Dans sa quête de l’économie numérique, l’entreprise commence par définir son ambition (une vision sur trois à cinq ans avec des projections), déterminer un modèle économique potentiel et décrire un modèle de fonctionnement pour l’étayer. Les dirigeants se tournent ensuite vers le DSI pour la partie la plus difficile : l’élaboration d’une plateforme technologique permettant d’exécuter ces plans.

L’astuce est de ne pas bâtir une plateforme excessive dans un premier temps : il faut d’abord se contenter de prendre en charge le « produit minimal viable ». De toute façon, d’une part le DSI n’a la plupart du temps ni le budget ni le poids politique pour réaliser ce projet dans son intégralité ; d’autre part, la plateforme a vocation à s’étendre à mesure que l’entreprise offrira plus de services et avec l’arrivée de nouvelles technologies.

Il s’agit donc, pour le DSI, de construire aussi rapidement que possible ce dont l’entreprise a besoin dès maintenant et de mettre en évidence les investissements futurs qui seront nécessaires pour faire évoluer la plateforme : mise à niveau continue des logiciels, maintenance, améliorations de l’expérience utilisateur pour les clients et les partenaires, sécurité et respect de la vie privée, etc. Les dirigeants et même les membres du conseil d’administration doivent comprendre que le financement initial de la plateforme n’est qu’un acompte sur des investissements futurs beaucoup plus importants…

Au DSI d’intégrer dans son plan que fournir rapidement des résultats opérationnels suffisants pour les cas d’usage initiaux doit s’accompagner d’un changement de vision quant à la dette technique. Au final, le code devra être modifié à mesure que l’entreprise numérique montera en charge et que les outils et plateformes évolueront. Il convient donc d’intégrer le remaniement continu à ses plans pour rembourser cette dette technique inévitable.

Le financement n’est pas le seul défi à venir. Quatre domaines devront faire l’objet d’une grande attention : la technologie, l’organisation, les compétences et la culture. Au niveau de l’entreprise, qui devra s’adapter continuellement à l’évolution toujours plus rapide dans ces domaines, et en particulier au sein de la DSI. Ses équipes devront ainsi continuellement apprendre à maîtriser de nouveaux outils pour s’adapter aux technologies qui seront progressivement intégrées à la plateforme.
Et, du fait de la rareté de certaines compétences sur le marché, les DSI devront s’évertuer à les développer chez les collaborateurs existants et à développer l’appétence au changement. Ils pourront également se rapprocher des directions des ressources humaines pour, notamment, instaurer une culture d’apprentissage continu dans l’entreprise.

Sur le plan de la conception de la plateforme, la tâche la plus délicate est d’élaborer les capacités de détection, décision et action qui mèneront à l’évolution permanente de la plateforme initiale. En effet, il faut être capable de : détecter ce qui est pertinent pour les clients, les prospects, les employés et les partenaires ; de décider des informations et des options à offrir ; enfin de déployer à l’échelle.
Les DSI doivent s’efforcer d’accroître l’automatisation de ces trois étapes.

Typiquement, la détection s’effectuera via l’Internet des objets, via des senseurs au sein des applications délivrées, mais aussi via des services externes de données ou encore les réseaux sociaux. La décision, elle, devra être parfois codée en dur, mais dérivera souvent de systèmes analytiques exploitant le machine learning et autres techniques de big data ou d’intelligence artificielle. L’action, elle, consistera par exemple en l’automatisation de transactions depuis ou vers un nouveau système à intégrer à la plateforme. Elle nécessitera notamment une communication vers les utilisateurs impactés, voire un accompagnement du changement.

Sur le plan technique, même si les entreprises interrogées par Gartner lors d’une enquête récente ne sont pas toujours très avancées, elles concentrent leur intérêt pour les PaaS des grands offreurs. Avantage : une PaaS ne nécessite pas d’investissement en amont important, ce qui permet à l’entreprise d’investir progressivement et de voir l’activité numérique s’exécutant sur la plateforme générer des revenus pour la payer. Autre avantage : les offreurs maintiennent leurs PaaS à l’état de l’art en y intégrant eux-mêmes les nouvelles technologies.

Par Bill Swanton, Gartner