Dans les TIC, plusieurs pôles de compétitivité sont en course pour la création d’instituts de recherche technologique (IRT), sous la houlette de l’État. Mais les places sont chères et la compétition rude.

En novembre dernier, le gouvernement a lancé un appel à projets pour la création d’Instituts de recherche technologiques (IRT) qui permettront, à certains pôles de compétitivité, de se spécialiser dans un domaine R&D particulier. Il est prévu de créer au maximum six IRT en France, tous domaines d’activité confondus. Leur financement sera à la fois public et privé. Pour cela, ils pourront s’appuyer sur une enveloppe de deux milliards d’euros, sur dix ans, issus des  Investissements d’avenir (i.e. le grand emprunt). Le processus de sélection est actuellement en cours. Bertrand Guilbaud, directeur général du pôle Images & Réseaux, l’un des compétiteurs, nous explique sa stratégie.

01netPro : Concrètement, qu’est-ce qu’un IRT et à quoi sert-il ?

Bertrand Guilbaud : C’est un organisme qui coordonnera des projets collaboratifs de R&D, de manière concentrée et intensive, dans un domaine particulier. C’est très différent d’un pôle de compétitivité. Ce dernier est implanté au niveau d’un grand territoire et couvre un champ thématique relativement large. Il ne finance pas directement les projets, mais leur attribue un label. Ensuite, il revient à chaque participant de se débrouiller pour trouver des fonds, publics ou privés. Dans ce type de projet, les gens travaillent à distance et se synchronisent de temps en temps.

L’IRT, au contraire, va rassembler, dans un lieu unique, des chercheurs issus d’horizons divers – laboratoires, écoles, PME, grandes entreprises – pour travailler ensemble sur des projets qui seront définis à l’avance, au travers d’une feuille de route. A ce titre, l’IRT disposera d’un vrai budget de financement et d’une gouvernance unique. C’est une manière beaucoup plus intégrée de faire de la recherche. La collaboration n’est pas virtuelle : les personnes consacreront au moins 50 % de leur temps dans cet espace.

Combien d’IRT y aura-t-il dans le domaine des TIC ?

Sur les six IRT prévus, un ou deux devraient être créés dans les TIC. Parmi les pôles de compétitivité mondiaux qui œuvrent dans ce domaine, plusieurs ont déposé un dossier, dont Capdigital, Systematic et nous. Chacun défendra son dossier au cours du mois d’avril. Les résultats devraient être connus d’ici à fin juin.

Nous pensons avoir de bonnes chances avec notre projet d’IRT. Baptisé B-Com, il est le seul qui soit orienté à la fois réseaux ET contenus. Trois programmes directeurs ont d’ores et déjà été définis : Rice pour le développement des infrastructures de réseaux convergents ; Icube pour la recherche sur l’évolution de contenus multimédia ; TIC et Société sur les usages et les applications des technologies. B-Com démarrera avec 200 chercheurs et un bâtiment de 6 000 mètres carrés. Le budget opérationnel atteindra 500 millions d’euros sur dix ans. L’origine du financement est répartie équitablement entre le public et le privé, comme le prévoit le cadre de fonctionnement des IRT.

Qui sont les sponsors de B-Com et quel est le mode de gouvernance prévu ?

Outre le pôle Images & Réseaux, les principaux acteurs engagés dans B-Com sont quatre grandes entreprises – France Télécom-Orange, TDF, Technicolor, Alcatel-Lucent – et quatre organismes d’enseignement et de recherche – Inria, Supélec, Institut Télécom et Université de Rennes 1. Il est prévu de créer B-Com sous la forme d’une fondation de coopération scientifique. La présidence devrait être attribuée à un industriel. B-Com disposera d’un conseil d’administration et d’un comité de direction. Un conseil scientifique définira la vision technologique sur les cinq à quinze prochaines années, un comité des programmes établira la feuille de route des projets sur les cinq prochaines années et un conseil de perfectionnement sera chargé de faire évoluer les programmes d’enseignement.

Cinq projets d’IRT relatifs aux TIC

Sur les 17 pôles de compétitivité mondiaux, cinq soutiennent un projet d’IRT lié aux TIC :
• Aerospace Valley a labellisé Toulouse-Midi-Pyrénées qui porte, entre autres, sur les systèmes embarqués,
• Capdigital a présenté Vie numérique, qui traite de services numériques,
• Images & Réseaux soutient B-Com, un projet sur les réseaux et les contenus numériques (lire ci-dessus),
• Minalogic a déposé Nanoélectronique qui œuvre sur la recherche dans les systèmes électroniques miniaturisés,
• Systematic soutient SystemX, un projet sur l’ingénierie numérique des systèmes.