Toujours à la pointe ! C’est le mot d’ordre de Bernard Barbier, 60 ans, ancien de la DGSE et nouvel homme fort de la cybersécurité chez Sogeti depuis le début de l’année.

L’homme est sympathique, avec un contact direct et une carrure de rugbyman. Derrière son sourire de play-boy à la James Bond, le nouveau conseiller spécial pour la cybersécurité et la cyberdéfense de Sogeti dissimule toutefois bien des secrets. Mais il sait aussi divulguer certains renseignements.Né en 1953 dans le Gâtinais, Bernard Barbier intègre Centrale Paris en 1973 pour les maths d’abord. Mais il s’intéresse aussi à la physique, et c’est au CEA (Commissariat à l’énergie atomique) en 1976, qu’il fait ses armes sur la physique du plasma. Ses travaux 
le mènent à utiliser les premiers outils informatiques et de simulation. Une compétence qui lui ouvre les portes de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) : celle-ci vient d’acquérir un Cray One et le recrute pour programmer le supercalculateur. « C’était une bonne idée, reconnaît-il. La machine coûtait plus d’une centaine de millions et a été amortie un mois après mon arrivée. »
 
Nouvel élan dans sa carrière en 1996, Bernard Barbier retrouve le CEA. Et plus précisément le LETI (Laboratoire d’électronique et de technologies de l’information) où il travaille sur les nanotechnologies sans pour autant laisser tomber l’informatique, et notamment la cryptographie. Pour preuve, en 2000, il devient DSI du CEA. Avant de retourner au LETI, et revenir en 2006… à la DGSE ! « C’était à la direction technique, sur des projets d’analyse après traitement massif de données sensibles », précise Bernard Barbier. Ce que dit moins ce grand fan de rugby, c’est qu’à la DGSE, il occupait un poste en première ligne pour comprendre les cyberattaques sur les ministères et à l’Élysée… Une expérience utile pour les grands comptes clients de Sogeti qu’il vient de rejoindre. Utile, mais déclinable selon quelle stratégie ? « Je connais depuis des années Luc-François Salvador, le patron de Sogeti. Et ce groupe occupe une place majeure sur le marché de la cybersécurité, qui croît de 30 % par an. Notre problème c’est de trouver les hommes, les experts capables de soutenir une telle croissance pour accompagner nos clients sur les marchés de demain : cloud computing, mobilité et sécurité. » Qu’a-t-il appris à la DGSE ?  « une chose importante : vouloir pour pouvoir. » Sa volonté, c’est de proposer à la direction de son nouveau groupe de se renforcer dans le pôle cybersécurité, mais aussi sur les volets innovation et formation. Comme développer une offre de cloud privé dont les données « seraient totalement hébergées en Europe ». Mais Bernard Barbier est aussi bien conscient que près de 80 % des clients de Sogeti ont le statut d’opérateurs d’importance vi-
tale (OIV), dont les infrastructures ont, plus que d’autres entreprises ou administrations, besoin d’être sécurisées. « Il nous faut former au plus vite des équipes spécialisées en cyberdéfense, c’est vital » explique-t-il. Un nouveau challenge pour cet amateur de course à pieds qui pratique chaque jour 45 minutes en écoutant de l’opéra.

J.-P. Bichard