Gouvernance
Béatrice Kosowski (IBM) : « Il est crucial d’avoir des rôles modèles et du mentorat pour encourager les femmes »
Par Thierry Derouet, publié le 26 juillet 2024
Plutôt pudique et réservée, Béatrice Kosowski, présidente d’IBM France depuis 2020, incarne une vision où l’innovation technologique se marie harmonieusement avec l’humain. Forte d’un parcours inspirant, elle met en avant la bienveillance d’IBM, son engagement envers la diversité et l’inclusion, et sa détermination à utiliser l’IA de manière responsable.
Béatrice Kosowski, présidente d’IBM France depuis octobre 2020, incarne une figure emblématique du leadership féminin dans le secteur technologique. Plutôt pudique et réservée, elle préfère souvent mettre en avant ses collaborateurs plutôt que de parler d’elle-même. « Nous avons des équipes exceptionnelles qui repoussent les limites de l’innovation. Christine, qui est aujourd’hui ma directrice de cabinet, et moi, nous nous sommes rencontrées dans un autre contexte professionnel. Ces relations profondes et de confiance que nous tissons sont notre plus grande force », confie-t-elle.
Une carrière bâtie sur l’innovation et l’engagement
Diplômée de l’ESSEC en 1987, Béatrice Kosowski rejoint IBM en 1994 après avoir fondé et développé une start-up dans le domaine du marketing. Forte d’une expérience riche et variée, elle a gravi les échelons au sein du groupe, occupant divers postes à haute responsabilité. Son parcours l’a menée de la direction des ventes logicielles aux PME-PMI pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique, à la présidence d’IBM France Financement, puis à la vice-présidence d’IBM Global Financing pour l’Europe du Sud. En 2015, elle est nommée directrice générale France de l’entité Global Technology Services, en charge des services informatiques et de la maintenance.

Cette trajectoire professionnelle exemplaire, Béatrice Kosowski l’a menée avec une constante : une passion pour la technologie et pour l’humain. « Ce qui me passionne le plus, c’est de voir comment nous pouvons utiliser la technologie pour créer de la valeur concrète pour nos clients. J’aime voir nos équipes collaborer pour trouver des solutions innovantes aux défis complexes », souligne-t-elle avec enthousiasme.
La bienveillance d’IBM et l’accompagnement personnel
Béatrice Kosowski pointe également l’importance du soutien qu’elle a reçu tout au long de sa carrière chez IBM. « J’ai été bien entourée et j’ai bénéficié de beaucoup de bienveillance, marque d’IBM. Cela m’a permis de progresser et de m’épanouir dans mon parcours professionnel. » Un exemple marquant de cette bienveillance est lorsqu’elle a dû déménager pour suivre son mari. « J’étais enceinte de la première, et le papa de mes filles a eu une opportunité professionnelle à Toulouse. J’ai dit “d’accord, allons-y’, sans visibilité à l’arrivée. IBM m’a trouvé un job à Toulouse. J’ai travaillé 7 ans sur la région, et après, j’ai eu des promotions et des jobs basés à Paris ou à l’étranger. Si je n’avais pas eu cette mobilité et cette acceptation culturelle, jamais je n’aurais pu me retrouver avec ce niveau de responsabilité. »
L’importance de la diversité
Son engagement pour la diversité et l’inclusion se manifeste également par son soutien au leadership féminin et à la neurodiversité. Béatrice Kosowski a été membre du comité consultatif d’Auticonsult France, la première entreprise de services numériques en France à employer spécifiquement des personnes en situation d’autisme. « L’inclusion des personnes en situation de handicap et la neurodiversité sont des priorités pour moi. Nous devons promouvoir un environnement de travail inclusif où chacun peut contribuer et prospérer », déclare-t-elle.
Elle met également en lumière l’importance de l’équilibre entre les genres dans le secteur technologique. « En France, parmi les personnes aux manettes pour prendre des décisions sur l’IA, seulement 22 % sont des femmes, contre une moyenne européenne de 32 %. Nous avons encore un long chemin à parcourir pour atteindre la parité », affirme-t-elle. « Il est crucial d’avoir des rôles modèles et du mentorat pour encourager les femmes à viser des postes de direction. Il y a encore trop peu de femmes dans la tech. C’est un enjeu d’équité, d’innovation et de créativité. »
Le rôle de l’IA et la voie de l’innovation
Pour Béatrice Kosowski, l’innovation technologique doit toujours être au service de l’humain. « L’IA sans diversité peut entraîner des biais graves. Nous devons nous assurer que nos technologies sont inclusives et reflètent une variété de perspectives. Le progrès fait partie de nous, et le vrai sujet est comment l’homme et la femme activent leur responsabilité pour faire des choix éclairés », affirme-t-elle.
Elle reconnaît également les défis liés à l’adoption de l’IA : « Aujourd’hui, il y a trois freins à l’adoption de l’IA : le ROI, la qualité des données et les risques. Nous travaillons activement pour surmonter ces obstacles en développant des outils qui assurent la qualité des données et la gouvernance des modèles IA », explique Béatrice.
Pour illustrer l’impact pratique de l’IA, elle cite un exemple chez Air Canada : « Un chatbot avait promis un remboursement à un client en dépit de la politique de l’entreprise, ce qui a conduit à une situation délicate. Cela montre l’importance de bien piloter l’IA et de s’assurer qu’elle est correctement alignée avec les politiques et les attentes humaines. »
IBM et l’IA : entre peur et innovation
Dans les années 1960, IBM avait suspendu brusquement ses travaux de recherche en IA par peur que les postes de managers soient remplacés par des machines. C’était également une réponse aux craintes de leurs clients, inquiets de perdre leur rôle de gestionnaires. Béatrice Kosowski rappelle le long chemin parcouru par IBM en matière d’IA et d’innovation. « Ce qui est intéressant, c’est de voir comment IBM a évolué au fil des décennies. Aujourd’hui, nous sommes en mesure d’activer pleinement la puissance de l’IA, de la Gen AI et du quantique grâce aux progrès réalisés dans d’autres domaines technologiques », explique-t-elle.
