Emploi IT en PACA : la tech prend sa place au soleil

Gouvernance

Beau temps pour l’emploi IT en PACA

Par Patrick Brébion, publié le 30 juin 2026

Présence d’un hub télécom important, digitalisation du secteur maritime, production de semi-conducteurs, et surtout R&D se conjuguent et dynamisent depuis plusieurs années un secteur IT morcelé. En outre, la région attire toujours plus. Tous les voyants sont au vert.

Le numérique n’est pas spontanément le secteur économique qui vient en tête lorsqu’on pense à la région PACA ou à Marseille. Mais le constat évolue au vu de la dynamique actuelle. Président du CIP – Club Informatique Provence Méditerranée –, l’association professionnelle IT de la région, Stefan Guidarini confirme : « Même en l’absence de grands acteurs, la filière IT est en développement. Elle se porte plutôt bien. »
Une progression en cours qui remonte à plus d’une dizaine d’années. La banalisation d’Internet a en effet boosté le rôle de Marseille en tant que hub télécom pour des raisons géographiques.

Aujourd’hui, 19 câbles sous-marins dédiés, très majoritairement en provenance d’Afrique, du Moyen Orient et d’Asie, y arrivent et font de la ville l’un des premiers hubs numériques au niveau mondial, le 6e en termes de trafic. Outre l’impact direct sur la croissance du secteur télécom avec des acteurs comme Digital Realty ou encore Jaguar Network, aujourd’hui Free Pro, cette croissance a dans la foulée stimulé la construction de data centers, « qui ont l’avantage d’apporter plus de souveraineté », avance Samuel Masson, directeur du cabinet de recrutement IT Omniciel. En 2021, Oracle avait ainsi choisi Marseille pour son premier centre de données en France.

Bémol tout de même, le développement de ces data centers a été si rapide qu’aujourd’hui, « pour des raisons écologiques, un moratoire sur la construction de nouveaux sites est demandé par certains élus », rapporte Stefan Guidarini. Pour un heureux contrepoids, en parallèle, le secteur maritime a ouvert d’autres opportunités au numérique. Le port de Marseille Fos multiplie depuis quelques années des projets de digitalisation. Selon Samuel Masson, également membre du bureau du CIP, « le secteur logistique maritime est aujourd’hui un véritable écosystème IT à lui tout seul, avec CMA CGM, le port de Marseille Fos et les sièges d’éditeurs de logiciels du secteur comme MGI. »

Moins visible, la microélectronique est également bien présente en PACA. C’est le deuxième pôle français de production de semi-conducteurs avec la présence d’entreprises comme STmicroelectronics, Qualcomm… L’activité inclut la conception, le hardware, les IoT, les semi-conducteurs, et repose également sur une présence de centres de recherche et de formations spécialisés. Selon Provence Promotion, l’agence d’attractivité économique de la Métropole Aix-Marseille Provence et du Pays d’Arles, cette activité représente plus de 100 entreprises, dont une soixantaine implantées dans les Bouches-du-Rhône pour environ 10 000 emplois.

Une présence industrielle marquée

En dehors de ces secteurs, si peu de grands éditeurs ou d’ESN ont leur siège social dans la région, mais sont présents localement souvent avec des bureaux à Sophia-Antipolis, quelques acteurs moyens, notamment dans le secteur de la santé avec le Groupe Softway Medical et Enovacom, sont bien implantés. Ces deux éditeurs emploient à eux deux plus de 1 500 salariés.

Et surtout, beaucoup d’industriels de poids sont présents localement, « bien que cela soit souvent peu connu », regrette Samuel Masson. Ils ont des équipes IT conséquentes. Il s’agit entre autres de Thales Digital Identity and Security (ex-Gemalto), d’Airbus Helicopters, d’Amadeus, de Naval Group, sans oublier le site du CEA à Cadarache, la Marine nationale dans la région de Toulon et quelques acteurs internet comme Voyages privés ou Allopneus. Cette dynamique se retrouve dans les chiffres de l’emploi IT.

Le secteur emploie dans la région « 150 000 à 160 000 personnes, dont environ la moitié en interne dans les entreprises et l’autre chez les prestataires. Les deux gros bassins d’emploi sont Aix- Marseille, à hauteur de 90 000 et Sophia-Antipolis avec 37 000 postes », détaille Samuel Masson.

