Une fois n’est pas coutume, la nouvelle édition du salon Computex a tracé les contours des PC de la prochaine décennie.

Computex est un salon dédié à l’innovation électronique et aux PC qui se tient chaque année à Taïwan au cœur de là où tout se passe en la matière. Et contrairement aux années précédentes, le salon ne s’est pas contenté de nous donner un aperçu des ordinateurs qui seront disponibles d’ici la fin de l’année mais bien davantage un aperçu des évolutions possibles du PC dans les 10 prochaines années.
Il est important pour les DSI de s’informer sur les chemins poursuivis par les constructeurs non seulement parce que certaines nouveautés peuvent soutenir des besoins métiers mal servis actuellement mais également parce que d’autres innovations présentées sont porteuses de nouveaux usages et redéfinissent l’image même de ce que l’on se fait du PC.

L’une des premières tendances à retenir de ce Computex, c’est que l’ère du tout Intel est révolue. À l’avenir, nos PC seront animés par un choix croissant de processeurs.

Qualcomm veut s’imposer ARM sur les PC

Introduit il y a plus d’un an, le concept d’ « Always Connected PC » à base de processeurs ARM a jusqu’ici peu séduit malgré une autonomie dépassant allègrement les 20 heures. Faute à des processeurs ARM trop légers pour offrir la puissance attendue et un Windows trop bridé sur ARM malgré l’émulation x86 intégrée pour apps 32 bits. Depuis, Microsoft travaille à étendre le support natif et émulé du 64 bits (l’éditeur a notamment contribué au portage de Chrome x64) sur son Windows on ARM. Lors de Computex, Qualcomm a présenté en action son très attendu « Snapdragon 8cx », un processeur ARM octo-core spécifiquement bâti pour Windows 10 et les PC. Comparées à celles sous Intel Core i5-8250U, les machines Windows sous 8cx se montrent à peu près équivalentes en performances sous Office 365, voire plus rapides, tout en offrant une autonomie très largement supérieure notamment parce que le 8cx fonctionne en 7W là où l’Intel exige 15W.
Lenovo a ainsi présenté son prototype « Project Limitless ». Cet ultrabook « instant on » et « always connected » offre une autonomie de plusieurs jours ! Il est doté du Snapdragon 8cx mais aussi d’un modem Qualcomm X55 de seconde génération qui lui procure une connectivité 4G Cat 22 ainsi qu’une connectivité 5G. Le projet Limitless, premier PC 5G, devrait se concrétiser début 2020 mais les premières machines sous Snapdragon 8cx pourraient apparaître sur le marché avant Noël, la balle semblant davantage dans le camp de Microsoft, pas encore totalement prêt pour cette nouvelle génération, que dans celle de Qualcomm.

AMD sort les crocs

AMD a le vent en poupe. Ses processeurs Ryzen pour PC et EPYC pour serveurs ont conquis des parts de marché significatives ces derniers mois. Le fondeur a profité du Computex 2019 pour lancer sa troisième génération de processeurs Ryzen « Zen 2 » série 3000. Portés par des prix très agressifs, ils devraient remporter l’adhésion des constructeurs et des utilisateurs en quête de performance. L’entrée de gamme, le Ryzen 5-3600 (6 cœurs, 12 threads, 65W) pensé pour les mini-PC s’affiche à 199$. Le haut de gamme, le Ryzen 9-3900X (12 cœurs, 24 threads, Turbo à 4,6 GHz, 105W) pour Workstation et PC de gaming vient tailler des croupières à l’Intel Core i9-9920X (12 cœurs, 24 threads, 165W) en s’affichant au prix de 499$ (contre plus de 1100 dollars pour le processeur Intel).
Mais AMD a également introduit ses premiers GPU gravés en 7nm. Les nouvelles cartes Radeon RX 5000, basées sur la nouvelle architecture Navi sont 1,25 fois plus performantes que la génération Vega, mais affiche surtout un gain de performance de x1,5 par Watt.

INTEL réagit

Avec son image malmenée par les vulnérabilités Meltdown, Spectre, RIDL, Fallout et ZombieLoad, Intel ne peut que s’inquiéter de la montée en puissance de ses concurrents. Aussi le constructeur s’est montré très actif et visionnaire durant ce Computex 2019.
Tout d’abord en introduisant sa dixième génération de processeurs Intel Core. Gravés en 10 nm et destinés aux ordinateurs portables, les « Ice Lake » affichent 18% de performance supplémentaire, mais surtout un boost notable (de 50 à 80%) des performances graphiques intégrées ! Autrement dit, il devient possible d’imaginer des PC ludiques et des Workstations sans GPU dédié. D’autant que ces « Ice Lake » embarquent également un NPU pour booster les applications IA et les algorithmes de Deep Learning ainsi que le support de Thunderbolt et de Wi-Fi 6 !

