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Alternatives à Microsoft 365 : l’abondance retarde les décisions
Par Alain Clapaud, publié le 30 janvier 2026
Avec les incertitudes géopolitiques et leurs impacts sur la souveraineté des données, mais aussi ses hausses de prix, le choix de Microsoft 365 en tant que pivot de la communication d’entreprise pose clairement question en 2025. Des alternatives françaises existent et, selon leurs concepteurs, elles n’ont pas à rougir face à leurs rivales américaines.
Les sanctions prises par l’administration américaine contre Karim Khan, le procureur de la Cour Pénale Internationale de La Haye (CPI), contraint d’abandonner sa messagerie Microsoft 365, ont montré la capacité des USA à faire pression sur leurs entreprises délivrant des services cloud à des Européens.
Ces sanctions unilatérales, et plus globalement les lois extraterritoriales américaines, constituent un véritable risque que les Comex et les DSI doivent gérer. Si l’on y ajoute d’importantes hausses de prix ou encore l’arrêt du support de SharePoint 2019 on-premise en 2026 qui va contraindre ses utilisateurs à opter, là aussi, pour les souscriptions, la recherche d’alternatives à Microsoft 365 est plus que jamais d’actualité.
En 2023, le gouvernement français a désigné trois consortiums pour constituer des offres intégrées capables de tenir la dragée haute à 365. Ces trois entités réunissent un total de 18 éditeurs et sont portées par Wimi, Interstis et Jamespot.
Ce dernier est le leader du consortium CollabNext. Alain Garnier, fondateur de l’éditeur, résume l’intérêt de cette démarche : « Nous avions déjà de nombreux éléments pour concurrencer la plateforme Microsoft, mais il nous manquait certains composants. Ce financement de France 2030 va nous permettre de répondre à la demande des clients qui se porte aujourd’hui en faveur des offres unifiées. »
Wallix apporte ainsi à CollabNext le volet gestion des comptes utilisateurs et sécurité, le lyonnais Alinto la plateforme e-mail, et Outscale les infrastructures cloud. « De fait, si on regarde le scope fonctionnel des différents forfaits Microsoft 365, nous avons une application à placer en face de chacun. »
Alain Garnier
Fondateur et PDG de Jamespot
« Même les grands comptes cherchent des alternatives » « Nous sommes de plus en plus sollicités par des entreprises et des organisations qui cherchent une alternative à Microsoft 365, qui détient 80 % de parts de marché. Les DSI se posent des questions visà- vis de leur dépendance par rapport aux GAFAM, mais sont aussi confrontés à de brusques augmentations de prix. Nous avons des rendez-vous avec des grands comptes qui nous disent que Microsoft va leur infliger une augmentation de 30 % de leur facture Microsoft 365 et qui se demandent quelles sont désormais leurs options. »
Autre consortium à bénéficier du soutien de France 2030, Hexagone, mené par Interstis, dont la solution collaborative est notamment exploitée par Resana, la plus grosse plateforme interministérielle de travail collaboratif. Elle regroupe aujourd’hui 700 000 agents d’État, et est opérée par Interstis pour le compte de la Dinum.
Dans le cadre d’Hexagone, elle est complétée par la messagerie BlueMind, et la messagerie instantanée et la téléphonie Linphone de Belledonne Communication. La suite logicielle est enrichie par la technologie de chiffrement de bout en bout de Parsec, ainsi que par CryptPad, le fork d’OnlyOffice créé par XWiki. L’annuaire et la gestion des terminaux de Tranquil-IT seront intégrés début 2026. Enfin, le fournisseur cloud Outscale assure l’hébergement de la plateforme, avec la possibilité de la déployer en zone sécurisée SecNumCloud si l’utilisateur le souhaite.
