WAICF 2026 - L'IA en Action

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WAICF 2026 (Partie 1/3) : L’IA en action

Par Laurent Delattre, publié le 18 février 2026

Au-delà du buzz médiatique et marketing mais aussi d’études pas toujours très encourageantes, IT for Business a profité du dernier WAICF 2026 à Cannes pour partir en quête de preuves concrètes de la valeur créée par l’intelligence artificielle et partir à la rencontre d’organisations qui sont passées à l’acte et recueillir leurs témoignages…

Pour sa cinquième édition, le World AI Cannes Festival a réuni la semaine dernière plus de 10 000 professionnels, 320 speakers et 220 exposants au Palais des Festivals. Le rendez-vous cannois, désormais devenu incontournable dans le calendrier international de l’IA, tombe cette année à un moment charnière pour les entreprises. Les études récentes dressent en effet un tableau contrasté de la création de valeur. Selon PwC, 81 % des dirigeants français estiment que l’IA n’a eu aucun impact mesurable sur leur chiffre d’affaires ni sur leurs coûts, soit le taux de déception le plus élevé parmi les zones géographiques étudiées. De son côté, le MIT évalue à seulement 5 % la part des organisations ayant atteint un stade de production avec un retour financier tangible. Pour autant, les projets pilotes se multiplient et certains cas d’usage commencent à faire leurs preuves en conditions réelles.

C’est précisément ce décalage entre les doutes macroéconomiques et les succès de terrain qu’IT for Business est allé explorer sur la Croisette. Notre équipe a déplacé son plateau TV au cœur du salon pour interroger chercheurs, DSI, managers, ESN et acteurs de l’écosystème IA. Dans cette première série d’entretiens, Filipe Teixeira (AltermAInd), Bijit Ghosh (Wells Fargo), Michele Centemero (Mastercard), Dawn Baker (BackMarket) et Zornitsa Todorova (Barclays) témoignent de leur aventure IA. Cinq regards complémentaires, de la banque au e-commerce en passant par le paiement, la tech reconditionnée et les marchés financiers, pour comprendre ce que l’IA change réellement dans les organisations, là où les chiffres agrégés peinent encore à le montrer.

« Demain, un manager pilotera une équipe composée d’humains et de travailleurs numériques »

Filipe Teixeira, fondateur et CEO de AltermAInd

Pour Filipe Teixeira, l’IA agentique ne se résume pas à un gain de productivité : elle redessine en profondeur le modèle opérationnel des entreprises. Sa conviction est que la force de travail de demain sera hybride, mêlant capital humain et « travailleurs numériques agentiques » capables de mener des tâches de façon autonome. Il illustre cette vision par deux cas d’usage concrets.
Le premier concerne le développement logiciel, où des agents peuvent désormais rédiger les spécifications, générer le code et automatiser toute la chaîne de valeur, tandis que l’humain se recentre sur l’observabilité et le contrôle qualité.
Le second touche les processus complexes (service client, paiement, collecte de données) dans lesquels des agents autonomes interagissent directement avec les collaborateurs ou les clients.
Mais notre invité insiste : l’adoption ne se limite pas à un enjeu technologique. « Ce n’est pas facile pour tout le monde dans l’entreprise d’accepter le fait que demain, vous aurez des travailleurs numériques qui seront un partenaire pour faire les tâches qui, jusqu’ici, ont été faites 100 % par les humains. »
Le changement est donc d’abord culturel. Et pour l’Europe, c’est une fenêtre d’opportunité à saisir d’urgence face aux États-Unis et à l’Asie.

« Derrière notre application, il y a déjà un agent qui coordonne les réponses pour 70 millions de clients »

Bijit Ghosh, Tech Executive/CTO/CAIO chez Wells Fargo

Chez Wells Fargo, l’IA agentique n’est plus au stade du prototype. La banque américaine a déjà déployé des agents en production, aussi bien sur des fonctions horizontales (pour la génération et la validation de code dans le cycle de développement logiciel) que sur des fonctions verticales, notamment dans les systèmes de paiement pour la réconciliation, la détection de fraude et l’interaction client.
L’application mobile Fargo, utilisée par plus de 70 millions de consommateurs actifs, s’appuie en coulisses sur un agent qui orchestre les réponses en fonction des interactions. Bijit Ghosh souligne toutefois que le passage du mode copilote à l’agent autonome exige une gouvernance solide. « L’autonomisation autonome a beaucoup de boîtes noires. Ce n’est pas assez mature, surtout pour les services financiers, qui sont très réglementés. Nous devons débloquer ces boîtes noires grâce à une meilleure traçabilité. »
Pour lui, le véritable impact économique viendra lorsque l’entreprise saura passer à l’échelle en donnant à chaque collaborateur les moyens de s’appuyer sur ces agents dans son quotidien, avec la confiance nécessaire pour garantir que les décisions prises ne sont pas des hallucinations.

