Selon le cabinet McKinsey, le marché global de l’IoT a affiché une croissance de 29 % en 2020, et ce malgré la crise sanitaire qui a affecté l’ensemble de l’économie mondiale. Derrière ce résultat enthousiasmant se cache une autre réalité : seuls 12 % des projets IoT auraient totalement atteint leurs objectifs. Une proportion suffisamment faible pour potentiellement impacter les espoirs et les promesses de l’IoT à plus long terme, les perspectives faisant miroiter quelques 75 milliards d’objets connectés à l’horizon 2025.

Quelles sont donc les raisons qui font que 88 % des projets n’atteignent pas le ROI escompté, et comment faire pour atteindre le but initialement fixé ?

PENSER AU PASSAGE À L’ÉCHELLE DÈS LE DÉBUT

Pour commencer, il est utile de rappeler que le marché de l’IoT français, très dynamique, repose sur le foisonnement d’un grand nombre de petits projets, non seulement dans les PME, mais aussi dans les grands groupes. Cette tendance se retrouve également au-delà de nos frontières. Or, ce qui fait le succès et le nombre de ces premiers projets IoT, qu’on les appelle POC ou pilotes, contient bien souvent les gènes de leur échec ultérieur.

Les ingrédients du succès d’un premier projet IoT se présentent ainsi : unicité du cas d’usage ; faible nombre de capteurs (de l’ordre de quelques centaines) répartis sur un nombre limité de fabricants ; homogénéité voire unicité des protocoles de communication (un seul opérateur par exemple) ; pas d’intégration avec le SI (les données restent sur la plateforme IoT). Ces faibles contraintes encouragent le choix d’une technologie peu coûteuse, généralement fournie soit par l’opérateur, soit par le fabricant de capteurs, soit encore par une start-up sur le vertical considéré. Le ROI est établi rapidement sur ces bases simplifiées.

Le passage à l’échelle industrielle remet en cause l’ensemble du contexte : les métiers auront par exemple besoin d’intégrer la géolocalisation des objets avec l’ERP qui gère les stocks ainsi qu’avec le CRM qui permet de réconcilier les mouvements avec les commandes clients. Le cas d’usage devra sans doute être étendu à d’autres sites, parfois non couverts par l’opérateur retenu pour le pilote.

Dans cette dynamique de croissance, le nombre d’objets va passer à quelques milliers, voire dizaines ou centaines de milliers, avec la multiplicité des sites, ayant pour conséquence le recours à de nouveaux fournisseurs et la gestion de nouvelles contraintes de sécurité. La plateforme IoT sélectionnée en phase pilote n’ayant pas été choisie sur la base de ces critères de scalabilité et de diversité, des développements supplémentaires longs et coûteux vont s’avérer nécessaires pour tenter de faire face en mode non Agile. Si le projet survit, le ROI devra dans tous les cas être revu – à la baisse. C’est cet enchaînement implacable qui conduit 88 % des clients à avouer un échec total ou partiel de leur projet IoT.

INCLURE LA PERSPECTIVE CLIENT ET PRIVILÉGIER UN SYSTÈME OUVERT ÉVOLUTIF

La clé du succès existe pourtant bien, puisque 12 % des projets l’ont trouvée. Elle repose sur deux conditions fondamentales : l’une organisationnelle ; l’autre technologique. Tout d’abord, la gouvernance du projet doit regrouper, de manière holistique, l’ensemble des intérêts de l’entreprise : des architectes jusqu’aux responsables produits, en passant par les commerciaux et les services après-vente.

Comment en effet envisager la création de services digitaux à valeur ajoutée sans inclure, ab initio, la perspective client ? Le chief digital officer d’une société de machines frigorifiques confiait ainsi récemment l’arrêt brutal du déploiement de machines connectées chez un gros client du fait de l’impossibilité d’utiliser leur réseau privé et de l’absence d’alternative technique économiquement viable en phase finale. Le point de vue de la force commerciale, si elle avait été consultée, aurait sans doute permis d’identifier la difficulté et de contourner cette contrainte technique dès le début du projet.

L’autre condition repose sur le choix de la plateforme IoT. Des centaines de solutions existent sur le marché, mais seule une poignée d’entre elles offre les caractéristiques nécessaires pour faire évoluer un premier projet vers sa phase de maturité industrielle en permettant également la consolidation des projets. La technologie retenue doit être agnostique, en termes de protocoles, d’objets, d’infrastructure IT. Elle doit être distribuée, c’est-à-dire présente aussi bien en central qu’en déporté, afin de s’adapter à la topologie de l’outil industriel et de le couvrir dans son intégralité. Elle doit être intuitive, faite pour les métiers comme pour les développeurs, et doit savoir gérer de manière sécurisée l’ensemble des utilisateurs. Elle doit enfin proposer une capacité d’intégration sans faille avec les services externes disséminés dans un cyberespace hybride afin que les données objets puissent vraiment être valorisées de bout en bout.

Le ticket d’entrée d’une telle démarche sera sans doute plus élevé qu’une approche simplifiée, mais le ROI ultime en sortira grand gagnant.


Par Emmanuel Privat, IoT Business Development, Software AG