Vous ai-je déjà parlé de Serge ? Serge est un collaborateur digne de confiance, qui habituellement occupe un secteur particulier au sein de notre direction informatique. Avec la crise du Covid, comme n’importe quelle entreprise, et comme n’importe quelle direction informatique, nous nous sommes adaptés au dispositif global de l’entreprise, à savoir le chômage partiel.

Pour la DSI, le chômage partiel consiste à mettre des collaborateurs en stand-by, et à concentrer les tâches informatiques sur une partie bien précise de notre activité, à savoir celle qui soutient le business  : produire et vendre. Donc tous les sujets que nous aurions traités normalement, mais qui ne représentaient pas quelque chose d’important pour notre structure, ont été mis en stand-by.

Or Serge travaille sur un domaine un peu particulier, dont je ne souhaite pas spécialement faire état ici eu égard à la confidentialité qui doit
entourer son activité, mais disons que Serge se pose beaucoup de questions, parce qu’il a été mis au chômage technique 5 jours sur 5.

C’est effectivement problématique pour lui. Habituellement, tout le monde reconnaît ses compétences, son utilité, et le travail qui est réalisé avec ses équipes. Mais le Covid est passé par là, et il a fallu s’adapter… Bref, après avoir été mis en sommeil quelques semaines, il est revenu vers moi avec une question très métaphysique : « à quoi sers-je ? »…

Lors du passage au chômage partiel, je n’avais pas du tout anticipé ce genre de situation. Mais c’est un peu comme en temps de guerre : plus la situation est tendue, plus on se restreint sur l’essentiel et le vital. Cela dit, la crise du Covid a été considérée très rapidement par nos autorités comme une crise assimilable à une situation de guerre.

Alors que faire ? Que faire quand un collaborateur n’opère plus depuis deux mois car son domaine n’est pas considéré comme essentiel pour la survie de la société ? C’est un véritable casse-tête.

Plusieurs solutions.

La première est bien sûr de faire le dos rond et, sous couvert de fatalité, d’expliquer que la situation est ainsi, et que ce n’est pas leur personne qui est mise en cause, mais que c’est le contexte qui a modifié les besoins de compétences… C’est audible, mais Serge ne m’a pas paru satisfait. Au fond de lui résidait toujours cet aspect d’inutilité dans la société.

Une autre façon est de mobiliser Serge et ses équipes sur des actions importantes et vitales pendant cette période de crise. Les besoins ont évolué du fait de la crise du Covid ? Soit ! Adaptons-nous et modifions notre activité. Passons d’un job de veille techno à un job vraiment opérationnel pour supporter les nouveaux besoins apparus avec le contexte Covid (support, réseau…). Mais Serge ne s’en est pas satisfait longtemps : ce n’était pas dans son champ de compétence, pas intéressant pour lui, trop changeant.

Finalement, à l’aune de cette remise en cause, nous sommes allés chercher la solution ailleurs. Et en allant la chercher, nous avons finalement fait gagner toute l’entreprise.
La solution ? Au final, si Serge ne se retrouve pas dans les sujets qu’on lui  demande de traiter, que les projets sont en stand-by autant que faire se peut, alors inventons un  nouveau mode de fonctionnement. Nous avons cherché dans nos modes de fonctionnement tout ce qui n’existait pas et qui nous permettrait de nous adapter à la crise. En clair, nous avons complètement revu la roadmap projets avec les directions métier et complètement ré-orienté notre cible projets 2020 !
Le résultat ? Nous avons positionné Serge, mais aussi d’autres collaborateurs, sur des mini-projets à forte valeur ajoutée dans le contexte Covid. Tout le monde y gagne. Serge est mobilisé ainsi que ses équipes sur des sujets importants, il y trouve de la reconnaissance, il y a moins de monde en chômage partiel, ce qui est bon pour l’économie du pays me dit-on, et au final, notre entreprise s’y retrouve en proposant à ses clients des services dont elle n’aurait pas eu l’idée au préalable.

Moralité : Serge sait maintenant à quoi il sert. Et c’est mieux pour tout le monde.

___________________

Par Mathieu Flecher, DSI d’une entreprise industrielle française
Mathieu Flecher est le pseudonyme d’un DSI bien réel