Profils posthumes : quand Meta veut automatiser votre présence numérique après votre mort

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Meta brevète un LLM capable de simuler les utilisateurs décédés

Par Alessandro Ciolek, publié le 20 février 2026

Meta a obtenu fin 2025 un brevet décrivant un modèle de langage capable de simuler le comportement d’un utilisateur décédé sur ses plateformes. Liker, commenter, répondre aux messages : le groupe veut faire vivre les profils au-delà de la mort.


C’est un sujet que Meta surveille depuis quelques années. Déposé en 2023 et accordé fin décembre 2025, le brevet « Simulation of a user of a social networking system using a language model » porte la signature d’Andrew Bosworth, directeur technique de Meta. Le système décrit repose sur un LLM entraîné à partir de l’ensemble des traces numériques d’un utilisateur : publications, commentaires, réactions, messages privés. L’objectif est de produire un agent capable de reproduire le comportement en ligne d’une personne après toute autre forme d’absence prolongée, donc possiblement son décès. Si Meta a néanmoins précisé qu’un brevet ne préjuge pas d’une mise sur le marché et qu’aucun projet de déploiement n’est à l’étude, la possibilité que l’offre existe à l’avenir est bien réelle.

Un marché qui existe déjà

Meta n’arrive pas en terrain vierge. HereAfter AI et StoryFile permettent déjà de préparer de son vivant une version conversationnelle de soi-même, à partir de vidéos et de messages. Plus ambitieuse encore, la startup Nectome travaille sur la conservation de cerveaux humains dans l’azote liquide pour en extraire les données et les transposer sur un support numérique. Mais ce qui distingue Meta, c’est sa base de trois milliards d’utilisateurs. Des années de données comportementales, une infrastructure IA déjà opérationnelle : aucune startup ne peut rivaliser. Techniquement, le groupe pourrait déployer cette fonctionnalité sur son parc existant sans obstacle majeur. C’est ce qui rend ce brevet particulièrement significatif.

Et l’éthique ?

Au-delà de la technique, ce brevet interroge. Le consentement d’abord : les CGU actuelles ne couvrent pas la création d’un simulacre posthume. Le deuil ensuite : un profil qui continue d’interagir pourrait brouiller la frontière entre mémoire et déni. Le cadre juridique enfin, reste insuffisant. En France, la loi République numérique de 2016 permet de formuler des directives sur le devenir de ses données après la mort, mais le dispositif demeure peu utilisé. Que Meta déploie ou non cette technologie, l’identité posthume est désormais un nouveau terrain de jeu qui pourrait s’accélérer avec les évolutions croissantes des capacités des IA génératives.

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