps plein laissent présager d’un avenir bâti sur un modèle hybride, dont le point d’équilibre se situerait à mi-chemin entre celui du télétravail et celui du travail au bureau ». Pour réussir cette transformation, « les entreprises doivent trouver le juste milieu et les dirigeants doivent remettre en cause les structures existantes, repenser l’efficacité des modèles opérationnels et mettre fin au cloisonnement et aux obstacles organisationnels entre les équipes » précise également l’institut.

« Pour maintenir un accroissement de productivité, plutôt que de mesurer les niveaux de production et les heures de travail comptabilisées, les systèmes de gestion des performances doivent être mis à niveau afin d’évaluer la productivité et les résultats », ajoute Claudia Crummenerl, à la tête de la Pratique People and Organization au sein de Capgemini Invent. « Notre étude montre que le travail à distance pourrait avoir des répercussions néfastes sur la santé psychique des salariés. Les dirigeants doivent donc être vigilants et agir en offrant un soutien supplémentaire afin de créer un environnement dans lequel leurs collaborateurs peuvent parler ouvertement de leurs préoccupations, et favoriser un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée ».

Quatre pistes de réflexion pour réussir sa transformation

Dans cette perspective, Capgemini préconise aux entreprises quatre pistes de réflexion.

La première induit une nouvelle approche de la gestion des ressources humaines : puisque les salariés ne sont plus tenus d’être présents sur le lieu de travail, pourquoi ne pas étendre le périmètre de recrutement aux professions libérales, intermittents ou travailleurs indépendants afin de gagner en fluidité de main d’œuvre ? Une piste d’autant plus intéressante que sur le marché de l’IT, certaines compétences sont rares, donc très recherchées.
En optant pour des missions ponctuelles qu’elles confieraient à des développeurs, datascientists, spécialistes IA, graphistes, etc. présents sur des plateformes dédiées telles que Malt, codeur.com ou encore, Kicklox, les entreprises pourraient non seulement bénéficier des meilleures compétences sur le marché mais également optimiser la gestion de leurs projets. D’autant que selon l’étude de Cap Gemini, les services informatique et digital arrivent en tête sur les gains de productivité en télétravail : 68% contre 63% pour la moyenne générale, tous services confondus.

La seconde piste de réflexion relève du management avec une approche permettant aux salariés de prendre davantage de décisions. Capgemini conseille de « renforcer leurs compétences en termes de leadership telles que l’empathie, l’écoute active et la capacité d’adaptation ».

Visant la naissance d’une nouvelle culture d’entreprise, la troisième piste passe par de « nouveaux rituels collectifs » afin de renforcer l’esprit d’équipe à travers des communautés virtuelles permettant de développer chez les salariés un sentiment d’appartenance.

Enfin, dernière recommandation, Capgemini préconise de mettre en place des infrastructures numériques fiables et fluides pour accompagner cette nouvelle organisation du travail.