Thomas Balladur, CEO d’Interstis, souligne : « Nous devons toujours nous battre contre cette crainte qu’il y ait des écarts fonctionnels entre l’offre souveraine et la suite bureautique Microsoft. Il faut convaincre que pour 98 % des usages, il n’y a plus d’écart. Les 2 % restants, ce sont les utilisateurs avancés de macros Excel complexes ou ceux qui ont développé des applications métiers en VBA au-dessus d’Office. Il faudra conserver quelques licences Microsoft pour eux. »
Pour amener les collectivités et les entreprises à franchir le pas, le CEO mise sur la modularité de la plateforme : « Il est très compliqué pour les grandes organisations de tout changer d’un coup. Parfois, celles-ci vont démarrer par la migration de la messagerie les six premiers mois, puis passer à la partie collaborative dans un deuxième temps. »
Thomas Balladur explique que si Hexagone a pour objectif d’être une suite complètement intégrée, celle-ci reste modulaire : « Nous avons une brique en face de chaque brique Microsoft avec, au-delà de la souveraineté et de la sécurité, des prix au moins 30 % moins élevés que ceux de la firme de Redmond. »
Outre les trois projets aidés par France 2030, l’écosystème des éditeurs français sur le collaboratif a toujours été dynamique et il existe de nombreuses alternatives à Microsoft 365 : on peut citer TNO (Territoires Numériques Ouverts), une solution dédiée aux collectivités qui a été choisie par la ville de Lyon, mais aussi Talkspirit, Jalios, Whaller, Kantree et eXo Platform.
Ces acteurs affrontent Microsoft depuis des années sur ce marché, avec quelques succès. Benjamin Mestrallet, CEO et fondateur d’eXo Platform, souligne : « Pour des organisations qui veulent quitter Microsoft 365 et qui en ont un usage basique, la migration est relativement simple. Et d’ailleurs, la région Occitanie a migré 6 000 personnes en six mois entre le moment de la signature et la mise en production. Lorsque le projet est plus complexe, qu’il y a de multiples sites SharePoint, cela nécessite un accompagnement par des intégrateurs. »
Benjamin Mestrallet
CEO et fondateur d’eXo Platform
« Le plus compliqué reste de convaincre le management qu’il existe une alternative viable à Microsoft 365, voire meilleure. Mais les DSI qui assistent à une démonstration nous confient qu’ils n’imaginaient pas que l’on pouvait faire mieux. Et du côté des usagers, la conduite du changement est facilitée car la plateforme est très simple à utiliser. »
Le responsable souligne que le niveau d’investissement est modeste car le coût de souscription de licence diminue dès la première année, et les coûts d’exploitation sont beaucoup moins élevés les années suivantes. « Le ROI s’est opéré dès l’année 1 pour la région Occitanie et entre les années 2 et 3 pour les projets les plus complexes », conclut Benjamin Mestrallet.
Cette pléthore de choix est peut-être le talon d’Achille des éditeurs français : il n’y a pas une alternative unique à Microsoft 365, mais de multiples. Même les services de l’État et les collectivités locales n’ont pas choisi leur champion, et cette dispersion joue clairement contre l’écosystème national.
En l’absence de géant du logiciel français ou européen capable de consolider le marché et de se dresser face aux éditeurs américains, nos représentants doivent donc pour l’instant se partager les miettes laissées par Microsoft.
« Les bénéfices en termes de coûts sont les plus convaincants »

« Migrer reste compliqué. S’il n’y a pas une contrainte réglementaire qui impose le choix d’une offre souveraine, le DSI doit argumenter auprès de sa direction pour prendre la décision de quitter Microsoft 365. Ce sont les bénéfices en termes de coûts les plus convaincants. Les hausses de prix passées par Microsoft et une projection à trois ans permettent d’évaluer les bénéfices réalisables de façon plausible. Migrer demande cependant des compétences et un accompagnement pour élaborer un plan réaliste. Il faut notamment analyser les macros et le code VBA développés par les métiers pour les fichiers Excel. Puisque ce volet de conduite du changement ne peut être négligé, le mieux est d’embarquer les métiers dans le projet le plus tôt possible et de trouver les ambassadeurs qui évangéliseront les autres. »
Olivier Clément, DSI / manager de transition
Cet article constitue la quatrième partie de notre dossier « Et si les DSI se libéraient de l’emprise des fournisseurs IT« .
Première partie : Un combat long mais nécessaire
Seconde partie : Broadcom / VMware : après le cauchemar, les réveils ?
Troisième partie : Se « détacher » des offres des CSP
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