Elle souligne l’importance de la gouvernance et de la gestion des risques dans l’adoption de l’IA. « Nous avons développé une boîte à outils qui identifie et corrige les biais automatiquement, surveille que le modèle ne dérape pas, et assure la conformité aux réglementations. Cette tour de contrôle est essentielle pour toutes les IA, pas seulement celles d’IBM », affirme-t-elle.
IBM c’est une histoire, une vision et des engagements
Béatrice Kosowski met également en avant la longue histoire d’IBM, une entreprise qui fête ses 112 ans dans le monde et 110 ans en France. « IBM a toujours été un pionnier en matière de diversité et d’inclusion. Dès 1933, nous avons déclaré l’équité de traitement pour tout le monde, et nous le faisons sérieusement. Ce que je ressens, c’est de l’authenticité. Nous n’avons pas toujours été hyper communicants sur ce que nous faisions, maintenant nous le sommes beaucoup plus, car nous voyons que nous avons une voix et que cela peut aider », affirme-t-elle.
Sous sa direction, IBM France consacre 5,7 % de sa masse salariale au développement des compétences, un investissement crucial pour la motivation et l’engagement des collaborateurs. « Chez IBM, nous avons lancé plusieurs initiatives, y compris des programmes de reconversion pour les femmes au foyer et des formations gratuites en IA pour les plus de 18 ans. Nous devons attirer des talents diversifiés pour éviter les biais dans nos projets d’IA », explique Béatrice Kosowski. Elle insiste sur l’importance de la formation continue, un principe inspiré par Ginni Rometty, ancienne présidente mondiale d’IBM, qui a instauré le programme « Think 40 ». « Je me souviens quand Ginni Rometty a introduit ce concept, elle montrait l’exemple en consacrant des vendredis entiers à se former et à former ses équipes. Cela a eu un impact énorme et a renforcé notre culture d’apprentissage », se remémore Béatrice.
L’IA et l’emploi
L’un des défis les plus importants qu’IBM et d’autres entreprises technologiques doivent relever est la peur que l’IA entraîne une destruction massive d’emplois. Béatrice Kosowski aborde ce sujet avec pragmatisme et optimisme. « Factuellement parlant, le numérique est créateur net d’emplois. Il suffit de regarder les chiffres. L’automatisation et l’IA vont automatiser des tâches, mais cela ne signifie pas la disparition des emplois. Un job est un regroupement de tâches, de savoir-faire et de comportements. Certaines tâches peuvent être automatisées sans que le job soit entièrement remplacé », explique-t-elle.
Elle ajoute que pour les emplois totalement automatisables, il est crucial de réorienter et de former les personnes concernées. « Il faut aller très loin sur les formations et la dynamique des formations. C’est un chantier continu de se remettre en question et de développer ses compétences. IBM investit dans des modélisations de l’impact de l’IA sur les rôles et les emplois, et nous travaillons à aider nos collaborateurs à évoluer », précise Béatrice.
Être ouvert d’esprit, le midset d’IBM
Béatrice Kosowski insiste également sur l’importance de la diversité des parcours et de l’ouverture d’esprit dans le secteur technologique. « Il faut démystifier le côté “c’est PhD ou rien“. Nous avons besoin de compétences variées et d’expériences différentes. C’est pourquoi je fais un appel aux femmes au foyer qui ont envie de retravailler. La reconversion marche très bien dans le domaine du numérique et il y a des opportunités extraordinaires », souligne-t-elle.
Une femme engagée
Béatrice Kosowski sponsorise personnellement trois missions au sein du Comité Exécutif d’IBM France : la transformation d’IBM en France, le développement des talents et la promotion de l’inclusion et de la diversité. Elle est également membre du conseil d’administration de Numeum et du Conseil d’orientation stratégique de l’université Paris-Saclay.
Maman de deux grandes filles, Béatrice Kosowski est une dirigeante animée par l’esprit d’équipe et de corps, le management positif, et la création de valeur concrète pour les clients d’IBM. « Ayez confiance en vous et n’ayez pas peur de viser des postes de direction. Entourez-vous de mentors et cherchez des rôles modèles. La diversité est une force, et votre perspective unique est nécessaire pour innover et faire avancer le secteur technologique », conseille-t-elle aux jeunes femmes aspirant à une carrière dans la tech.
5 questions posées à Béatrice Kosowski
1. Quelle est la qualité professionnelle que vous appréciez le plus ?
La capacité à rayonner et à mobiliser.
2. Quel est le défaut que vous trouvez le plus rédhibitoire dans le milieu professionnel ?
Le manque d’éthique ou la malhonnêteté et la brutalité.
3. Quel est votre plus grand accomplissement professionnel ?
La croissance d’IBM France avec la création de valeur reconnue par nos clients et nos partenaires, et notre attractivité auprès de nos équipes France.
4. Quelle est votre plus grande ambition dans votre carrière ?
Faire en sorte qu’IBM continue d’être l’entreprise de technologie préférée de nos clients, de nos partenaires et des talents du numériques.
5. Quel conseil donneriez-vous à un jeune professionnel entrant dans votre secteur ?
Cultivez votre audace et travaillez votre impact positif.
