Porté par les progrès du traitement des données, du cloud computing ou encore des technologies émergentes comme la blockchain ou les drones, le marché de l’Internet des objets devrait croître de 30 % par an.

Par Antoine Gourévitch, directeur associé senior BCG

Au-delà de cette dynamique, de plus en plus d’entreprises construisent autour de l’IoT une stratégie innovante, source de création de valeur et de performance digitale. Ces pionnières ont vu plus loin que ses applications industrielles, dont la plus connue est en matière de maintenance prédictive. La possibilité de se connecter au monde réel via des capteurs génère, en effet, un vivier de données contextualisées et exploitables, capables de nourrir une véritable transformation des modèles économiques.

Au-delà des leviers d’optimisation des coûts, les bénéfices de l’IoT sont en effet attendus sur le portefeuille d’offres de services et de produits. Ils se traduisent par la réduction du temps d’attente à l’hôpital, l’augmentation du rendement dans l’aquaculture ou encore l’amélioration de la qualité de vie des patients atteints de diabète.

Pour saisir ces opportunités, des entreprises leaders dans différents secteurs utilisent les données produites par les objets connectés. Depuis son lancement en 2014, la fontaine à écran tactile de Coca Cola a fourni au géant américain des tendances sur les goûts de ses clients et lui a permis de lancer sur le marché de nouvelles saveurs comme le Cherry Sprite. Dans le tourisme, le groupe Carnival améliore l’expérience client grâce à plus de 7 000 capteurs placés sur son bateau de croisière Regal Princess. L’IoT fait également naître un écosystème de start-up. Guardhat déploie ainsi des solutions en matière de sécurité sur les sites industriels.

Le modèle économique de l’IoT se structure autour de revenus récurrents. Medtronic, spécialisé dans les systèmes de pompes à insuline connectées, a développé des services de santé à forte valeur ajoutée. D’autres monétisent leurs données générées par l’IoT. La plateforme Otonomo s’est rapprochée de Daimler pour développer de nouvelles offres personnalisées telle une assurance au kilomètre. Avec Jaguar Land Rover, le géant pétrolier Shell déploie le premier système de paiement direct en voiture.

En adoptant une approche globale, l’Internet des objets représente donc un levier stratégique de la transformation digitale. Deux groupes traditionnels, PCL, un des leaders canadiens de la construction, et Bülher, groupe suisse fournisseur de biens d’équipement pour l’industrie agroalimentaire, s’y sont engagés. Grâce aux capteurs installés sur ses sites et à sa plateforme digitale, PCL prévoit de réduire ses coûts énergétiques de 10 % à 20 % par an. Bühler, quant à lui, diminuera le gaspillage de 30 % d’ici 2020, et lance une cinquantaine de projets de développements portés par l’IoT. Mais pour ces entreprises plus que centenaires, la feuille de route a été délicate tant au niveau de la montée en compétences technologiques que de celle de leurs collaborateurs et des process internes. Leur modèle économique et le cœur-même de leur métier ont dû être repensés.

Même si l’implémentation de l’IoT doit répondre aux choix spécifiques de chaque entreprise, nous avons identifié des pratiques essentielles à sa réussite.
L’architecture technologique doit être conçue et dimensionnée pour soutenir des projets de développement à long terme. Les enjeux de leadership et de ressources humaines, trop souvent sous-estimés, exigent une attention particulière. Le déploiement de l’IoT exige un leadership identifié et responsable de l’exécution.
Les compétences nécessaires pour l’intégration de la connectivité des objets ne se réduisent pas aux développeurs. L’entreprise aura besoin d’expertises rares, parfois difficiles à recruter, et d’un savoirfaire en matière de création et d’animation d’un large écosystème.
Et, bien-sûr, avant toute chose, la stratégie doit être pensée autour de la création de valeur de l’IoT, portée au plus haut niveau par les dirigeants et acceptée par l’ensemble de l’organisation. Sans cette vision, le potentiel disruptif de l’Internet des objets ne pourra pas se réaliser. n