Armés de postes à souder, de fraiseuses et de quelques connaissances en robotique, deux étudiants viennent de lancer Cala, un robot capable de cuisiner 400 repas par heure sans aucune intervention humaine. Implémenté à Paris, leur robot rencontre un tel succès qu’il leur a déjà permis de lever plus de 6 millions d’euros.

En informatique, la légende stipule que beaucoup d’idées naissent et se développent au fond d’un garage. Pour les fondateurs de Cala, tout a commencé dans leur chambre d’étudiants. Ils ne sont pas cuisiniers. Ils ne se destinaient pas à une carrière d’informaticien. Pourtant, ils ont développé un concept de robot innovant qui cuisine de bons petits plats de pâtes à la demande. Mais pas n’importe quelles pâtes : elles sont saines et gourmandes avec des ingrédients bios, souvent sourcés à proximité.

Un cuistot automatisé pour bien manger

« Tout est parti de ce besoin de manger sain pour un prix raisonnable, explique Ylan Richard. Avec nos budgets d’étudiants, nous ne pouvions pas nous offrir des repas de qualité, sauf à acheter les ingrédients pour cuisiner, ce dont nous n’avions pas le temps le midi bien entendu. Partant de ce principe, nous avons un peu creusé le sujet pour essayer de comprendre pourquoi à prix égal, la qualité était aussi différente entre ce qu’on trouvait en restauration rapide et ce qu’on pouvait faire chez soi. L’idée d’un cuistot robotisé est progressivement née mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas tant l’absence de coût humain que la combinaison de différents facteurs qui nous permettent aujourd’hui de proposer des repas de qualité à des prix très concurrentiels ».

En pratique, Ylan Richard, Julien Drago et Nicolas Barboni, les trois cofondateurs de Cala, ont décortiqué les coûts de la restauration : 30% vont à l’achat des ingrédients, 30% aux ressources humaines et le reste passe en loyer, chauffage, assurance et autres charges inhérentes à un local.
Fort de leur volonté d’accroitre la qualité des repas, ils n’ont donc pas cherché à rogner sur l’achat des ingrédients mais sur les deux autres postes en créant un robot baptisé Cala qui réalise la totalité d’un repas dans un espace très réduit.

Un processus entièrement automatisé de la commande à la livraison

Concrètement, Cala dispose d’un espace de stockage dans lequel un opérateur range les ingrédients pour 800 à 900 repas.

Les compartiments sont équipés de capteurs, permettant au robot de connaitre à tout moment l’état des stocks. Pour certains ingrédients, tels des liquides, le robot fonctionne par soustraction en retirant des quantités du stock en fonction des repas confectionnés.

Connecté à Internet, le robot reçoit directement les commandes saisies via l’interface du site de la société par les clients ou par un opérateur sur site. Dès réception, il entame le processus en déroulant la séquence associée à la recette : sélection des pâtes, des sauces et autres ingrédients complémentaires, cuisson… avant de conditionner le repas dans un bol en carton et ajouter une étiquette avec l’adresse de livraison du client. Le bol est ensuite pris en charge par un opérateur qui livre le client.

Entre la commande et la réception du bol, Cala fonctionne de manière entièrement automatisée et sans intervention humaine grâce à de nombreux capteurs disséminés à chaque étape. Il se nettoie même tout seul en fin de service. « C’est la partie la plus complexe que nous avons eu à gérer car les contraintes d’hygiènes sont très fortes dans la restauration. Nous sommes passés par plusieurs itérations avant de parvenir à un processus conforme aux exigences sanitaires », précise Ylan Richard.

Cala n’embarque aucune IA, il s’appuie uniquement sur les technologies d’automatisation. « Mais il embarque aujourd’hui une très grande complexité logicielle, dérivée de la complexité mécanique : il est constitué de beaucoup d’éléments, de pièces mobiles et de choses qu’il faut contrôler en parallèle », souligne Ylan Richard.

Du prototype au restaurant robotisé

Ylan Richard, CEO

« Lorsque nous avons lancé Cala, nous avions de vagues connaissances en robotique, acquises surtout dans le cadre de nos hobbies, précise Ylan. Nous avions surtout une vision de ce que la robotique pouvait apporter dans les milieux industriels et notamment en restauration où les technologies sont encore assez peu présentes. Pour le reste, nous avons utilisé des tutoriels, des workshops et fait appel à des espaces collaboratifs qui nous ont prêté des machines industrielles : poste à souder, fraiseuses, etc. ».

À ce moment-là, Ylan Richard était un étudiant de 19 ans en année de prépa pour entrer dans une école d’ingénieur. À peine plus âgé, Julien Drago avait 20 ans et se destinait également à une carrière d’ingénieur. Conçue en C et .Net, la première version du robot est sortie en 2019. Il a ensuite été enrichi de code en Python. « Au départ, nous avons surtout cherché à prouver le concept avec une partie logicielle assez minimaliste, explique Ylan Richard. Nos efforts ont plutôt porté sur la mécanique afin d’élaborer un robot compact, à la fois efficace, pratique et facile d’accès pour l’humain qui l’approvisionne en ingrédients. Nous sommes partis de rien et nous avons même dû bouger le lit dans notre chambre d’étudiant pour faire de la place à Cala. Mais grâce à cette première itération, nous avons commencé à lever des fonds pour sortir ensuite une version plus industrialisée et conforme aux normes alimentaires ».

Vers l’expansion à l’international

Grâce aux financements (1M, puis 5,5M d’euros), Ylan Richard et Julien Drago sont aujourd’hui à la tête d’une entreprise de 30 personnes. Ils sont progressivement passés d’une fabrication manuelle des pièces et d’un développement logiciel dans une chambre d’étudiant à la phase d’industrialisation. Et, après quatre années d’itérations, Cala s’est installé à Jussieu, dans le cinquième arrondissement de Paris.

Du haut de ses 4 m², Cala peut désormais préparer jusqu’à 400 repas par heure ! À raison de 6 euros le plat (prix entrée de gamme), le chef cuistot robot noté 4,9 sur les grandes plateformes de livraison rencontre un tel succès que ses concepteurs envisagent d’utiliser les 5,5 millions d’euros levés récemment pour ouvrir de nouveaux restaurants en France et commencer à étendre leur concept à l’Europe.