Cloud

Agentique, collaboration, drones : Orange Business sort du simple décor souverain

Par Thierry Derouet, publié le 18 mars 2026

La surprise n’est pas qu’Orange Business parle de souveraineté. C’est qu’il ait réussi, au-delà de Bleu, à lui donner du relief : une plateforme agentique conçue pour être gouvernée, une suite collaborative bâtie pour cohabiter avec l’existant, et une offre anti-drones qui part du terrain plutôt que du slogan.

Au Palais Brongniart, pour l’Orange Business Summit 2026, il y avait au moins deux manières d’entrer dans le sujet. Aliette Mousnier-Lompré, CEO d’Orange Business, a choisi le monde tel qu’il vient : instabilité géopolitique, cybermenaces, complexité réglementaire, chaînes d’approvisionnement sous tension. Wassila Zitoune-Dumontet, Directrice Générale Orange Business France, a choisi le terrain tel qu’il répond : résilience, souveraineté, compétitivité. Entre les deux, une même idée s’installait. Les entreprises ne veulent plus seulement savoir où vivent leurs données ; elles veulent comprendre comment leurs services sont opérés, sécurisés, rendus réversibles, et à quel prix elles gardent la main.

À partir de là, la journée ne racontait plus tout à fait l’histoire que l’on croyait. On s’attendait à voir Bleu au centre du jeu, cette alliance avec Capgemini chargée d’habiller Microsoft aux couleurs de la confiance française. C’est Orange Business qui est réapparu. Ses réseaux. Son cloud. Son exploitation. Sa supervision. Son vieux savoir-faire d’opérateur, remis au milieu de la scène.

Le contraste est d’autant plus frappant que Microsoft occupait encore le terrain, la semaine dernière, avec sa séquence « Wave 3 » et la promesse d’Agent 365. Chez Orange Business, le geste est moins ample, moins spectaculaire. Mais il laisse une impression plus solide. Non parce qu’Orange serait devenu plus avancé que Microsoft sur tous les sujets. Ce serait absurde. Mais parce que ce qui a été montré relevait moins de la vision que de l’ouvrage. Des cas d’usage moins brillants, sans doute. Des usages plus réels, surtout.

Live Intelligence Studio, la démo qui ancre l’IA dans le réel

La démonstration qui emporte vraiment le morceau est celle de Live Intelligence Studio. C’est là qu’Orange Business cesse de parler d’IA en général pour parler organisation, responsabilité, coût, supervision. Sur le papier, la plateforme, conçue avec LangChain, doit permettre aux entreprises de concevoir, déployer et gérer des agents IA dans une infrastructure de confiance, avec observabilité de bout en bout, gestion optimisée des coûts, approche modulaire, multi-LLM et open source.

Mais la démo dit davantage. On y voit un agent traiter un mail de sinistre, vérifier les pièces jointes, envoyer une image dans une brique de détection de deepfake, créer un ticket, préparer un brouillon de réponse, puis escalader le dossier vers le juridique si nécessaire. Rien de clinquant. Rien de futuriste au mauvais sens du terme. Juste une chaîne de traitement que l’on imagine très bien trouver demain dans une DSI, un centre d’opérations ou un métier exposé à la fraude documentaire.

Et surtout cette phrase, venue du démonstrateur, qui valait à elle seule une mise au point : « On ne les laisse pas prendre des décisions. » C’est sans doute le point fort de la séquence. Là où une partie du marché vend l’autonomie comme une forme d’horizon naturel, Orange Business montre un agent encadré, surveillé, rappelé à l’ordre par une couche de gouvernance. C’est moins romantique. C’est beaucoup plus crédible.

Coûts, gouvernance, supervision : l’agentique vue par un opérateur

Il faut ici distinguer deux étages. Live Intelligence est la plateforme déjà déployée chez Orange et déjà commercialisée, avec son portail d’accès, sa bibliothèque d’assistants IA et ses usages prêts à l’emploi pour les métiers. C’est elle qui revendique plus de 100 clients, plus de 100 000 utilisateurs et 20 000 assistants en production, avec une tarification d’entrée évoquée pendant la démo à partir de 18 euros par mois pour 10 utilisateurs. Live Intelligence Studio, en revanche, correspond à la couche de conception et de gouvernance : l’environnement dans lequel les développeurs et les équipes IT peuvent construire, orchestrer, administrer et monitorer des agents à l’échelle de l’entreprise. C’est cette brique, encore en cours d’industrialisation, qui sera commercialisée sur un modèle à la consommation d’ici quelques mois.

Un autre détail, plus discret, mérite d’être noté. Dans la démo, les équipes évoquent des intégrations via API et MCP aujourd’hui, avec la possibilité d’en intégrer d’autres si les usages l’exigent. Cela rejoint la ligne défendue publiquement par Orange Business : ne pas s’enfermer dans un écosystème vertical, garder de la réversibilité, préserver une marge de mouvement. C’est aussi là que la comparaison avec Agent 365 et les annonces “Wave 3” de Microsoft devient intéressante. Chez Microsoft, l’ambition est celle d’un plan de contrôle de l’agentique au cœur de l’univers Microsoft 365. Chez Orange, la démarche paraît plus ouverte, plus hétérogène, plus opérateur aussi. Elle n’a pas la même ampleur, mais elle donne le sentiment de partir d’un problème réel avant de devenir un récit.