Pour promouvoir cette nouvelle génération, Intel lance son projet Athena. On peut voir celui-ci comme un « ultrabook 2.0 ». Dans la même veine que l’ultrabook, le projet Athena définit un ensemble de caractéristiques sur lesquelles les constructeurs de PC sont invités à s’aligner : authentification biométrique, démarrage instantané (comme un smartphone), autonomie d’environ 16 heures (l’objectif étant une autonomie d’une journée de travail sans avoir à se soucier d’économiser la batterie), support du Wi-Fi 6, charge rapide (4H d’énergie pour 30 minutes de charge).

Quelques semaines après avoir annoncé l’abandon de sa Compute Card, Intel revient avec une autre vision pour une informatique modulaire. Le constructeur introduit ses « NUC Component Element » des cartouches incorporant le CPU, la mémoire et la connectivité. Ils devraient servir de fondation à une nouvelle génération de mini-PC NUC mais aussi pouvoir être intégrés à toutes sortes d’appareils embarqués, de PC mobiles évolutifs ou d’écrans. Ils sont attendus en 2020.
Au-delà de la mobilité, Intel a aussi partagé sa vision d’une informatique ambiante basée sur des PC avec le projet « Mohawk River » qui reste tout le temps éveillé, s’anime lorsque l’utilisateur passe à proximité, embarque pléthore de capteurs et dispose d’une caméra 360°.

De la multiplication des écrans

Mais Intel s’est surtout démarqué avec deux projets qui inaugurent une autre grande tendance de ce Computex 2019 : la multiplication des écrans embarqués dans les PC.

Le projet Twin River est un ultraportable double écran 12 pouces un peu dans la lignée des Lenovo Yoga Book. L’appareil peut être utilisé un peu à la façon d’un magazine avec les deux écrans l’un à côté de l’autre ou avec les écrans placés l’un haut dessus de l’autre. L’écran du bas peut alors servir de clavier tactile ou d’espace d’interaction si on utilise un vrai clavier Bluetooth en parallèle.

Le projet Honeycomb Glacier s’adresse à priori plutôt aux Gamers. Ce PC portable 17 pouces possède un second écran 12 pouces demi-hauteur. Un savant jeu de charnières permet de redresser les écrans au-dessus du clavier. Et un système de tracking des yeux active automatiquement les fenêtres applicatives en fonction de là où se concentre le regard.

On retrouve une idée un peu similaire sur les nouveaux Asus ZenBook Duo et Pro Duo présenté au Computex. Tous deux embarquent un second écran demi-hauteur (format 32:9) qui surplombe le clavier mais ne peut pas être redressé (contrairement au prototype d’Intel). Dénommé Screenpad Plus, il agit comme un véritable second écran sur lequel s’étend le bureau Windows. On peut donc aisément y glisser ses fenêtres. Mais ce Screenpad Plus peut aussi être utilisé contextuellement pour enrichir les interactions d’une application placée sur l’écran principal grâce à un SDK « ScreenXpert ». Asus y voit de nouvelles possibilités pour servir des besoins métiers spécifiques.
Le clavier occupant toute la partie basse, le trackpad (qui est ici un screenpad, autrement dit un troisième écran qui sert de trackpad et d’afficheur contextuel) est déporté sur la droite du clavier.

Des Workstations format ultrabooks

NVidia était aussi très présent au computex avec une nouvelle gamme de GPU professionnels Quadro RTX mais surtout un nouveau programme de certification « RTX Studio » qui trace les contours de stations mobiles dont les spécifications minimales imposent 16 Go de RAM, un Intel Core i7, 512 Go de SSD et bien évidemment un GPU NVidia GeForce RTX ou Quadro RTX (au minimum un RTX 2060). Elles s’accompagnent de pilotes « NVIDIA Studio » intensivement testés et certifiés pour les principaux logiciels de CAO et création graphique.
Plusieurs constructeurs ont déjà adhéré au programme, à commencer par Acer avec ses ConceptD 9 et ConceptD 7, Razer avec ses nouveaux « Blade Studio », ou MSI avec sa nouvelle workstation WS65. Autant de modèles qui démontrent que la Workstation se fait désormais ultra-nomade, avec un design fin et élégant, avec des performances qui n’entravent plus la productivité, la créativité et l’agilité de ceux qui en ont besoin.

Des designs osés

Parmi les autres annonces phares de ce Computex on retiendra que Dell continue de croire dur comme fer au format convertible. Son nouvel XPS 13 « 2 in 1 » version 2019 fait l’unanimité avec son magnifique écran InfinityEdge et son autonomie de 16 heures grâce à l’utilisation d’Intel Core de 10ème génération. L’audacieux XPS 15 « 2 in 1 » embarque pour la première fois un écran OLED visuellement très impressionnant et un accélérateur graphique NVIDIA GTX 1650 dans un format convertible qui demeure très fin (17mm) et plutôt léger (moins de 1,8 Kg) tout en offrant 20 heures et 30 minutes d’autonomie.
De son côté, HP continue d’explorer les matériaux. Après le cuir sur ses Spectre Folio 13, le constructeur ose le bois sur ses nouveaux HP Envy 13, Envy 17 et Envy x360.