Data / IA
Sous l’emprise du code : Nouamane Cherkaoui plaide pour une souveraineté numérique stratégique et politique
Par Jade Berre, publié le 08 juillet 2026
La souveraineté numérique ne se résume plus au cloud, aux semi-conducteurs ou aux algorithmes. Dans « Sous l’emprise du code », Nouamane Cherkaoui, directeur général adjoint de BPCE Solutions Informatiques, en propose une lecture stratégique et politique, nourrie par des années de projets IT dans la finance. Une grille d’analyse qui tranche avec les narratifs concurrents saturant le débat. Il est l’invité du lounge d’IT for Business pour un entretien où se dessine un choix fondamental : gouverner le numérique ou être gouverné par lui.
Ayant piloté des projets d’envergure aussi bien en France qu’à l’international, Nouamane Cherkaoui, directeur général adjoint de BPCE Solutions informatiques (BPCE SI), la filiale informatique du groupe BPCE, se réapproprie la terminologie de « souveraineté » dans son œuvre Sous l’emprise du code, publiée le 28 mai 2026.
À ce titre, il prend le parti de l’inscrire dans une dimension stratégique et politique et s’interroge : Comment le numérique menace-t-il la souveraineté des États ? C’est ce débat qui a alimenté la présentation de son livre au sein du lounge d’IT for Business.
« Pas d’indépendance totale, mais plutôt des interdépendances choisies »
Dès le début de l’ouvrage, le cadre est défini : être souverain, c’est avant tout disposer de la liberté de choisir de l’être ou non. En écho à cette définition et avant d’intégrer le monde informatique, Nouamane Cherkaoui a évolué dans le sport de haut niveau. Un parcours marqué par des ambitions, mais aussi par des incidents qui l’ont conduit à réorienter son chemin. Cette capacité à reconstruire son récit face aux événements extérieurs trouve un écho particulier dans l’une des idées centrales qu’il développe : « pas d’indépendance totale, mais plutôt des interdépendances choisies ».
Cette idée soulève aussi la question de l’allocation des moyens aux enjeux stratégiques : de même qu’il faut choisir ses dépendances, il faut hiérarchiser les priorités à traiter.
Des éléments d’analyse d’un ordre numérique mondial en gestation
Comment ne pas dresser un parallèle entre le vécu professionnel et personnel de Nouamane Cherkaoui et son appréhension de la souveraineté ? De l’échelle européenne à la scène internationale, sa réflexion s’inscrit dans le prolongement des projets qu’il a eu pilotés au sein de grandes institutions financières comme la Société Générale ou la Banque Postale.
Au-delà des infrastructures, des données et des normes, ce vécu irrigue également son analyse de l’ordre numérique mondial. Hors des carcans de l’actualité et du quatuor habituel – États-Unis, Chine, Russie, Europe – Nouamane Cherkaoui n’oublie pas son rattachement aux pays du Sud et aux pays émergents. Ceux-ci donnent un éclairage encore plus spécifique à son étude de la souveraineté. Celle-ci devient alors un tremplin de puissance étatique, mis au service de l’épanouissement social du citoyen et de la nation.
Des limites à l’ambition de gouvernance mondiale
L’impératif pour notre invité est de percevoir la souveraineté dans sa globalité. Celle-ci n’est plus uniquement juxtaposable au cloud, aux semi-conducteurs, aux algorithmes, à l’IA ou encore aux ressources rares. Nouamane Cherkaoui le précise : elle est aussi énergétique et liée aux câbles sous-marins ou encore aux satellites, ce qui élargit son objet d’étude et favorise l’essor de solutions concrètes pour la matérialiser.
Comme il le rappelle : un algorithme n’est pas neutre, il est rattaché à des valeurs, une représentation du monde et à la perception de son créateur ou de son utilisateur.
En ce sens, il ne croit pas en une gouvernance mondiale, puisqu’il est complexe de concilier cohérence globale et lois qui restent nationales. Face à ces contradictions, le dirigeant puise dans la pluralité de ses ancrages et de ses casquettes.
Éditorialiste dans des revues spécialisées et conférencier, il fait de l’écriture un exercice d’introspection et un outil d’interpellation destiné au secteur public, aux entreprises, au milieu universitaire ainsi qu’aux sphères scientifique et citoyenne. Pour Nouamane Cherkaoui, l’ambition de gouvernance mondiale est utopique si elle n’est pas conçue comme « une gouvernance de règles de jeux » du numérique.
Quid du rôle de l’État dans l’environnement numérique ?
« La question pour moi n’est pas : plus d’état ou moins d’état ? Mais quel est le rôle de l’Etat dans cet environnement numérique ? » martèle le responsable IT de BPCE. Selon lui, la définition même de souveraineté doit être souple et capable de s’adapter à la conjoncture. Alors que le titre de l’ouvrage interpelle de par son caractère polysémique, L’auteur invite à nuancer le terme d’ « emprise » que l’on pourrait être tenté d’analyser dans le cadre de l’implication de l’Etat. Il salue avant tout la mission régalienne de l’État. Toutefois, il insiste sur le fait que ses prérogatives ne doivent pas entraver l’exercice de la souveraineté, dont le vote citoyen constitue l’une des expressions les plus fondamentales.
Ainsi, en définissant la souveraineté comme un objet à la fois prosaïque, stratégique et politique, Nouamane Cherkaoui en propose une lecture rationnelle et structurante dans un univers aujourd’hui saturé de narratifs concurrents autour de sa définition. Son analyse se déploie d’un microcosme européen au macrocosme mondial afin de mieux en percevoir les enjeux et de donner à chacun les clés d’un choix fondamental : gouverner le numérique ou être gouverné par lui.
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