« En cinq ans, on passera du simple clic à une expérience d’achat entièrement pilotée par un agent »

Michele Centemero, Vice-Président Services Europe chez Mastercard

Michele Centemero dessine une transformation profonde du e-commerce sous l’effet de l’IA. Pour lui, l’acte d’achat en ligne va basculer d’un parcours manuel (chercher un hôtel, comparer des vols, valider une réservation…) vers une expérience entièrement orchestrée par un agent capable de comprendre les préférences de l’utilisateur, de comparer les options et de finaliser la transaction. « On passera du simple clic à un pur outcome qui inclut la sélection, la comparaison et le paiement final. »
Le potentiel est colossal : Mastercard estime le marché incrémental à 2 000 milliards de dollars. Côté entreprises, le scénario est le même : un agent pourra lancer un appel d’offres, vérifier la conformité réglementaire et passer commande de façon autonome.
Michele Centemero illustre aussi l’impact de l’IA sur le métier même de Mastercard avec AI Card Studio, un outil qui permet de concevoir une carte bancaire personnalisée en dialogue avec un agent, en quelques minutes au lieu de plusieurs semaines, tout en respectant automatiquement les règles de conformité locales et internationales.

« Notre équipe anti-fraude a économisé 100 000 euros en cinq mois, sans aucune ressource de développement »

Dawn Baker, CTO de Back Market

Dawn Baker aborde de front la question qui obsède les directions générales : où est le retour sur investissement de l’IA ? Sa réponse passe par un cas d’usage très concret.
Chez Back Market, l’équipe anti-fraude a utilisé le système d’IA agentique de l’entreprise pour détecter des schémas de fraude au remboursement, sans mobiliser la moindre ressource de développement logiciel. Résultat : plus de 100 000 euros économisés en cinq mois.
Sur le développement logiciel, notre témoin se montre toutefois plus nuancée. Le « vibe coding » séduit, mais le code produit par l’IA reste souvent « assez brouillon » et nécessite l’œil d’un développeur expérimenté pour repérer les antipatterns. « Le métier de développeur change : on génère du code par la conversation, puis on le nettoie et on le rend maintenable sur le long terme. »
Enfin, en cohérence avec la mission environnementale de Back Market, Dawn Baker insiste sur la responsabilité énergétique : utiliser un gros modèle là où un petit suffirait est du gaspillage. L’éducation interne – choisir le bon modèle pour le bon problème – est, selon elle, un levier aussi important que la technologie elle-même.

« Le marché des robots humanoïdes pourrait être multiplié par cent d’ici 2035 »

Zornitsa Todorova, Head of Thematic FICC Research chez Barclays

Invitée sur notre plateau TV itinérant, Zornitsa Todorova pose un regard d’analyste financier sur un marché encore embryonnaire : celui des robots humanoïdes.
Évalué aujourd’hui entre 2 et 3 milliards de dollars, il pourrait atteindre 200 milliards d’ici 2035, soit une multiplication par cent. Mais elle appelle à distinguer la vision long terme (des robots capables de cuisiner ou de faire le ménage) de la réalité immédiate. « C’est dans les tâches très répétitives, facilement définies, potentiellement sales, ennuyeuses ou même dangereuses, que je vois le plus grand potentiel pour ces machines. »
À court terme, les applications les plus réalistes concernent l’industrie manufacturière, la logistique et l’entreposage : aide sur les lignes d’assemblage, manutention de colis, levage de charges.
La santé représente également un potentiel majeur mais plus lointain, car les exigences de sécurité et de précision y sont bien plus élevées.
Deux défis structurent selon elle la trajectoire du secteur : la sécurité d’abord, condition non négociable pour que ces machines travaillent aux côtés des humains, et la réduction des coûts de production ensuite, indispensable pour que l’équation économique devienne viable à grande échelle.

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