Si l’on restreint le périmètre aux sociétés travaillant dans le numérique, RisingSUD, l’agence d’attractivité et de développement économique de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, estime à 22 000 le nombre d’entreprises tech pour environ 70 000 emplois sur la région. Les seuls secteurs logiciels et services numériques représentent plus de 1 500 entreprises et environ 21 000 emplois. Des chiffres qui dépendent bien sûr des nombreux modes de classification, Kompass, code NAF…

La R&D comme moteur

La R&D est un autre moteur pour l’IT de la région. Sophia-Antipolis dans les Alpes-Maritimes est la première technopole en Europe. Au sein des 2 700 entreprises sur le site, on compte 5 500 chercheurs pour des recherches qui font la part belle à l’IA, à la cybersécurité, à la mobilité et aux biotech. En dehors de ce site, « beaucoup de centres d’excellence existent, mais on ne sait pas qu’ils sont dans le Sud », constate Samuel Masson. De fait, quatre French Tech sont présents dans la région, comme la French Tech Côte d’Azur à Nice ou la French Tech Aix-Marseille Région Sud.

Outre ces structures, Marseille compte French Smart Port in Med. Financé par la CCI et la collectivité, ce cluster associe le public, le privé, et soutient des start-up pour construire des ports plus écologiques, en grande partie avec le recours au numérique. La région compte également plusieurs pôles de compétitivité dans la tech comme Aktantis/SCS, présent dans l’identité numérique, la photonique… L’intelligence artificielle est aussi motrice. Elle fait l’objet de centres spécialisés comme l’institut 3iA Côte d’Azur, porté par l’Université éponyme et dédié aux applications d’IA pour la santé et les territoires intelligents. Cet institut fait partie du réseau français des Instituts Interdisciplinaires d’Intelligence Artificielle. Il est financé dans la cadre du programme France 2030. Plusieurs grandes entreprises privées contribuent également à ces développements. L’un des leaders du transport maritime, CMA CGM, finance un incubateur international dénommé ZeBox depuis 2018, comprenant des dizaines de start-up. Parallèlement aux centres de R&D, des écoles spécialisées ont déjà ouvert ou ouvrent leurs portes, comme thecamp à Aix-en-Provence, Simplon, La Plateforme… Code4sud regroupe neuf écoles de formation pour les métiers liés à Internet.

Une région de plus en plus attractive

Le Sud attire plus qu’avant, et « la Covid a renforcé cette tendance », rappelle Stefan Guidarini. Ce, même si, « Marseille souffre encore d’une image pas toujours positive, pour ses embouteillages et ses problèmes de sécurité », pondère-t-il. Des désagréments a priori contrebalancés par ses avantages évidents, le soleil et la nature.

Autre bémol, « l’écosystème est riche, mais il reste difficilement lisible de l’extérieur. En particulier à cause de l’étendue du territoire avec de nombreuses spécialités par pôle géographique : Marseille-Aix, Sophia-Antipolis, Toulon, Avignon… ». Ce qui n’empêche pas le marché de l’emploi IT de poursuivre sa croissance. « À elle seule, la métropole Aix Marseille crée 1 500 emplois tech nets par an. Même si le ralentissement est réel depuis 2025, le secteur résiste très bien, les PME du territoire sont résilientes, assure Samuel Simon. Il est désormais possible de faire toute sa carrière dans le Sud sans passer par la région parisienne. »

Aujourd’hui, sans réellement parler de pénurie, des tensions sont constatées sur quelques profils, comme les devOps, ou encore des profils spécifiques de développeurs, même si « l’accès au premier job est plus compliqué pour les jeunes diplômés en IT. »
Au final, emmené par la R&D et plusieurs industries, le secteur IT semble avoir pris sa place au soleil en PACA.


400 adhérents au CIP

Le CIP compte 400 adhérents, DSI, RSSI… pour 200 entreprises réparties au sein de deux collèges, utilisateurs et prestataires. Il fonctionne exclusivement avec des bénévoles, « un choix pour rester indépendants », précise Stefan Guidarini. Le club participe ou organise une quarantaine d’événements professionnels par an. Il a créé des liens avec les organisations nationales du domaine comme le CRIP, le CLUSIF ou encore le CESIN, et participe à leurs événements. Il est également actif sur les réseaux et compte quelques 6 000 followers sur LinkedIn.
www.cip-paca.org


DOSSIER : Les régions, nouvelles terres d’opportunités pour l’IT

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