Live Collaboration, une suite souveraine faite de briques européennes

À côté de cette démonstration, Live Collaboration paraît plus modeste. Il ne s’agit pas ici de la claque technologique du jour. Il s’agit d’un travail d’assemblage. Orange Business propose une suite collaborative souveraine, hébergée en France sur Cloud Avenue SecNum, autrement dit sur son cloud qualifié SecNumCloud par l’Anssi, opéré depuis Grenoble.

Le diagnostic posé par Orange Business n’a rien d’absurde : dépendance à un seul fournisseur, inflation tarifaire, déséquilibre lors des renouvellements contractuels, besoin d’environnements spécifiques pour des populations manipulant des données sensibles, ou encore nécessité de renforcer des plans de continuité d’activité. Vu ainsi, la souveraineté n’est plus un slogan. Elle redevient une variable de négociation, de segmentation et de maîtrise du risque.

Non pas réinventer la bureautique, mais réassembler une alternative

L’intérêt de Live Collaboration n’est donc pas d’annoncer une nouvelle suite miraculeuse. Il est d’assumer que la valeur se situe dans la couture. Les briques, il faut les nommer, justement parce qu’elles disent la nature de l’offre. BlueMind pour la messagerie. eXo Platform pour le digital workplace et le portail collaboratif. Pexip pour la visioconférence. Mailinblack pour la protection de l’email. Linphone pour la téléphonie. OnlyOffice pour la bureautique et la coédition. Orange Business promet ensuite ce qu’il sait vendre depuis longtemps : l’interopérabilité, la cohérence fonctionnelle, le support unifié, l’interlocuteur unique, l’évolution coordonnée de l’ensemble.

La démo allait d’ailleurs dans le même sens. Un intervenant l’a dit assez franchement : certains clients viendront pour challenger un acteur trop monopolistique, d’autres pour disposer d’un plan de continuité totalement différent de leur solution primaire, d’autres encore parce qu’ils ont des populations qui manipulent des données très sensibles. Un autre ajoutait, à propos de l’expérience utilisateur et de l’intégration : beaucoup d’acteurs « vendent des boîtes », quand Orange veut vendre « une solution Orange ».

Sur Live Collaboration, un intervenant assure que l’offre la plus développée ne dépasserait pas 20 euros par utilisateur et par mois. Ces chiffres restent issus de la démo, donc à consolider commercialement, mais ils disent déjà quelque chose du positionnement recherché : pas une offre de niche militante, plutôt une alternative que l’on veut rendre lisible et praticable.

Le prolongement naturel mène vers les alternatives à Microsoft 365 et la fragmentation des suites numériques européennes. Car Live Collaboration ne fait pas disparaître ce problème. Il tente au moins d’y répondre. Là où le marché européen accumule projets, coalitions et fragments de suites sans toujours produire un point de ralliement, Orange Business essaye une réponse opérée : non pas un champion autoproclamé, mais un environnement intégré, hébergé, supporté, administré.

Derrière les annonces, le retour d’un Orange plus industriel

Le fond du sujet est probablement là. Pendant longtemps, Orange Business a pu apparaître comme l’un des véhicules français d’une souveraineté sous licence, très structurée par sa relation à Microsoft et par Bleu. La séquence du 17 mars raconte autre chose. Un Orange qui n’abandonne pas cette voie, mais qui tente aussi de redevenir visible par ses propres offres. Live Intelligence Studio dit : nous pouvons mettre l’agentique sous contrôle dans une infrastructure de confiance. Live Collaboration dit : nous pouvons assembler une suite souveraine européenne sans promettre la lune.

C’est sans doute pour cela que cette journée laisse une impression plus forte qu’attendu. Elle ne repose pas sur une vision totale du futur du travail. Elle repose sur quelque chose de plus rare : des démonstrations où l’on voit déjà les contraintes. Et à ce jeu-là, Orange Business est apparu moins flamboyant que certains de ses rivaux, mais peut-être, pour une fois, plus mature.


Drone Guardian, la sécurité vue d’en haut

Avec Orange Drone Guardian, Nassima Auvray, Directrice Défense & Sécurité d’Orange Business, présente ce qu’Orange décrit comme la première offre européenne de lutte anti-drones « as a Service ». La solution vise les OIV, les OSE, les institutions publiques et les organisateurs de grands événements. Elle détecte, identifie et classe les drones intrusifs en basse altitude en s’appuyant sur une connectivité sécurisée maîtrisée de bout en bout, sur Cloud Avenue SecNum, le cloud qualifié SecNumCloud 3.2 d’Orange, sur un centre de supervision en France opéré 24/7, mais aussi sur les 19 700 sites TOTEM du groupe pour installer les capteurs sur des points hauts déjà disponibles.

Ce que la démonstration rendait plus clair encore, c’est qu’Orange parle ici d’une offre d’abord défensive. Il s’agit de voir, qualifier, alerter, puis laisser des opérateurs experts reprendre la main. C’est sans doute ce qui donne au dispositif sa cohérence : moins un objet technologique de plus qu’une chaîne opérée de détection, de supervision et de réaction. Orange promet déjà une architecture ouverte, capable d’intégrer de nouveaux capteurs, les apports du radio sensing 5G, puis de l’IA et des jumeaux numériques. Là encore, l’idée est limpide : transformer des actifs télécoms en service de sécurité immédiatement exploitable.


À LIRE AUSSI :

Dans l'actualité

Verified by MonsterInsights